JO Tokyo 2021 : « Le tir à l’arc a une très jolie musicalité »… Lisa Barbelin, une archère forgée par sa passion pour le piano

TIR A L'ARC Apparue dans la hiérarchie mondiale comme une comète, la jeune Mosellane a su mettre à profit une enfance bercée par la musique pour exceller dans son sport

Nicolas Camus
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Lisa Barbelin, l'archère passionnée de musique.
Lisa Barbelin, l'archère passionnée de musique. — SIPA / Montage 20 Minutes
  • Quart de finaliste en double mixte avec Jean-Charles Valladont le premier jour des JO, Lisa Barbelin entame ce mardi son tournoi individuel.
  • Ces JO seront une bonne expérience pour la jeune archère de 21 ans, apparue seulement ces derniers mois dans le paysage mondial.
  • Une arrivée au très haut niveau précoce aidée par sa passion pour la musique, qui lui permet de mieux gérer différents aspects importants de son sport.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Depuis la maison familiale à Ley, en Moselle, François Barbelin, le papa, n’en loupera pas une miette. Peut-être, pour évacuer le stress, se mettra-t-il au piano quelques instants avant l’entrée en lice de Lisa, 21 ans, qui dispute l’épreuve individuelle de tir à l’arc des JO de Tokyo à partir de ce mardi. Et tant pis s’il est 2h30 du mat'. L’imposant instrument est un élément central du foyer, qui trouve même sa place jusqu’au Japon, où la jeune archère compte sur ses années de musique pour l’aider à franchir les tours vers la finale.

On vous l’accorde, le rapport entre un piano et une compétition de tir à l’arc à 12.000 kilomètres de là n’est pas limpide au premier abord. Ça ne l’était pas non plus pour nous avant de nous intéresser à la petite dernière venue en équipe de France, qui grimpe les marches de la hiérarchie mondiale quatre à quatre ces derniers mois. Au point d’ambitionner légitimement de devenir la première archère française à décrocher une médaille olympique en individuel, dans la foulée de son sacre européen à Antalya début juin.

« Le tir à l’arc a une très jolie musicalité »

Revenons à nos partitions. Lisa Barbelin est une vraie passionnée de piano, qu’elle pratique depuis l’âge de 10 ans. A l’origine « pour faire pareil » que son père, professeur et musicien dans un groupe, qu’elle avoue toujours regarder avec ses yeux de petite fille. Avec les années, elle a dû mettre un peu de côté pédales, clavier et chevilles, mais son cerveau en est resté profondément imprégné. C’est ce qui lui a donné le goût du tir à l’arc, et qui lui a servi, ensuite, pour y exceller.

« Ce qui m’a plu tout de suite, c’est le bruit de la flèche quand on décoche, son sifflement quand elle file jusqu’à la cible, et celui de l’impact. Le tir à l’arc a une très jolie musicalité », décrit-elle. La voilà happée par cette découverte, peu après celle de l’instrument paternel. Lisa Barbelin va ensuite, naturellement, trouver une manière d’exploiter ce champ d’intérêt. Elle détaille :

Ce passé m’aide, l’archère que je suis est différente grâce à la musique. Ça joue sur la dextérité, et aussi sur le fait que si je fais une boulette, ce n’est pas grave, il faut poursuivre. Comme quand on fait une fausse note, il faut que la musique continue, au tir à l’arc il est très important de ne pas se focaliser sur les petites erreurs. Les volées sont longues, on a le temps de se rattraper. »

Une volée ressemble donc pour elle à une partition, qu’il convient jouer sur le bon rythme et qui doit aboutir à un résultat, quoi qu’il se passe pendant sa production. Cette notion de tempo est primordiale. Là aussi, la musique est une alliée précieuse. « Quand je suis rentrée au pôle France, je me jouais une petite musique dans ma tête pour me déstresser, explique celle qui peut reconnaître ses partenaires d’entraînements uniquement au son de leur arc. C’est moins le cas maintenant mais ça m’arrive encore, surtout que j’ai tendance à tirer trop vite. » Elle ajoute en se marrant : « Comme quand je faisais du piano, j’étais toujours en avance sur le métronome ! »

« Pour elle, ce n’est pas un problème d’être en confrontation dans une arène »

La musique l’aide à contenir sa fougue, tout en évitant le piège inverse, à savoir s’endormir et perdre le fil. « C’est un équilibre pas facile à trouver », fait-elle remarquer, avant de livrer ses petits secrets persos pour bien se caler. « Au début c’était plutôt de la musique, puis des chansons, puis simplement des mots. Maintenant, je me cale entièrement avec ma respiration. »

Si cet aspect n’est pas la seule explication à sa progression fulgurante, évidemment, l’entraîneur de l’équipe olympique Jean-Manuel Tizzoni se dit « convaincu » qu’il fait d’elle une meilleure archère. « Le rythme est un repère quand on tire, on n’est pas obligé de le suivre mais il permet de savoir où on en est. C’est ce qui lui parle le plus, je pense, et aussi l’habitude de produire des choses devant un public, estime-t-il. Pour elle, ce n’est pas un problème d’être en confrontation dans une arène, ce n’est pas un problème que ce soit difficile. Au contraire, c’est plus rigolo. Pour l’instant ça tourne comme ça, et c’est génial pour un entraîneur. J’ai de la chance de l’avoir. »

Stage sport et musique chez les parents

Le technicien n’a que des compliments à adresser à la jeune femme, « d’humeur stable et donc disponible sur les entraînements », « très à l’écoute », « enjouée » et « toujours positive ». « C’est un jeu pour elle », résume-t-il. Un jeu auquel elle a converti son papa. Ce dernier a même passé ses diplômes pour entraîner des jeunes. « C’est super parce qu’il me demande des conseils, on a échangé les rôles par rapport à la musique et je trouve ça hyper intéressant », apprécie la fille.

L’échange a joué à plein pendant le confinement. Avec ses potes de l’équipe de France Thomas Chirault (également présent aux JO) et Mélanie Gaubil, Lisa Barbelin s’est isolée à Ley, où son père avait installé une cible dans le jardin – assez grand pour respecter les 70 mètres réglementaires – afin qu’ils puissent s’entraîner.

Le paternel en a profité pour noircir quelques carnets de notes, les jeunes pour squatter le piano de temps en temps. « J’ai initié Mélanie et Thomas, c’était une sorte de stage sport et musique », raconte Lisa, tout sourire. Elle-même est un peu retombée dedans. « Dès que j’entends mon papa jouer, ça me donne envie de faire comme lui, comme quand j’étais petite. Je veux faire les choses aussi joliment que lui. Ça, ça n’a jamais disparu. » En voilà une douce musique à entendre quand on est parent.