Equipe de France : « C’est un film sur les êtres humains, pas sur le sport », raconte le réalisateur du docu sur les Bleus

INTERVIEW « 20 Minutes » a interviewé Benoît Pensivy, le réalisateur du « Zone Interdite » diffusé sur M6 dimanche qui nous plonge dans l’intimité de Presnel Kimpembe, Olivier Giroud, Lucas Hernandez et Hugo Lloris

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Les Bleus à Clairefontaine lors de la préparation à l'Euro 2021.
Les Bleus à Clairefontaine lors de la préparation à l'Euro 2021. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Ce dimanche soir sera diffusé sur M6 un documentaire qui nous plonge dans l’intimité de Presnel Kimpembe, Olivier Giroud, Lucas Hernandez et Hugo Lloris.
  • L'objectif de ce film est de raconter l’histoire de mecs normaux pris dans un tourbillon anormal, celui du monde du foot et de son système si particulier.
  • « 20 Minutes » a interviewé Benoît Pensivy, son réalisateur. 

Ancien grand reporter et directeur de rédaction à L’Equipe pendant de nombreuses années, le réalisateur Benoît Pensivy a suivi quatre joueurs de l’équipe de France (Giroud, Kimpembe, Hernandez et Lloris) pendant plusieurs mois afin de livrer un portrait inédit des champions du monde. Son but, raconter l’histoire de mecs normaux pris dans un tourbillon anormal, celui du monde du foot et de son système si particulier qui parfois les dépasse.

On y découvre ces joueurs sont un aspect nouveau, avec leurs failles, leurs histoires de vie pas toujours rose, comme ce fut le cas par exemple pour Lucas Hernandez, abandonné avec son frère Théo et sa mère par leur père quand ils étaient encore tout mômes. Avec la journaliste et présentatrice Ophélie Meunier, Benoît Pensivy parvient ainsi à ramener ces footballeurs stars à « hauteur d’hommes » afin de les rendre plus accessibles au grand public. Le documentaire intitulé « Pères, maris et icônes du foot : les Bleus à cœur ouvert », sera diffusé ce dimanche dans Zone Interdite sur M6. Pour 20 Minutes, le réalisateur a accepté de nous raconter les coulisses du tournage.

Pour quoi avoir choisi cet angle d’attaque et de montrer les hommes qui se cachent derrière les footballeurs ?

Comme j’évolue dans le monde du sport depuis près de 25 ans, que j’en connais la cinématographie et les valeurs universelles qui y sont véhiculées. Je trouve que le sport est un carrefour de plein de mondes différents, qui réunit des gens de toutes sortes, dont les athlètes, qui à la base sont des gens comme les autres, avec des peurs, des angoisses, des joies, des peines. Sauf qu’eux sont happés par un système qui est un rêve, mais comporte aussi énormément de contraintes et de pression.

Ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent s’identifier à eux et comprendre ce qu’ils vivent. L’idée c’était de faire sentir les émotions et les choses essentielles qu’ils ont en commun. Je pense qu’avec ce film les gens vont voir les joueurs en question de manière totalement différente. Ça humanise les footballeurs, ça les rend plus accessibles.

Vous avez vous-même découvert certains aspects de la vie de ces quatre joueurs en préparant ce film ?

Non, pas vraiment. Mais comme ce sont quatre personnalités, quatre origines et quatre histoires, chacun a accepté de s’ouvrir sur des choses différentes. Et on a décidé de positionner Hugo Lloris dans un rôle un peu transversal [le capitaine des Bleus est invité face caméra à commenter les films sur ses trois coéquipiers]. On trouvait intéressant de le faire réagir sur les histoires des trois autres.

Concernant Lucas Hernandez, je pense que les gens vont découvrir son histoire. On se rend compte que le talent se trouve souvent dans les failles, quel que soit le domaine. Là il y en a beaucoup car le papa n’est plus là. A l’arrivée, les deux frères ont percé au plus haut niveau, c’est hyper rare. On découvre aussi son attachement viscéral à la France, à travers la place importante qu’on eu ses grands-parents dans sa vie et celle de Théo, puisqu’ils étaient très souvent chez eux en Franche-Comté car la maman travaillait en Espagne. Et on comprend bien pourquoi il a choisi de jouer pour la France et non pour la Roja.

