Val-d'Oise : Intimidations, insultes et violences... Le calvaire d'une arbitre lors d'un match de foot amateur

FOOTBALL « Voir une arbitre se faire insulter à ce point-là, c’est la première fois », raconte un témoin de la scène

B.V. avec A.L.G et J.L

— 

Illustration: Un ballon de foot entre dans un but.
Illustration: Un ballon de foot entre dans un but. — LE LANN/SIPA

C’est un post de blog, une semaine plus tard, qui a révélé l’affaire. Le 11 octobre, lors de rencontres de 3e division U18 en région parisienne, une arbitre a été insultée puis possiblement frappée par des membres de la JS Pontoise (Val-d’Oise) lors du match face à Ecouen. Tout y est raconté en détail, depuis la première contestation des décisions arbitrales à la 56e minute de jeu jusqu’à l’arrêt du match, à la 76e.

Entre-temps, l’arbitre a vécu vingt minutes d’enfer. D’abord à cause d’un éducateur, expulsé pour avoir contesté plusieurs décisions en entrant sur la pelouse. Puis à cause d’un joueur, lui aussi expulsé pour avoir menacé un adversaire, venu s’en prendre physiquement à l’arbitre. Voici ce qu’on peut lire sur le blog : « Envers l’arbitre, front contre front, alors qu’elle lui montre le carton rouge : "Qu’est ce qu’il y a toi espèce de petite pute, ferme ta chatte ou je t’encule toi aussi, je sors pas, tu vas faire quoi, je sors pas tu vas faire quoi, je reste là et je vous encule tous un par un, ici on est à la Pontoisienne, on vous baise moi et mon équipe bande de fils de pute." »

« Jamais vu ça »

S’ensuit le chaos : des insultes sexistes et humiliantes en direction de l’arbitre de la part de joueurs et éducateurs depuis le bord de touche, mais aussi des menaces physiques envers les arbitres assistants. Jusqu’à ce que le joueur précédemment expulsé saute la main courante, entre sur le terrain et assène un coup de coude dans la tête de l’arbitre, selon le récit du post de blog. Cette dernière décide alors d’arrêter la rencontre.

Interrogé par 20 Minutes, le coach de l’équipe adverse ne peut confirmer le coup. « C’est ce qu’il m’a semblé entendre, peut-être que c’est arrivé, mais je ne l’ai pas vu. On m’a montré une vidéo où l’on voit un geste qui semble plus être pour séparer que pour frapper mais qui finit par atteindre l’arbitre. On voit que son visage a été touché. Ce qui est sûr c’est que la pauvre était en larmes dans le vestiaire ensuite. »

En revanche, il avoue que « c’est la première fois » qu’il voit « une arbitre se faire insulter à ce point-là ». Le coach d’Ecouen raconte : « On parle d’insultes sexistes, totalement portées sur les attributs féminins, "elle a ses règles ou quoi", des choses comme ça, mais en beaucoup plus violent. Elle a vraiment été très tolérante sur les insultes et sur la façon de faire des éducateurs d’en face. Je comprends même pas qu’elle ait pas arrêté le match bien avant la 75e minute. Les insultes provenaient des supporters, surtout des jeunes, mais aussi de l’entraîneur adverse. »

Suspensions à titre conservatoire

Contacté par 20 Minutes, le président de la JS Pontoise avoue être sous le choc. « Je ne m’attendais pas à ce que cette histoire prenne cette ampleur-là, explique Raoul Lewate. Il y a encore deux jours l’affaire était "banale", je n’étais pas du tout au courant de tous les faits énoncés par l’arbitre. J’ai eu vent qu’il y avait eu des petits soucis lors du match mais pas de cette gravité en fait. Pour moi, c’était rien de méchant. C’est en lisant le premier article et en recevant plein d’appels de journalistes que j’ai compris que c’était plus grave que prévu. Si les faits sont avérés, c’est très
grave. »

Selon lui, le district du Val-d’Oise va réunir de manière exceptionnelle sa commission de discipline pour statuer sur l’affaire. Une information que ni le district du 95, ni la Ligue de football en région parisienne ne nous ont pour l’instant confirmée.

Avant cela, Raoul Lewate assure avoir « décidé de prendre une première mesure : tous les joueurs et les éducateurs sont convoqués ce soir au stade pour permettre aux personnes présentes sur place de donner leur version des faits. Si les faits sont avérés, il y aura sanction disciplinaire et on va les radier. Les personnes en question ont déjà été suspendues à titre conservatoire. C’est la première fois que ça nous arrive. Nous sommes un club familial, soucieux de défendre les valeurs de respect et de tolérance. »

Contacté par 20 Minutes, le club de Bezons, où est licenciée l’arbitre, n’a pour l’instant pas voulu réagir.