MMA : Francis Ngannou, de la rue parisienne à la ceinture mondiale des poids lourds en UFC

ARTS MARTIAUX Le directeur de l'association La Chorba, qui a aidé le Camerounais à sortir de la rue il y a quelques années, raconte son histoire avec celui qui est désormais l'homme à battre de la toute-puissante ligue américaine d'arts martiaux

Nicolas Camus
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Francis Ngannou a décroché la ceinture des lourds de l'UFC, le 27 mars 2021.
Francis Ngannou a décroché la ceinture des lourds de l'UFC, le 27 mars 2021. — Jasen Vinlove-USA TODAY Sports/S/SIPA
  • Francis Ngannou a décroché samedi à Vegas la ceinture des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus puissante ligue mondiale de MMA.
  • Pour en arriver là, le Camerounais est passé par mille galères, d’une enfance dans la pauvreté à une vie de SDF à Paris, où il est arrivé en 2013.
  • Khater Yenbou, le directeur de l’association La Chorba, qui l’a repéré alors qu’il vivait dans un parking, raconte à 20 Minutes comment il a rencontré et aidé celui qui allait devenir The Predator.

Depuis samedi, le téléphone n’arrête pas de sonner. Pas toujours facile pour Khater Yenbou de jongler entre les demandes d’interview et ses activités de directeur de La Chorba, une association humanitaire qui lutte contre la faim et l’exclusion sociale, mais il prend le temps pour tout le monde. Trop heureux de pouvoir parler de « son » Francis, Francis Ngannou, qui a décroché ce week-end à Las Vegas la ceinture des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus puissante ligue mondiale de MMA.

Lundi en fin d’après-midi, en chemin pour une distribution de repas, Khater nous raconte comment, avec son équipe de bénévoles, il a participé à sortir le colosse camerounais (1,95 m, 117 kilos) de la rue, en 2013. Car c’est bien là l’histoire singulière du nouveau roi des arts martiaux, maintes fois écrite désormais. Celle d’un garçon né dans une famille très pauvre de Batié, dans l’ouest du Cameroun, qui a dû arrêter l’école très tôt et se trouver d’harassants petits boulots pour survivre, avant de quitter son pays à l’âge de 26 ans pour venir en France, dans l’espoir de devenir un grand boxeur.

Un genou « tellement large que ça faisait une petite table »

Ngannou a traversé le Sahara puis franchi le détroit de Gibraltar en compagnie de milliers d’autres migrants, a été détenu dans un centre de rétention en Espagne, avant d’arriver enfin à destination, en 2013. Il n’a presque rien en poche et dort dans un parking. C’est là qu’il rencontre Véronique, une bénévole de La Chorba. « Elle m’en parlait assez souvent en revenant de ses maraudes, se souvient Khater Yenbou. Elle me disait que c’était une personne particulière, avec une certaine sérénité malgré les difficultés et puis avec un physique impressionnant. Elle me disait que le gobelet de café qu’on lui donnait, elle pouvait le poser sur son genou. Il était tellement large que ça faisait une petite table. »

Le travailleur social en sourit encore au bout du fil. A la suite de ces premiers échanges, le contact se noue. Ngannou est invité à devenir lui-même bénévole. Il accepte avec plaisir et tente en parallèle de trouver où boxer. Il franchit la porte d’un club dans le 11e arrondissement, où il rencontre Didier Carmont, qui deviendra son mentor et meilleur ami. Ce dernier l’oriente vers le MMA, mais le Camerounais n’est pas très chaud. Khater Yenbou le convainc alors d’aller voir à la MMA Factory, qui se trouve juste à côté des locaux de l’asso. « Je suis allé voir le gérant, Fernand Lopez, pour lui expliquer son histoire. Dès qu’il l’a vu, il a fait "wahou !". »

Une Fondation au Cameroun

La suite, c’est une ascension fulgurante, sculptée dans une volonté de fer. « Je combats contre un sort qui m’était destiné, une situation à laquelle j’étais condamné », disait l’intéressé en 2018. Cette année-là, quatre ans après ses premiers pas en MMA, Francis Ngannou tente une première fois de ravir la ceinture mondiale à l’Américain Stipe Miocic. Battu sur décision de l’arbitre, il a pris une éclatante revanche samedi, en lui infligeant cette fois un KO dévastateur dès le 2e round. « Si la salle de MMA s’était trouvée à 5 km de l’association, tout ça ne serait peut-être jamais arrivé », souligne Khater. Le destin se joue parfois à peu de choses.

Impressionnant le gars quand même.
Impressionnant le gars quand même. - Jasen Vinlove-USA TODAY Sports/S/SIPA

Aujourd’hui immense star de sa discipline, The Predator (son petit surnom) n’a rien oublié de son parcours, évidemment. « Dès qu’il revient à Paris, il passe nous voir. En dehors de l’octogone, c’est quelqu’un qui a une voix très douce, qui écoute, qui pèse ses mots. Le fait qu’il revienne nous voir est la plus belle des récompenses pour l’association, dit le directeur. Il prend des nouvelles, il est très attaché à nous. Il ne dit pas merci avec des mots mais avec des gestes. »

Il n’a pas oublié son pays natal non plus. En 2019, il a ouvert sa Fondation à Batié, pour permettre à tous les enfants de faire du sport. Khater Yenbou est admiratif. « Je ne suis pas fan de MMA, mais je suis fan de Francis. C’est quelqu’un qui continuera à faire de grandes choses. »