Roland-Garros : Promo avec De Niro, investissements patriotiques... Comment Federer prépare son après-carrière

TENNIS Le champion suisse, qui a décidé de se retirer du tournoi avant les huitièmes de finale, réfléchit déjà à son avenir hors des terrains

Julien Laloye

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Roger Federer regarde le temps qui passe à Roland-Garros.
Roger Federer regarde le temps qui passe à Roland-Garros. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Roger Federer est forfait pour les 8es de finale de Roland-Garros afin de se préserver pour Wimbledon.
  • Si le temps semble ne pas avoir de prise sur son tennis et sur ses envies, le Suisse réfléchit déjà la suite, quand il aura raccroché. 
  • Son dernier coup de maître ? Un partenariat avec « Suisse Tourisme » et une vidéo mythique avec De Niro.

A Roland-Garros,

Il n’a pas voulu torturer ses fans parisiens trop longtemps, décidant d’annoncer son forfait pour les 8es de finale dès dimanche après-midi. Roger Federer a-t-il disputé le dernier match de sa carrière à Roland dans un stade vide à une heure du matin ? L’écrire permet déjà d’anticiper le deuil d’une vie de tennis sans la légende suisse, que le bonhomme envisage heureusement depuis plus longtemps que ses fans. C’est en partie le sens de ce partenariat récemment noué avec l’office du tourisme helvétique et de cette publicité déjà légendaire avec Robert de Niro.

Une vidéo à 50 millions de vues

Une pub avec De Niro et Federer. Pour ceux qui l’ont ratée, l’homme aux 20 Grands Chelems tente d’attirer la star américaine en Suisse pour un tournage en faisant la retape des beautés de son pays. L'acteur, jouant à fond la carte de ses rôles passés dans les films de gangster, lui rétorque sans cesse que la Suisse « est trop parfaite » pour un personnage comme lui, qui a besoin de « drama » pour exister. Cinquante millions de vues en un mois. Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, l’organe fédéral chargé de la promotion du pays de la croix blanche à l’étranger, est aussi bluffé que nous : « De nombreux coups publicitaires suisses relèvent du jeu autour de nos célèbres clichés. En France par exemple, la vache Milka violette et le bâton de dynamite Ovomaltine ont été de belles réussites, mais il faut admettre que le match Federer-De Niro est, à l’heure actuelle, le plus gros coup et buzz médiatique helvétique du XXIe siècle ! »

La pêche au making-of s’avère rapidement fructueuse : le film a été tourné à l’automne dernier dans un chalet privé à Zermatt, en Suisse, et au Greenwich hôtel de New York, propriété de Robert de Niro. L’acteur et le tennisman ne se connaissent pas plus que ça, et le tournage à distance est booké des semaines à l’avance. « On avait trois heures tel jour pour y arriver, explique Livio Dainese, le fondateur de l’agence qui a monté le scénario. On a eu une chance inouïe : il avait fait un temps pourri la veille, et pourri le lendemain. Federer est arrivé très simplement, sans limousine ni garde du corps, très cool, comme on l’imagine quoi. Il avait appris son texte sans problème. Je dois vous avouer qu’on ne s’attendait pas à un succès pareil, même si on savait que le film était bon. »

« Federer est un rêve pour une marque pays »

« Bob » et « Rodgeur » ont rendez-vous pour un deuxième tournage prochainement, mais on n’en saura pas plus, comme on ne saura pas le montant de ce partenariat pluriannuel entre Suisse Tourisme et Federer. « Les deux parties ont signé un accord de non-divulgation, mais l’argent est de toute façon reversé à sa fondation pour les enfants », souffle-t-on à Bern. Le champion fait le service après-vente dans le New York Times : « Je pense avoir rempli ma part d’ambassadeur de la Suisse au cours de ma carrière, mais je crois que j’avais besoin d’être un peu plus vieux pour en faire une mission officielle. J’ai voyagé dans plus de 60 pays dans ma carrière, mais j’ai toujours vécu en Suisse et je continuerai à y vivre. Je sais à quel point la situation est difficile dans le secteur du tourisme en ce moment, c’était le bon moment pour faire ça. »

Si Federer n’en a pas fini avec le rêve d’un dernier trophée à Wimbledon avant de raccrocher, la plupart de ses dernières grandes décisions concernent la manière donc il occupera son temps après. Et si l’on enlève le contrat avec Uniqlo, qu’on peut rapprocher de ce que fait H&M avec Beckham, le Suisse pense patriote avant tout. Partenaire historique des chocolats Lindt, Il est aussi investisseur et promoteur avisé des chaussures de On Running, une start-up zurichoise qui l’équipe de Suisse olympique à Rio. Nicolas Bideau analyse : 

Il incarne parfaitement le "swiss made". Rodgeur est précis comme une montre suisse, sûr comme un couteau suisse, beau comme nos paysages et en plus, il est cool… comme personne. »

Et de poursuivre : « Federer, ce n'est que des émotions positives, un rêve pour une marque pays, même si au fil du temps, il s’est transformé en une marque globale. Le succès de ses produits dérivés l’atteste ; je le vois un peu comme une de ces marques de mode italienne ou française qui ont su s’imposer sur le long terme. »

Quel investissement dans le tennis ?

Une marque profondément identifiée à son pays, donc, mais complètement détachée du tennis ? Laurent Favre, notre confrère du Temps, s’interroge avec nous sur le rôle sportif d’un Federer à la retraite dans son pays. « Rodgeur, c’est un peu comme Gulliver, il est trop grand pour nous. Il suit les résultats des jeunes joueurs suisses, il les invite de temps en temps à s’entraîner avec lui à Dubaï, mais on l’imagine mal devenir entraîneur de l’équipe de Coupe Davis, par exemple, comme ça peut se faire en France ». Aucun intérêt, en effet, alors que la relève reste assez énigmatique, malgré la présence de deux compatriotes en finale du dernier Roland junior.

Repreneur du tournoi de Bâle, qui vient d’être annulé pour la deuxième fois d’affilée ? Roger Brennwald, son fondateur historique, ne veut pas en entendre parler. Reste la Laver Cup, dont l’édition a dû elle aussi être annulé en 2020 à cause du Covid. La prochaine mouture doit avoir lieu à Boston fin septembre, avec une jauge à « 100 % du public », indique le site Internet qui lui est consacré. Une nécessité alors que le modèle financier de l’épreuve faisait déjà beaucoup causer avant la pandémie, comme son intérêt sportif.