Coronavirus : Du Tournoi des VI Nations à la Ligue des champions, le variant anglais peut-il bouleverser la fin de saison ?

MULTISPORTS L’isolement du Royaume-Uni à cause du nouveau variant de Covid-19 remet en cause la Coupe d’Europe de rugby. Avant d’autres compétitions ?

B.V. (avec C.C et N.S)

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Antoine Dupont avec le ballon lors du match Ecosse-France, le 22 novembre 2020.
Antoine Dupont avec le ballon lors du match Ecosse-France, le 22 novembre 2020. — ANDY BUCHANAN / AFP
  • Les deux prochaines journées de Coupe d'Europe de rugby ont été suspendues en raison du nouveau variant anglais du Covid-19.
  • Au-delà de cette compétition, qui pourrait malgré tout se terminer, se pose la question des autres compétitions européennes.
  • La vaccination prioritaire des sportifs pourrait être une solution.

Officiellement, ce n’était qu’une « recommandation ». Le genre qu’on fait avec les gros yeux et la voix lourde. Vendredi, le ministère des Sports a gentiment intimé à la Ligue nationale de rugby et tous ses clubs d’oublier l’idée de participer aux deux prochaines journées de Coupe d’Europe, prévues les week-ends du 15 au 17 et du 22 et 24 janvier. Une demande confirmée lundi par courrier officiel, et qui court jusqu'à début février. Face à la situation sanitaire et la diffusion du nouveau variant, le ministère des Sports déconseille en effet « fortement » tout voyage au ou depuis le Royaume-Uni.

Logiquement, l'EPCR, l’organisateur du tournoi, devrait annoncer dans la foulée la suspension des compétitions. Et ensuite ? Reports, annulation, changement de formats...Tous les scénarios sont envisagés, et la réflexion collective pourrait aboutir, après une série de réunions entre les instances françaises et anglo-saxonnes, à une nouvelle formule où l’on oublierait les deux journées à venir pour se retrouver un peu plus tard lors de huitièmes de finales inédits et pas vraiment prévus à l’origine.

Bref, une maxi-débrouille, dont les acteurs ne savent pas trop quoi penser.

« Je ne crains qu’une chose, c’est qu’elle soit annulée, souffle le manager de l’Union Bordeaux-Bègles Christophe Urios. Là, elle est suspendue, mais c’est tellement lié à l’état sanitaire de l’Europe… C’est une sage décision aujourd’hui quand on voit comment ça s’enflamme au Royaume-Uni. J’espère qu’on va pouvoir terminer cette Coupe d’Europe, on peut espérer que ça ira mieux au mois d’avril. Mais on dit ça depuis septembre… »

Résumé par l’entraîneur des avants de Toulouse, Jean Bouilhou, ça donne quelque chose comme : « on est dans le flou total ». Et même si EPCR arrive à « MacGyveriser » sa Coupe d’Europe avec deux bouts de scotchs, une ficelle et trois tests PCR, le même problème se posera bientôt pour d’autres compétitions. A commencer par le tournoi des VI Nations, qui balade à partir de début février les joueurs entre le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Italie et la France.

Et vu d’ici, rien n’indique que la situation sanitaire aura particulièrement évolué d’ici le 6 février prochain. Invité sur RMC dimanche, le président de la FFR Bernard Laporte a assuré que le Tournoi « se jouera », alors qu’une réunion est prévue mardi pour évoquer la question avec le ministère des Sports. « C’est un casse-tête, mais je crois qu’il ne faut pas s’alarmer, explique-t-il. Le Tournoi se jouera, avec un protocole sanitaire dicté par le gouvernement, et lié à ce virus mutant. Tout s’était bien passé à l’automne, il en sera de même pour le Tournoi à venir, je ne suis pas plus inquiet que cela. »

Et le foot ?

Sauf qu’à l’automne, le Royaume-Uni n’était pas isolé du reste de l’Europe. Face à la situation, des rumeurs évoquent déjà un Tournoi des VI Nations joué sous bulle et en intégralité en France. « Pour le moment, il n’en est pas question, répond Laporte. Après, si c’était la condition sine qua non pour jouer on le ferait, c’est évident. Et l’idéal serait de le faire en France, avec la finale à Gaillac. »

Derrière la vanne, de vraies questions de logistiques se posent. Est-ce bien envisageable d’isoler, en France, six équipes pendant plus de 40 jours, le temps de la durée du Tournoi ? A moins que l’on décide d’en raccourcir sa durée, voire de le reporter au printemps.

Bref, un beau bordel, qui ne concerne d’ailleurs pas que le rugby. On pense au début de la saison cycliste, aux futurs tournois de qualifications olympiques de diverses disciplines et évidemment à la Ligue des champions de foot. Dans à peine plus d’un mois, Liverpool, Manchester City et Chelsea devront se déplacer à travers l’Europe pour les huitièmes de finale. Une date trop éloignée pour que l’UEFA n’agisse encore, même si l’on sait déjà que l’option bulle sanitaire n’est pas envisageable pour des déplacements d’aussi courte durée.

La solution vaccin

Et si les compétitions nationales devraient, elles, pouvoir aller jusqu’au bout de la saison avec le protocole en place, il n’est pas impensable d’imaginer une fin de saison européenne tronquée ou repoussée à l’été, avec par exemple un tournoi final en un seul endroit. Même si, avec les JO et l’Euro en point de mire, on a du mal à imaginer des calendriers viables.

A moins que d’ici-là, les vaccins ne viennent sauver le monde du sport. Pas vraiment considérés comme prioritaires dans le plan de vaccination des principaux pays européens, les sportifs de haut niveau y sont pourtant des candidats naturels. Interviewé en novembre par l’Equipe, l’infectiologue Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique sur le Covid-19, estimait « qu’une vaccination prioritaire des sportifs professionnels dans le premier semestre 2021 se justifierait ».

D’abord parce qu’« ils jouent un rôle important dans la société, poursuit-il. Ils apportent du bonheur à beaucoup de gens qui en ont particulièrement besoin au cœur de cette crise majeure ». En ensuite pour « l’exemplarité ». « Si les sportifs pouvaient se faire vacciner et dire à tous les jeunes qui les suivent sur les réseaux sociaux : "Regardez, je me suis fait vacciner et tout va bien. Faites comme moi, comme ça, on pourra à nouveau remplir les stades !", ce serait une superbe promotion pour la vaccination. »

D’ici-là, on va faire confiance à tous les MacGyver d’Europe.