Tour de France : « On a eu 100 mecs à terre »... Pourquoi y a-t-il eu tant de chutes à Nice ?

CYCLISME Disputée sous l’orage, la première étape du Tour de France a été marquée par de nombreuses chutes. Thibaut Pinot a été victime de l’une d’entre elles, juste avant l’arrivée à Nice

Jean Saint-Marc

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Julian Alaphilippe a vécu une première étape très compliquée.
Julian Alaphilippe a vécu une première étape très compliquée. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • De nombreux coureurs, dont l’outsider français Thibaut Pinot, ont chuté lors de la première étape du Tour de France, à Nice.
  • La pluie, la pollution et la nervosité du peloton sont en cause.

De notre envoyé spécial à Nice,

Une sale première. Ce samedi, Valentin Madouas a découvert d’un coup la magie et la folie du Tour de France. « C’était une de mes pires journées sur un vélo », souffle le coéquipier de Thibaut Pinot. Il a chuté dès le début d’une étape dantesque, disputée sous l’orage et remportée par le sprinteur  Alexander Kristoff. Son leader a été pris dans une chute massive à l’arrivée.

Julian Alaphilippe, Nairo Quintana, Pavel Sivakov, Richie Porte ou Pierre Latour ont également chuté, parmi tant d’autres. « Il y a eu 100 mecs à terre sur les 176 coureurs, on ne pouvait pas pédaler sans glisser », reprend Valentin Madouas. Conditions météo, état des routes, nervosité : on vous explique comment cette première étape est devenue un gala de patinage artistique.

Pluie + pollution = catastrophe

« Tu vois, cette tâche sur la route ? » Oui, Alain, on la voit. Et on n’irait pas poser une roue de Vélib dessus. La tache désignée par cet expérimenté secouriste niçois est composée d’un mélange d’eau et de pollution. Un cocktail haï par les cyclistes. « On appelle ça le verglas d’été », explique Pierre-Luc Périchon. « On avait eu la grêle l’an dernier, on a eu une patinoire aujourd’hui. Tout le monde pouvait tout perdre à tout moment », ajoute son leader Guillaume Martin.

Les voitures laissent sur la chaussée de l’essence, de l’huile et de la gomme. « C’était la première pluie depuis le mois de juin donc les routes étaient très grasses aujourd’hui », témoigne Antoine, cycliste amateur qui connaît bien les virages traîtres des cols de l’arrière-pays niçois. Le tracé du jour n’était pas le plus facile dans ces conditions pluvieuses. « Les routes étaient étroites », rappelle Julian Alaphilippe, victime d’une chute sans conséquence.

« Les routes autour de Nice sont très fréquentées, c’est la première pluie après l’été… On voyait la pluie qui moussait, ça faisait un liquide blanc qui glissait », décrit Pierre-Luc Périchon, de Cofidis.

Les coureurs très nerveux en début de Tour

La météo n’est pas la seule responsable. « Les premières étapes du Tour sont toujours dangereuses », rappelle Julien Jurdie, directeur sportif d’AG2R La Mondiale. « Il y a toujours beaucoup de nervosité », poursuit Cédric Vasseur, manager général de l’équipe Cofidis, qui « craignait beaucoup cette première étape. »

Cédric Vasseur salue d’ailleurs la décision des « vétérans » du Tour de France de neutraliser la course, sans attendre que les organisateurs ne prennent la décision d’un arrêt de la course. A 50 kilomètres de l’arrivée, Tony Martin (Jumbo-Visma) a imposé un temps mort au peloton. La course a « repris » à 20 kilomètres de Nice, avec une attaque de Benoît Cosnefroy.

Les coureurs ont perdu l’habitude de rouler sous la pluie ?

L’interruption de la saison cycliste entre le 15 mars et le 28 juillet a privé le peloton des classiques printanières, souvent disputées sous la flotte. « Ils ne sont plus habitués à rouler sur des routes mouillées, depuis deux mois », estime Thomas Voeckler, consultant France Télévisions.

« Quelques coureurs ont fait des erreurs, mais cela n’explique pas la majorité des chutes », nuance Pierre-Luc Périchon. « Ce n’est pas du tout ça », s’emporte même Cyril Gautier, membre de l’échappée publicitaire du jour : « C’est mon neuvième Tour de France, il y a toujours des chutes dans les premières étapes. »