Michel Desjoyeaux raconte son Vendée Globe

VOILE Retour sur une victoire inespérée...

David Phelippeau aux Sables d’Olonne

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 Le 9 novembre 2008, Dejoyeaux s'avance devant la foule des Sables d'Olonne. Après sa victoire en 2000-2001, le skipper de Port-la-Forêt prend pour la deuxième fois le départ de l'Everest des marins en solitaire. «Il y a 8 ans, je m’étais fixé de ne pas dépasser les 20 nœuds de moyenne par jour. Cette fois-ci, avec le plateau de furieux qu’on a, il sera certainement nécessaire d’aller plus vite que ça. On va passer le premier mois avec un caillou posé sur la pédale d’accélérateur!», prédit Desjoyeaux.
 Le 9 novembre 2008, Dejoyeaux s'avance devant la foule des Sables d'Olonne. Après sa victoire en 2000-2001, le skipper de Port-la-Forêt prend pour la deuxième fois le départ de l'Everest des marins en solitaire. «Il y a 8 ans, je m’étais fixé de ne pas dépasser les 20 nœuds de moyenne par jour. Cette fois-ci, avec le plateau de furieux qu’on a, il sera certainement nécessaire d’aller plus vite que ça. On va passer le premier mois avec un caillou posé sur la pédale d’accélérateur!», prédit Desjoyeaux. — Vendee Globe

«Jules Verne n’a qu’à bien se tenir ! Les 80 jours autour du monde ne sont plus loin…» Le pied à peine posé sur la terre ferme, Michel Desjoyeaux pense déjà à l’avenir. Le navigateur peut pourtant savourer le présent. Son présent. Car il a écrit, hier, une page exceptionnelle de l’histoire de la voile. Il a bouclé son tour du monde en solitaire en 84 jours 3 heures et 9 minutes et 8 secondes, établissant un nouveau record et s’adjugeant du coup un deuxième Vendée Globe après celui remporté en 2000.

Des «merdes» tous les jours

Son entrée dans le chenal, devant près de 125 000 personnes et encerclé par des centaines de petites embarcations, fut à l’image de son exploit. Fantastique. Ce moment unique dans la carrière d’un skipper au large, il l’aura vécu avec sa femme, ses trois enfants et toute son équipe technique. «L’arrivée est agréable, on a même eu droit un petit rayon de soleil», lâchera-t-il d’abord à la foule de  médias. Le visage est étrangement serein. Le ton toujours aussi badin. «Le jour où le Père Noël est passé chez moi, il s’est trompé, raconte-t-il. Il a voulu prendre mon safran pour le donner à quelqu’un d’autre…» Maintenant, Desj’ en rit. Ce soir-là, il en aurait pleuré. « Le Vendée Globe, ça dure trois mois et tous les jours il vous arrive des merdes, des petites et des grosses!»

Question aléas, le Breton n’a pas été épargné durant cette édition. Le jour du départ, en quittant le ponton, une mauvaise rafale avait pris son bateau en travers. Ce dernier était parti en dérive vers les rochers… Le skipper avait réagi à temps pour ne pas mettre en l’air en quelques secondes plus de deux ans de préparation. Pire, le lendemain du départ, il était contraint de faire demi-tour pour venir réparer une fuite aux Sables d’Olonne. Il repartait avec près de 400 milles de retard sur l’escouade de tête… «Je ne me suis pas posé de questions et n’ai pas douté », reconnaitra-t-il.

«Profiter de la vie de terrien»

Et puis il y aussi cette frousse qu’il conte sans jamais se départir de son indicible humour. «Je me souviens d’un jour où j’ai vu une baleine venir droit vers moi, et moi je ne pouvais rien faire. J’étais à l’arrêt, je n’avançais pas… Je la voyais arriver et ce coup-ci je me suis dit : «C’est plié, elle va faire un trou dans mon bateau ». Et puis, elle a plongé. Elle a sans doute dû se dire : «C’est pas un marrant lui ! On va le laisser gagner…»

On ne se lasse pas de ses histoires. Lui visiblement si. «J’ai envie de quoi maintenant ? Que vous me foutiez la paix », répond-il dans un grand éclat de rire à un confrère. «Je veux maintenant profiter de ma vie de terrien car j’ai bien profité de celle de marin!»