Ligue 2 : Pourquoi 2021 sera l’année du TFC

FOOTBALL Après des années de galère en Ligue 1, le TFC est reparti cette saison à l’étage inférieur. Le club, totalement transformé, revit enfin

Nicolas Stival

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Branco van den Boomen, l'une des nombreuses bonnes pioches du TFC cette saison.
Branco van den Boomen, l'une des nombreuses bonnes pioches du TFC cette saison. — Frédéric Scheiber / Sipa
  • Victorieux mardi soir du Paris FC (1-0), sa quatrième victoire d’affilée, le TFC s’est hissé à la deuxième place de Ligue 2.
  • Avec de nouveaux dirigeants, un nouveau coach et de nouveaux joueurs, l’équipe est en mesure d’atteindre son objectif : la remontée immédiate. En faisant au passage la reconquête de supporteurs désabusés par des années de galère.

Si globalement 2021 ne s’annonce pas beaucoup plus folichonne que 2020, elle a particulièrement bien commencé pour le TFC. Vainqueurs mardi soir du Paris FC (1-0) dans un Stadium presque aussi glacé qu’un supercongélateur pour vaccins anti-Covid, les Toulousains se hissent pour la première fois de la saison à la deuxième place de Ligue 2.

« STOP THE COUNT ! » s’exclameront les plus trumpistes des supporteurs violets. Si le championnat s’arrêtait là, une journée avant la fin des matchs aller, le Tef’retrouverait en effet la Ligue 1 quelques mois après l’avoir quittée, en compagnie du leader troyen.

Risée de toute une ville – et bien au-delà – jusqu’à cet automne, au fil d’une incroyable série de près d’un an d’insuccès, la bande à Garande reste sur huit matchs sans défaite. Dont quatre victoires de rang, une première depuis août 2011, selon l’indispensable compte Twitter @TFCDatabase, qui peut enfin aligner des statistiques positives après des années passées à flirter avec la déprime. Voici comment un club à la dérive, presque totalement rebâti cet été, a réussi à devenir une machine à gagner.

Cette équipe a une âme

En d’autres temps, une expulsion aussi précoce que celle d’Anthony Rouault mardi soir (dès la 32e minute) aurait plombé tout espoir toulousain. Dépourvu de leaders, lessivé par des saisons dans les abysses de la L1, le TFC d’avant le premier confinement ressemblait davantage à un défilé de zombies qu’à une équipe de foot. Mais face au Paris FC, autre cador de L2, les Violets n’ont pas bégayé. « A la mi-temps, ils ne parlaient que de gagner le match », souligne Patrice Garande.

Ce que ses joueurs ont fini par faire, après que l’expulsion du Francilien Bamba juste avant l’heure de jeu a rééquilibré les forces, grâce à une jolie frappe lointaine de l’impavide Néerlandais Stijn Spierings. « Ce que j’ai le plus aimé, c’est de retrouver après la trêve une équipe avec une âme, une envie, reprend l’expérimenté technicien de 60 ans. J’aimerais bien l’emporter chaque fois 3 ou 4-0 mais je ne suis pas un rêveur. Gagner comme ça, c’est aussi fédérateur pour le groupe. »

La meilleure attaque de L2 (35 buts marqués, à égalité avec Auxerre) ne peut pas toujours maîtriser son sujet comme à Châteauroux (0-3) et à Pau (0-3) avant les fêtes, ni offrir systématiquement du spectacle comme contre Le Havre (3-4) ou lors de l’improbable défaite devant Valenciennes (4-5), la dernière à ce jour.

