Manchester United - PSG : Les anciens joueurs de MU sont-ils devenus les consultants les plus médisants d'Europe ?

FOOTBALL Neville, Ferdinand, Evra et Scholes passent leur temps à se payer leur ancien club sur les plateaux de télévision

Julien Laloye

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Gary Neville,, profession sniper chez Sky Sport.
Gary Neville,, profession sniper chez Sky Sport. — Robbie Stephenson/JMP/REX/SIPA
  • Plusieurs anciennes gloires de Manchester United époque Ferguson sont désormais consultants pour les grandes chaînes anglaises.
  • Gary Neville, Paul Scholes, Rio Ferdinand ou ROy Keane n’hésitent pas à égratigner le club, les dirigeants, et les joueurs.
  • Paul Pogba est sans conteste la cible favorite des ex de MU, dont l’influence sur le club et les fans est réelle.

Petite déception du (lundi) matin en lisant la presse mancunienne avant le PSG. Pas une vacherie d’une vieille légende de MU sur la dernière occasion gâchée par Toto Martial, le mauvais choix tactique du week-end d’Ole-Gunnar Solskjear, ou le prix des sandwichs à Old Trafford. Il y a bien Gary Neville qui se demande ce qu’on attend pour coller aux nouveaux arrivants une sorte de guide des bonnes pratiques sur les discriminations après la polémique à deux livres sterling sur le post instagram de Cavani, mais on sent clairement que tout le monde se force. Les terreurs de l’ère Ferguson reconverties en snipers télé étaient plus en forme avant le match aller, qui suivait une raclée mémorable infligée par Tottenham (6-1).

Cavani, une petite polémique pour déjeuner

Le phénomène des consultants envahissants n’est pas propre à l’Angleterre, évidemment, mais leur pouvoir de nuisance a peu d’équivalents dans le football européen. Chez nous, par exemple, c’est souvent à la bonne franquette. Les meilleurs sont embauchés par les diffuseurs et gomment alors leurs habitudes partisanes pour tenter de donner un peu de hauteur de vue à l’exercice, et les autres répondent au téléphone pour livrer une opinion plus ou moins pertinente en fonction de leur propre passé.

Personne n’est dupe, et surtout pas Villas-Boas, qui s’est bien fichu de la profession récemment en lisant l’Equipe après PSG-Leipzig. «  Madar pour juger du match du PSG, sérieusement, ils n’ont pas trouvé mieux que ça ? ». Rapport au fait que le dit Madar, par ailleurs tout à fait intéressant sur des sujets spécifiques -on se souvient d’une conversation enrichissante pour un article sur le jeu de tête de Benzema- n’est peut-être pas le mieux placé pour expliquer le repli défensif à Neymar du haut de ses 17 buts en 46 matchs avec le PSG (pas si mal, en passant).

Des « pundits » (consultants) anciens de MU en force

Un reproche qui ne fonctionne pas en Angleterre. Là-bas, c’est la course à l’échalote pour se trouver une place de consultant payée un rein, chez Sky Sport ou BT Sport. Spécialement pour les anciens de MU, les mieux représentés et de loin. Gary Neville, Rio Ferdinand, Roy Keane, Paul Scholes ont tous leur rond de serviette sur un plateau TV. Autant de noms associés à l’époque glorieuse du Manchester de la fin des années 90.

Rio Ferdinand livre son analyse à BR Sports aux côtés notamment de Michael Owen.
Rio Ferdinand livre son analyse à BR Sports aux côtés notamment de Michael Owen. - James Marsh/BPI/REX/SIPA

« Avec Liverpool, on parle du club le plus populaire du pays, et les opinions des anciens joueurs ont beaucoup d’importance dans l’environnement du club », explique Richard Fay, journaliste pour le Manchester Evening News. Le quotidien de Manchester consacre une couverture extensive au club majeur de la ville (n’en déplaise à City), et n’hésite pas à relayer absolument TOUTES les déclarations des uns et des autres. « Tout ce que peut dire un Paul Scholes ou un Gary Neville est digne d’intérêt. Les supporters adorent savoir ce qu’ils pensent de l’actualité du club​, parce qu’ils savent comment on gagne des trophées et parce que les fans partent du principe que les anciens n’ont que l’intérêt supérieur du club en tête ».

C’est possible, mais alors l’intérêt supérieur du club suppose d’en dire beaucoup de mal. La direction sportive se fait bien sûr dézinguer à tour de bras, mais les joueurs non plus n’échappent pas au massacre les soirs de défaite. « Les anciens ont une certaines légitimité car ils ont prouvé sur le terrain. Donc c'est difficile de leur dire quelque chose par rapport à cela, plaide Geoffroy Fisher, responsable du club des supporters officiel de MU en France. On peut effectivement voir cela comme une mauvaise chose de l'extérieur, mais je pense que Scholes, Neville, Ferdinand ou Keane, et Van persie ou Hargreaves dans une moindre mesure, aiment le club et sont aussi touchés que les fans par la situation actuelle. Donc forcément dès qu'un joueur ne fait pas les efforts qu'ils ont fait eux pour le club, ils vont critiquer encore plus que les journalistes neutres».

