Mort de Christophe Dominici : « Un leader, exemplaire et décisif », les Toulousains rendent hommage à leur adversaire préféré

RUGBY Christophe Dominici est décédé ce mardi, à l’âge de 48 ans. Pendant onze ans, jusqu’en 2008, ses matchs avec le Stade Français contre le Stade Toulousain ont marqué le rugby tricolore

Nicolas Stival

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Le Parisien Christophe Dominici entouré de Toulousains, le 30 avril 2005 au Parc des Princes.
Le Parisien Christophe Dominici entouré de Toulousains, le 30 avril 2005 au Parc des Princes. — Damien Meyer / AFP
  • Emblème du Stade Français et du rugby tricolore, Christophe Dominici est mort ce mardi.
  • L’ailier a été l’un des principaux acteurs des « clasicos » face au Stade Toulousain, entre 1997 et 2008, avec en jeu la domination sur le rugby français.
  • Des anciens adversaires se souviennent d’un « leader » et d'« un garçon attachant ».

Le Capitole contre la Capitale. Le « terroir » contre les « paillettes ». Le choc des Stades. A la charnière du deuxième et du troisième millénaire, les duels entre Toulouse et Paris, étiquetés « clasicos » dans les médias, ont passionné un monde du rugby français qui découvrait officiellement le professionnalisme. Pendant plus d’une décennie, de 1997 à 2008, Christophe Dominici, disparu ce mardi à 48 ans, a été « le fer de lance » de ce Stade Français made in Max Guazzini, explique Emile Ntamack.

« C’était un leader, exemplaire et décisif, souligne l’ancien arrière ou ailier légendaire du Stade Toulousain. C’était un plaisir de le jouer, mais on savait aussi la difficulté de le marquer. » Le père de Romain (50 ans) faisait partie des quadruples champions de France en titre rossés en demi-finale du championnat 1998 (39-3) par « Domi » et ses potes (Comba, Dominguez, Juillet, Moscato…). L’intenable ailier était alors sur la route du premier de ses cinq Boucliers de Brennus avec Paris.

« Cela reste la première équipe qui nous a fait tomber quand on était intouchables. Christophe était au summum de son talent. Nous avions pris notre revanche l’année d’après [51-19 en quart de finale] mais ça a lancé la rivalité qui a duré des années. »

Grégory Lamboley appartenait à la génération toulousaine suivante, qui a continué à batailler contre le Varois de la capitale, désormais escorté par les Rabadan, De Villiers ou Marconnet. « Il faisait partie des joueurs dont tu surveillais la présence sur les feuilles de match quand il venait à Toulouse ou quand tu allais à Paris, lance l’ancien deuxième ou troisième ligne de 38 ans. On s’est joués à de nombreuses reprises, c’était la grande époque du clasico. »

Actions légendaires et coups défendus

Des rencontres de phase régulière délocalisées au Stade de France devant 80.000 personnes, des actions légendaires (la cuillère du Parisien Jérôme Fillol qui empêche Florian Fritz de filer à l’essai lors de la demi-finale 2005) et des coups défendus (la « cravate » de Christian Labit sur Dominici lors de la demi-finale 2000) et même une finale de Coupe d’Europe remportée en 2005 par Toulouse après prolongations grâce au pied de Frédéric Michalak…

Jean-Marc Arnaud, à la tête du Huit, principal groupe de supporteurs Rouge et Noir, n’a rien raté de toute cette époque où le Calendrier des Dieux du Stade et tout le décorum parisien n’avaient pas forcément bonne presse dans la capitale autoproclamée de l’ovalie française. Pas plus que les Dominici, Roncero ou Marconnet…

« Il y avait quand même beaucoup de respect »

« Je n’ai pas apprécié le Stade Français à ce moment-là, je trouvais que c’était du spectacle plutôt que du rugby, mais il faut bien dire qu’un Guazzini ou un Dominici ont amené quelque chose de nouveau qui a été copié ensuite, reconnaît le quinquagénaire. Il faut leur tirer le chapeau. Dominici avait un caractère particulier, mais il était capable de faire des choses que personne ne pouvait anticiper. C’était un gros avantage de ne pas l’avoir en face. »

« Il y avait quand même beaucoup de respect », témoigne Emile Ntamack qui, comme Lamboley et une pelletée de Toulousains, ont côtoyé Dominici en équipe de France. « C’était un drôle de gars, mais un garçon attachant », souligne Ntamack senior. « C’est un joueur que j’admirais, lance Lamboley. Il était emblématique, une grande gueule marrante et joviale. »

Très « rugby », la vanne d’un emblème parisien à un mythe toulousain, en 2005, n’est pas forcément racontable… Trois ans plus tard, l’international aux 67 sélections jouait son dernier match de rugby, conclu par une défaite (31-13). Une demi-finale de Top 14 contre Toulouse, forcément… Avant son décès tragique, Christophe Dominici était déjà entré au panthéon de son sport. « Même les gens qui ne connaissent rien au rugby savent qui c’est, appuie Grégory Lamboley. En France, à part Michalak, Chabal et lui, je n’en vois pas d’autres. » Ce mardi soir, personne ne dira le contraire. Même pas à Toulouse.