Toulouse : Touchés de plein fouet par la crise de l’aéronautique, les salariés des sous-traitants sur le pont

ECONOMIE Alors que Bruno Le Maire vient à Toulouse ce vendredi pour parler filière aéronautique, la direction d’Akka Technologies vient d’annoncer qu’elle revoyait à la baisse son plan de licenciements, de 900 à 650 postes touchés

Béatrice Colin

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Lors de la manifestation des salariés d'Akka Technologies, l'entreprise d'ingénierie sous-traitante aéronautique, ce jeudi à Blagnac.
Lors de la manifestation des salariés d'Akka Technologies, l'entreprise d'ingénierie sous-traitante aéronautique, ce jeudi à Blagnac. — B. Colin / 20 Minutes
  • Bruno Le Maire est a Toulouse ce vendredi pour parler du secteur aéronautique, fortement touché par la crise sanitaire.
  • Ce jeudi, les salariés d'Akka Technologies, mobilises contre un Plan de sauvegarde de l'emploi, ont manifesté pour demander un soutien des pouvoirs publics.
  • C'est aussi ce jeudi que la direction d'Akka technologies a annoncé avoir revu à la baisse le nombre de postes touché par le PSE, de 900 à 650.

Ce vendredi, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, est à Toulouse pour rencontrer les acteurs de la filière aéronautique, durement touchée par la crise du coronavirus. Et la question des entreprises sous-traitantes ne manquera d’être abordée.

A la veille de sa venue, les salariés d’Akka Technologies se sont mobilisés à Blagnac pour dénoncer un plan de restructuration qui devait jusque-là concerner 900 suppressions de postes, dont 800 dans la région toulousaine.

Licenciements revus à la baisse

Mais dans la journée, la direction du groupe d’ingénierie, contactée par 20 Minutes, a indiqué que ce chiffre était revu à la baisse. « De 900 postes concernés nous passons à 650. Ces 250 salariés vont être orientés soit vers de la formation soit vers d’autres missions. Nous sommes toujours en train de négocier avec les organisations syndicales », affirme une de ses porte-parole, rappelant que l’activité globale de la filière a baissé de 50 % au cours de la dernière année.

« Nous, notre objectif est d’avoir zéro départ contraint. Nous recensons des demandes de départs volontaires de la part de certains salariés, mais qui ne sont pas forcément ceux visés par le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Un des moyens serait que la direction étende les départs volontaires à l’ensemble des salariés du groupe », avance Stéphane Lepine, coordonnateur national CFDT-Akka. Ce dernier aimerait aussi que l’entreprise ait recours à un vrai dispositif d’activité partielle de longue durée, comme celui déployé chez Altran qui a « réussi à sauver 2.000 salariés ».

Mais comme ses collègues, il se sent « sacrifié » et attend des mesures fortes du gouvernement et des pouvoirs publics pour limiter la casse. « Il faut que l’Etat arrête les subventions publiques, qu’il mette la pression à l’entreprise, les aides publiques ne peuvent pas financer la destruction de nos propres emplois », estime par ailleurs Franck Laborderie, délégué CGT de l’entreprise.

Les commandes sont toujours là

Mais Akka comme Airbus sont la face émergée de l’iceberg. De nombreux petits sous-traitants de la filière passent sous les écrans radar et suppriment des emplois, sans pouvoir avoir accès au fameux plan de relance de 15 milliards. « Il y a plein de petites structures ou la direction dit du jour au lendemain à l’un de ses employés qu’il doit partir. Ils licencient brutalement, sans qu’on l’apprenne, et sans justification depuis les ordonnances Macron », poursuit Robert Amade, délégué CGT à Capgemini.

Pourtant, la reprise pointe l’horizon, d’ici quelques mois selon lui. « Le carnet de commandes d’Airbus ne s’est pas écroulé, il y a toujours plus de 7.000 avions à produire, fin 2021 les livraisons seront au même niveau que fin 2019. Et il faut maintenir les emplois pour se mettre en situation de repartir », assure celui qui œuvre aussi au sein de la Coordination CGT aéronautique.

Pression des élus locaux

Un avis partagé par les élus locaux, qui ont tenu à apporter leur soutien, que ce soit ceux de la région ou du département. Ces derniers voient d’un mauvais œil de perdre des compétences. « La reconstitution de l’expertise et des savoir-faire détenus aujourd’hui par cette société prendra du temps et pourrait faire l’objet d’une délocalisation. J’appelle les dirigeants d’Akka à revoir leur position et à engager les négociations avec les organisations syndicales pour trouver une solution visant à préserver l’excellence de cette société », plaide le maire de Blagnac et vice-président de Toulouse Métropole, Joseph Carles. Et de rappeler que pour passer la première vague, « Akka a bénéficié des aides publiques qui devront être restituées si la décision de suppression d’emploi est maintenue ».

Cette reprise tant espérée, de légers signaux la laissent pressentir. Airbus a ainsi annoncé ce jeudi la hausse de ses cadences de production de ses avions de la famille A320. De 40 avions par mois aujourd’hui, elle va passer à 43 au troisième trimestre et 45 au quatrième trimestre 2021.

En attendant, du côté des employés d’Akka Technologies, c’est l’attente. « L’ambiance est très tendue, l’annonce a été faite de manière brutale et unilatérale. On se dit que même si on est sur une mission, on n’est pas à l’abri. C’est très anxiogène », témoigne un jeune salarié qui ne se voit pas se reconvertir dans l’automobile et le ferroviaire, son rêve d’enfant ayant toujours été celui des avions.