Quitte à dépasser parfois les limites ? « J’ai un grand respect pour les footballeurs qu’ils étaient, mais il existe une opinion répandue sur le fait que leurs critiques sont un peu trop marquées à l’encontre de certains joueurs, et comme beaucoup de consultants, ils prospèrent d’autant plus que le club n’atteint pas ses objectifs », poursuit Richard Fay.

Pogba, la cible favorite de Keane et des autres

La façon dont les consultants pro-MU abordent la carrière de Paul Pogba en Angleterre est un cas d’école. Il n’y a pas UN joueur en Premier League qui concentre autant d’attaques fielleuses que le champion du monde. Un exemple nauséabond parmi d’autres, récemment, avec Roy Keane et Patrice Evra aux platines. L’ancien chasseur de tibia des grandes années Ferguson, qui avait juré qu’on ne le prendrait jamais à rater sa vie en tant que consultant du temps où des clubs lui donnaient sa chance au poste de manager (« Je préfère encore aller chez le dentiste »), sort le canon de 50 du garage à crapuleries :

« Sur la dernière année, Manchester a été inconstant. Ils ont des jeunes joueurs, il y a eu des blessures, et ils ont un Pogba dans le décor qui a été une nuisance. Il faut se débarrasser de ce genre de joueurs qui sont au club et ça ne se fait pas du jour au lendemain ». Réponse un peu plus nuancée de l’ancien capitaine des Bleus, au long passé mancunien : « Pour être honnête, quand il joue, les gens critiquent Paul. Quand il ne joue pas, ils le critiquent aussi, à un moment, ça suffit ». Sauf que l’avis de Keane est de loin le plus répandu, et qu’il contribue à l’idée de diffuser une image viciée du Français, qui serait à la fois peu performant sur le terrain et pas assez professionnel en dehors.

« Ils prospèrent sur le dos des mauvais résultats du club »

« Ses performances n’ont pas toujours été à la hauteur et il a eu quelques commentaires déplacés sur son désir de rejoindre le Real Madrid, estime Fay, mais il est vrai qu’il n’est pas épargné par certains médias à cause de son prix ou de son activité sur les réseaux sociaux ». José Mourinho himself, qu’on ne peut pas soupçonner de rouler pour Pogba à longueur de journée, s’était scandalisé du traitement médiatique de son milieu de terrain quand il était manager de Manchester :

« J’ai l’impression que le monde perd le sens des valeurs, et je suis horrifié quand je vois la jalousie de certains. Ce n’est pas la faute de Paul s’il gagne dix fois ce que d’anciens joueurs gagnaient dans le passé. Ce n’est pas sa faute si certains consultants ont tellement de problèmes dans la vie qu’ils ont besoin de chaque centime pour survivre, alors que Paul est multimillionnaire. Il a atteint le top niveau et personne ne lui a rien donné. Paul mérite un peu plus de respect ».

Si le Français semble avoir envie de se carapater depuis un moment d’Old Trafford, il ne s’est jamais rebellé contre ce statut de bouc-émissaire qui le poursuit depuis qu’il est revenu en Angleterre et a dit ce qu’il avait à dire sur le sujet. « Je ne suis pas quelqu’un qui regarde beaucoup les consultants, je regarde beaucoup de football mais je ne reste pas après le match pour écouter ce qu’ils disent à propos de « Pourquoi ils ont fait ça » ou «pourquoi il a fait ça ». Après les matchs, quand je le regarde à nouveau, je regarde le match, pas les commentaires. Lorsque vous connaissez le football, vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous dise ce qui se passe. Évidemment, ce que j’entends quand les gens disent « Paul fait ça… Paul… Paul », je ne sais pas. Un jour peut-être que je les rencontrerai [les détracteurs] et leur demanderai parce que je veux vraiment savoir pourquoi ».

Un rôle décisif dans la prolongation de Solskjaer ?

Il est vrai que la capacité du clan Pogba à supporter un torrent de boue permanent sur la tête force le respect. Les anciens propriétaires des lieux savent pourtant avancer leurs pions de façon plus constructive, quand ils le veulent.  « Ils ont beaucoup poussé pour que Solskjaer soit prolongé après la qualification face au PSG il y a deux ans, notamment Rio Ferdinand, éclaire Richard Fay. Comme ils ont joué ensemble, ils ont tendance à être plutôt positifs concernant le manager et à blâmer les dirigeants et Ed Woodward [le directeur sportif] pour l’absence de trophées ».

« La plupart du temps je suis d'accord avec eux, et beaucoup de fans attendent d'eux qu'ils parlent ouvertement des problèmes du club afin que les dirigeants réagissent, même s'il ne faut pas qu'ils tombent dans la recherche du buzz permanente » complète Geoffroy Fisher. Les dirigeants plutôt que Solskjaer, donc. 

Le Norvégien jouit en effet du totem d’immunité depuis le Camp Nou en 99, mais il doit parfois monter au front pour éteindre les départs de feu lancés par ses anciens collègues de vestiaire : « Patrice [Evra], Rio [Ferdinand], Gary [Neville], Fletch [Darren Fletcher] sont toujours les bienvenus ici pour me parler plutôt que… Ils font leur travail. C’est leur nouveau travail alors on doit les laisser faire mais on veut tous que Manchester United soit le plus haut possible ». Cela reste à prouver, pour certains.