Un recrutement (très) réussi

Dans la foulée de la reprise du club par les Américains de RedBird Capital Partners et de la nomination de Damien Comolli à la présidence, le plus gros budget (non communiqué) de L2 a opéré un recrutement aussi prolifique que cosmopolite, à grand renfort de data. Un Colombien débarqué de Belgique (Deiver Machado), un Anglais venu de League One, la D3 locale (Rhys Healey), un Ivoirien en provenance d’Ecosse (Vakoun Bayo), un Belge (Brecht Dejaegere) et des Néerlandais (Branco van den Boomen, Stijn Spierings) inconnus sous nos latitudes…

Les doutes ont laissé place à la suspicion après deux défaites initiales, au Stadium face au promu dunkerquois (0-1) puis à Grenoble (5-3). Mais les nouveaux ont été intégrés au compte-gouttes et la mayonnaise a fini par prendre. « Je ne suis pas surpris, le président a créé une équipe qui fait qu’on peut jouer la montée », lâche le défenseur Kelvin Amian, capitaine contre le Paris FC.

Dans l’entrejeu du schéma en 3-5-2, la très technique et complémentaire triplette Spierings (sept buts, dont 5/5 sur penalty) – van den Boomen – Dejaegere marche sur la Ligue 2. Sur le flanc gauche, Machado aligne les kilomètres sans faiblir. Et devant, Healey a déjà planté huit buts, dont sept lors des six derniers matchs de 2020.

Alors que la défense reste le talon d’Achille de l’équipe, notamment sur coups de pied arrêtés, le TFC vient de recruter Isak Petterson. Le gardien international suédois va concurrencer Maxime Dupé, lui aussi arrivé à l’intersaison, qui a déjà encaissé 21 buts en 18 matchs. Et l’arrière belge Sébastien Dewaest devrait rapidement suivre.

Garande se félicite par ailleurs de la mentalité de ses recrues étrangères, dont toutes, à l’exception du mystère Bayo, donnent donc satisfaction. « Je suis admiratif des efforts qu’ils font pour parler français. Certains n’osent pas, mais ils comprennent. Cela fait partie d’une équipe, d’une solidarité, d’un état d’esprit. » On y revient toujours.

Une jeunesse très prometteuse

« On a beaucoup de jeunes joueurs de talent », soulignait van den Boomen lundi, en conférence de presse. Le métronome batave a cité pêle-mêle Janis Antiste, Amine Adli, Sam Sanna, Anthony Rouault, Manu Koné ou encore Bafodé Diakité. Les deux premiers constituent les principales révélations de cette première partie de saison. Pur enfant du club, Antiste (18 ans), le plus souvent remplaçant, apporte son punch à chacune de ses entrées. Il est sans doute l’attaquant formé au TFC le plus prometteur depuis les retraités Anthony Bancarel et Xavier Pentecôte.

Ambianceur en chef des vestiaires, Antiste a marqué cinq buts en L2, dont peut-être le plus beau cette saison : un ciseau sur un centre d’Amine Adli, le 29 août à Grenoble. Adli justement… Le kid de Pézenas (20 ans), membre de la génération dorée finaliste de la Gambardella 2019, compose avec Healey un duo d’attaque redoutable. Vif, inspiré ballon au pied, il a scoré trois fois pour quatre passes décisives.

Manu Koné, un jeune Toulousain courtisé.
Manu Koné, un jeune Toulousain courtisé. - Frédéric Scheiber / Sipa

Forcément, la qualité des Pitchouns n’est pas passée inaperçue. Le Milan AC serait ainsi tombé raide dingue du milieu Manu Koné (19 ans), aussi prometteur qu’il est perfectible, à condition de simplifier son jeu. « C’est plutôt flatteur pour le club que les joueurs soient sollicités par l’extérieur, mais si on construit ce groupe, ce n’est pas pour le détruire à la mi-saison », tonne Patrice Garande.

Un discours qui ne pourra que plaire aux supporteurs, absents des tribunes par la force des choses, mais tout près de leurs joueurs. Mardi soir, les Indians Tolosa ont proposé un mini-spectacle pyrotechnique juste avant le coup d’envoi, tout près du Stadium. Le groupe ultra avait aussi laissé une banderole dans son virage Brice-Taton déserté : « 2021 : Ligue 1 en vue. Que le feu d’artifice continue ! »