Stade Toulousain – UBB/Top 14 : « Penser déjà au doublé, ce serait se prendre pour d’autres », prévient Cyril Baille

INTERVIEW Le pilier gauche du récent champion d’Europe appelle à la prudence avant les retrouvailles contre l’Union Bordeaux-Bègles en demi-finale du Top 14, samedi à Lille

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Cyril Baille, atout majeur du Stade Toulousain comme du XV de France.
Cyril Baille, atout majeur du Stade Toulousain comme du XV de France. — Romain Perrocheau / AFP
  • Le Stade Toulousain n’est plus qu’à deux matchs de réussir un doublé Coupe d’Europe – Top 14 inédit depuis le grand Toulon de 2014.
  • Samedi à Lille, les Rouge et Noir retrouvent en demi-finale du championnat l’Union Bordeaux-Bègles, qu’ils ont déjà battue trois fois cette saison.
  • Cyril Baille assure que les Rouge et Noir ne sont pas rassasiés. Même si la saison commence à être longue pour les internationaux comme le pilier gauche du XV de France, « fatigué » physiquement, mais pas mentalement.

Vous ne suivez le rugby que de loin, mais il vous semble avoir déjà entendu parler cette saison d’une demi-finale entre le Stade Toulousain et l’Union Bordeaux-Bègles ? Normal. Après le duel en Champions Cup le 1er mai (21-9), on prend les mêmes et on recommence, cette fois en Top 14, samedi soir à Lille.

Sept semaines ont passé, Toulouse est monté entre-temps pour la cinquième fois sur le toit de l’Europe. Mais le premier de la phase régulière du championnat de France s’est reposé le week-end dernier, pendant que l’UBB bataillait pour dominer Clermont (25-16) et gagner sa place dans le dernier carré, une première depuis le retour du club dans l’élite en 2011.

Forcément, Cyril Baille n’a rien raté de ce barrage. Et malgré des statistiques totalement favorables aux Rouge et Noir, le pilier gauche international de 27 ans ne veut surtout pas s’enflammer. Pas le genre de la maison.

Ce week-end sans jouer, est-ce un énorme avantage par rapport à l’UBB ?

Nous avons pu nous reposer et éviter les blessures. Nous aurons de la fraîcheur mais nos adversaires vont avoir beaucoup de rythme. C’est du 50-50.

Qu’avez-vous pensé des Bordelo-Béglais contre Clermont ?

Je les ai trouvés costauds, comme d’habitude. C’est un adversaire qui prend beaucoup de place cette année. L’UBB a beaucoup progressé au fil des saisons, elle a passé un cap et si elle se retrouve en demi-finale, ce n’est pas par hasard. Elle a fait un gros match contre l’ASM. C’est une équipe dangereuse et chaque confrontation est assez ouverte, entre deux formations qui se ressemblent dans le jeu.

C’est peut-être ouvert, mais pour l’instant, cette saison, vous avez déjà battu l’UBB trois fois en trois rencontres.

Oui, pour l’instant… Il faut passer à autre chose, ne pas se croire arrivés parce que si nous ne sommes pas prêts samedi, si nous croyons que le match va être facile, nous risquons une sacrée déconvenue. Bien sûr, on a gagné ces trois matchs, mais c’est du passé.

Dans l’environnement du Stade Toulousain, supporteurs en tête, il est beaucoup question du doublé Coupe d’Europe – championnat. En parlez-vous entre vous ?

Très honnêtement, non. Si on commence à parler d’un match qui arrivera potentiellement dans 15 jours (la finale aura lieu en fait le 25 juin au Stade de France), cela veut dire qu’on prend cette demi-finale par-dessus la jambe. Penser déjà au doublé, ce serait se prendre pour d’autres. Il faut se fixer sur ce gros match qui arrive, faire le moins de fautes possibles, rester concentrés au maximum pour que les petits détails soient en notre faveur.

Après cette victoire en Coupe d’Europe que le club attendait depuis onze ans, y a-t-il un risque de voir samedi une équipe toulousaine moins affamée que l’UBB ?

La force de ce groupe, c’est de toujours se remettre au travail. Ce titre européen, on l’a gagné il y a un mois déjà. Tu as toujours envie de le fêter et d’y penser. Mais on a vite remis le bleu de chauffe contre Clermont puis à Bordeaux (lors des deux derniers matchs de la phase régulière de Top 14, gagnés par Toulouse). On fera le meilleur match possible contre l’UBB, en l’abordant avec beaucoup d’envie.

Sur un plan plus personnel, à la fin d’une saison où vous avez beaucoup joué en club comme en équipe de France, comment vous sentez-vous ?

Je suis fatigué. Physiquement, c’est compliqué. On a repris la saison tôt, avec deux mois de préparation physique, ce qui est assez énorme. Ça commence à tirer. Mais quand les phases finales arrivent, le mental prend le dessus. On a tous de petits pépins mais on s’accroche, on serre les dents et on est contents de jouer des demi-finales.

Vous êtes considéré aujourd’hui comme l’un des meilleurs piliers gauche du monde…

C’est toujours flatteur. Mais je suis de nature à vite me remettre en question. Alors oui ça fait plaisir, mais je suis conscient que cela peut aller très vite dans l’autre sens. Je l’ai vécu (huit mois d’absence après la rupture d’un tendon rotulien en avril 2017 ; quatre mois d’arrêt à la suite d’une opération des ischio-jambiers en août 2018). Il y a toujours une marge de progression, surtout au poste de pilier. Il faut rester humble. Tous les matchs ne se ressemblent pas. Je sais que j’ai encore énormément de travail.

Dans quels secteurs ?

En défense, j’ai encore du boulot à faire. En mêlée, tu progresses toujours car tu peux très bien dominer une mêlée, puis être dominé sur celle d’après. On demande aujourd’hui beaucoup de choses au cinq de devant. Il faut travailler physiquement, au niveau des courses.

Vous avez connu le creux du Stade Toulousain au milieu des années 2010. Le club est revenu au sommet. Que peut-il vous arriver à présent ?

Beaucoup de joueurs de ce groupe ont vécu la saison 2016-2017, lorsqu’on a fini 12e du Top 14. On a la chance depuis deux-trois ans d’avoir un groupe qui marche bien. On tente des choses qui fonctionnent. Le maître-mot, c’est la remise en question permanente. Il ne faut pas se croire arrivé parce qu’on a gagné deux titres (championnat en 2019, Coupe d’Europe en 2021).

Vous êtes arrivé au Stade Toulousain à 16 ans, en 2009, en provenance de Lannemezan. Vous voyez-vous comme l’homme d’un seul club professionnel ?

J’ai une histoire particulière avec le Stade Toulousain. C’est un club que j’aime depuis tout petit. Pour l’instant, je ne me vois pas jouer ailleurs.