David Toupé travaille en étroite collaboration avec Airbus.
David Toupé travaille en étroite collaboration avec Airbus. — L. Borrel / Airbus

BADMINTON

Jeux paralympiques : David Toupé poursuit sa quête olympique sur un fauteuil made in Airbus

Nicolas Stival

Champion du monde de parabadminton, David Toupé espère pouvoir ramener une médaille des Jeux de Tokyo, toujours prévus cet été. Sur un fauteuil imaginé chez Airbus

  • Champion du monde, d’Europe et de France de parabadminton, David Toupé travaille depuis deux ans sur un nouveau fauteuil.
  • Celui-ci est réalisé par le ProtoSpace, le laboratoire d’innovation d’Airbus.
  • Le projet mobilise une quarantaine de salariés de l’avionneur. Ils travaillent dessus à titre bénévole.

La tenue des Jeux olympiques et paralympiques cet été à Tokyo reste (très) incertaine. Mais s’ils ont lieu et si David Toupé ramène une médaille du Japon en parabadminton, le champion du monde, d’Europe et de France la partagera avec une quarantaine de personnes : tous les bénévoles qui, depuis deux ans, travaillent avec lui pour construire un fauteuil sur mesure dans le cadre du ProtoSpace, le laboratoire d’innovation d’Airbus.

« En 2017, j’étais à la recherche de partenaires, explique le Haut-Pyrénéen de 43 ans, installé dans le petit village de Gerde, près de Bagnères-de-Bigorre. La mission handicap d’Airbus a alors décidé de me soutenir. » La porte de l’avionneur européen était entrebâillée. Elle s’est ouverte définitivement quelques mois plus tard.

« David peut déplacer des montagnes »

« On m’a mis en contact avec David et avec le Creps car je travaillais déjà autour du sport et du handicap », raconte Christophe Debard, responsable du ProtoSpace, à l’origine auparavant d’une jambe « bionique » imaginée pour un champion d’aviron. « David est une personne motivée, qui peut déplacer des montagnes pour atteindre ses objectifs. »

Quand débute la collaboration avec Airbus, le quadragénaire est déjà un cador d’une discipline découverte lorsqu’il était en centre de rééducation après un grave accident de ski, en 2003. L’ancien espoir du badminton, pensionnaire de l’Insep à l’adolescence, a activement participé à l’essor de ce sport en France. « C’est en ramenant des médailles qu’on peut le mieux développer la pratique », constate le conseiller technique à la Fédération française (FFBaD), actuellement en pleine phase de test de son nouveau matériel.

Au centimètre près

« En dix jours, on aura modifié trois fois la morphologie de son dossier », détaille William Bras, ingénieur mécanique sur les mâts-réacteurs chez Airbus, et bénévole sur le projet de l’athlète, qui évolue dans la catégorie « joueur en fauteuil sans abdominaux ». « Un dossier trop haut d’un centimètre va me bloquer pour aller chercher le volant en fond du court, explique David Toupé. S’il est trop bas d’un centimètre, je ne serai pas assez réactif. »

Le ProtoSpace travaille donc avec minutie, en misant sur toutes les compétences du géant de l’aéronautique. « On a notamment fait appel à un ergonome, qui travaille d’habitude avec des pilotes d’hélicoptère, pour faire des analyses de mouvement observe Christophe Debard. On est sur le modèle essai-erreur, qu’on utilise pour beaucoup de projets chez Airbus : on essaye et quand on fait des erreurs, on apprend et on améliore le concept. »

Forcément, le champion a un rôle central dans ce processus, grâce à des réunions « physiques » dans le monde d’avant, devenues virtuelles depuis plus d’un an. « Je vais réussir à déterminer une position idéale avec différents réglages. Une fois ceux-ci figés, on va pouvoir passer à des pièces en carbone et optimiser le poids du fauteuil. »

« Aujourd’hui, on est sur de l’alu et du titane et il pèse autour de 10 kg, reprend William Bras. Quand les bons paramètres seront trouvés, l’objectif sera de fournir à David un fauteuil « full carbone », sur lequel on gagnerait en masse car on n’aurait plus de vis à régler. »

Gagner en légèreté et en mobilité

Alors qu’un fauteuil sportif « ordinaire » coûte aux alentours de 8.000 euros, celui-ci est littéralement inestimable, puisque les professionnels de l’avionneur travaillent de manière bénévole sur le projet. Quant aux matériaux, ils proviennent de partenaires de l’entreprise ou du lycée Airbus.

« D’ici deux mois, on aura déjà gagné un kilo ou deux », estime le parabadiste, excité à l’idée de voir son sport intégrer le programme olympique. Si l’événement a lieu, le Bigourdan s’alignera en simple et en double, avec Thomas Jakobs (29 ans), installé à Annecy. Si Tokyo est dans la tête, ce ne sera pas le terminus de son aventure sportive. « On se projette déjà sur Paris 2024 », lance David Toupé. Le ProtoSpace d’Airbus et ses bénévoles aussi…