Les idées reçues sur le dopage: prendre une cuite peut rendre positif

DECRYPTAGE Entre mâchoires qui se déforment et clitoris géants, l'hématologue Gérard Dine, éminent spécialiste du dopage, revient chaque jour sur les petites et grandes légendes urbaines de la triche médicamenteuse. Aujourd'hui, gueule de bois et contrôles positifs...

Matthieu Goar

— 

 Des étudiants protestent à leur façon contre le dopage lors de l'étape entre Pau et Castelsarrasin pendant le 94e Tour de France.
 Des étudiants protestent à leur façon contre le dopage lors de l'étape entre Pau et Castelsarrasin pendant le 94e Tour de France. — J. SAGET / AFP

 Etape de Morzine 2006: après sa «fringale» de la veille dans l’étape de la Toussuire pendant laquelle il a perdu le maillot jaune, l’Américain Floyd Landis réalise un sacré numéro. A la pédale, et à l’orgueil se dit-on, il résiste au retour d‘une centaine de coureurs à qui il met 6 minutes dans la vue au bout d’une échappée de 130 kilomètres. Contrôlé positif à la testostérone le soir de ce triomphe (une hormone naturellement produite par l’organisme), Landis avance comme explication qu’il avait bu la veille au soir deux bières et quatre verres de whisky pour se remettre de sa déconvenue.


>>Tout notre dossier les idées reçues sur le dopage

En matière de testostérone, la bonne vieille excuse de la cuite a ses variantes: le taux naturellement élevé, le complément alimentaire acheté sur le net bourré de substances illicites (Nordine Gezzar, vice-champion de France 2006 du 3000 steeple s‘en est servi en 2006) ou encore la crème dermatologique mal dosée (en restant dans les crèmes mais en passant au rayon corticoïdes, l’artiste des excuses s’appelle Marco Borriello, le footballeur du Milan AC)…

Des explications tortueuses qui font penser que la vie quotidienne des cyclistes est décidément pleine de chausse-trappes et qui rejoint  l’univers en expansion des cas de dopage «à l’insu de son plein gré»…

Alors docteur? «C’est parfaitement exact que le taux de testostérone est variable. Les gens ont tous une production naturelle différente. Il y a des hommes qui sont par exemple considérés comme de supers mâles. L’une des conséquences est qu’ils deviennent chauves plus vite. La testostérone naturelle varie également en fonction des activités et du stress d‘un individu: une nuit de sexe, une fête peuvent le faire fluctuer…

Le fait d’ingérer de l’alcool peut entraîner une situation de stress pour l’organisme et donc faire bouger ce taux mais ces variations (même en absorbant d’immenses quantités d’alcool) restent très faibles par rapport aux critères de dopage retenus par les autorités du vélo. Dans le cas de Landis, toutes les expertises sont arrivées à la conclusion qu’il s’agissait d’une prise exogène de testostérone qui avait conduit à son contrôle positif. (Son ratio dans les urines était de 11 pour 1 alors que l’Agence mondiale antidopage a fixé la limite haute à 4 pour 1, ndlr).
En revanche les sportifs professionnels doivent se méfier des compléments alimentaires. Ces produits sont soumis à une législation très différente en fonction des pays. Les fabricants, soit par malhonnêteté, soit parce qu’ils n’y sont pas obligés, n’inscrivent pas toujours tous ce qu’il y a dedans. On considère par exemple que 30% des compléments alimentaires du marché américain contiennent des stéroïdes ou de la nandrolone.  Un sportif soumis à des contrôles ne doit jamais consommer ceux achetés sur internet ou dans les salles de sport. Il risque d’être positif sans même s’en apercevoir.

Ce qui n’est pas le cas avec les dopages high-tech même si cela a pu exister au début. Vus l’appareillage et la médicalisation exacerbée (prises de sang régulière, injections régulières) que réclament par exemple la prise d‘EPO, il faut ne pas vouloir voir pour ne pas comprendre.»

Et maintenant? Landis a été le premier vainqueur du Tour déclassé pour dopage. Suspendu pendant 2 ans, il vient de reprendre la compétition dans la petite équipe Ouch en terminant 23e du Tour de Californie. Et va enfin pouvoir à nouveau savourer ses deux passions: le vélo et le malt…