On découvre que tous n’ont pas eu des destins tout tracé, qu’il a fallu en baver pour arriver là où ils en sont…

Oui, le monde est souvent dur avec eux. Même s’ils ne sont pas à plaindre parce qu’ils gagnent bien leurs vies, qu’ils sont célèbres, qu’ils font un beau métier, on ne se rend pas bien compte de ce que ces gens vivent et doivent traverser pour aller au bout de leur passion. Et ça je pense qu’on a bien réussi à le montrer sans tomber dans un côté larmoyant. Ce n’est pas un film léger, il y a de la profondeur. Il y a notamment l’aspect de la fin de carrière qu’on aborde avec Olivier Giroud.

Ils ne sont pas préparés à ça. Ils vivent les choses pleinement, ils sont entourés de gens pas toujours de bons conseils, ils ont des carrières très courte sur l’échelle d’une vie, et tous n’ont pas intégré que leur vie d’après se prépare dès maintenant. Et finalement, même si c’est sans commune mesure avec le pékin lambda, tout le monde est un peu paumé au moment de la retraite. Sauf que là tout est fois 100.000, l’argent, la pression, les avantages, les problèmes, le tout dans un temps de vie très court.

C’est aussi pour ça que vous avez choisi de montrer les gens qui partagent leur vie, la maman de Lucas Hernandez, la grand-mère, la femme et le frère de Giroud, etc. ?

Oui car on voit bien à quel point l’entourage peut être un tampon entre la vie d’avant, la vie pendant et la vie d’après, à quel point l’éducation de chacun, ses origines, peuvent lui permettre de traverser ça plus ou moins bien. On comprend aussi à quel point leurs performances sont liées à ce qu’il peut y avoir autour. Après, bien sûr que j’ai un regard bienveillant mais ça ne veut pas dire qu’on occulte les choses et qu’on donne une image biaisée de leur vie.

La partie avec la femme d’Olivier Giroud, qui revient sur les critiques subies par son mari avant l’Euro 2016, la comparaison avec Benzema, est très forte…

On a tourné la dernière séquence avec Giroud après l’annonce de la liste donc on a sa réaction au retour de Benzema. On pourrait croire comme ça que c’est de la langue de bois, mais en fait quand on connaît son histoire et son éducation, on se rend compte qu’il n’y a que de la sincérité chez ce garçon. Il n’y a pas de secret dans sa réussite avec l’équipe de France, s’il a réussi à chaque fois à aller au-delà des critiques, à devenir le deuxième meilleur buteur de l’histoire des Bleus, ce n’est pas pour rien. Il sait faire la part des choses entre son ego et l’intérêt supérieur des équipes dans lesquelles il joue.

Et la passe, là ?
Et la passe, là ? - Thibault Camus/AP/SIPA

Les entourages des joueurs sont-ils préparés aux critiques que peuvent subir leurs proches ?

Absolument pas. Lloris le dit très bien, il faut être préparé à vivre dans un ascenseur émotionnel permanent, entre la réussite qui est mise en lumière un jour, parfois très puissamment quand il y a un titre de champion du monde au bout, et le fait d’être dénigré le lendemain. Et ce n’est pas évident de gérer ça. Eux le sont à peu près, mais leurs entourages ne le sont pas du tout. Ils vivent par procuration les émotions des footballeurs et, dans le cas des critiques contre Giroud par exemple, on découvre que son frère l’a très, très mal vécu, beaucoup plus qu’Olivier en fait.

C’était un parti pris de ne pas tourner beaucoup de séquences purement foot ?

Oui mais il y a là aussi un choix d’être crédible sur l’aspect purement foot quand on filme les matchs des Bleus, mais en même temps ce n’est pas un film sur le foot. C’est un film sur le monde des joueurs de l’équipe de France. C’est aussi pour ça qu’on fait des choix de réalisations particuliers, on a tourné le match France-Ukraine avec des caméras de cinéma, il y a des slow motion sur les joueurs. On ne voulait pas montrer des images que les gens ont l’habitude de voir quand ils regardent un match.

Comment avez-vous senti ce groupe ? On a la sensation de notre côté qu’il y a un lien très fort qui unis les Bleus, qu’ils ont vraiment plaisir à vivre ensemble. Vous l’avez ressenti aussi ?

Je ne saurais pas le dire puisqu’on a tourné ce film pendant le Covid et qu’on n’a pas véritablement eu accès au groupe dans son intégralité. Ce que j’ai perçu en revanche, c’est qu’il y a du respect et de l’intelligence. Je me souviens d’une phrase d’Aimé Jacquet en 98 dans Les yeux dans les Bleus qui dit « ceux qui sont sur le terrain doivent être audacieux et intelligents ». Je pense que ce qu’on peut comprendre en filigrane dans ce film, c’est qu’il n’y a pas de secret si cette équipe a de bons résultats.