Barcelone : Coup de bluff ou vraie lassitude… Lionel Messi peut-il vraiment quitter son club de toujours ?

FOOTBALL L’Argentin a envoyé à ses dirigeants un courrier recommandé dans lequel il demande « unilatéralement » à ce que son contrat soit résilié

N.C. et B.V.

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Lionel Messi abattu après l'humiliation infligée par le Bayern Munich au Barça en quart de finale de la Ligue des champions, le 14 août 2020.
Lionel Messi abattu après l'humiliation infligée par le Bayern Munich au Barça en quart de finale de la Ligue des champions, le 14 août 2020. — Manu Fernandez/AP/SIPA
  • Lionel Messi a fait savoir au Barça mardi soir qu’il souhaitait « unilatéralement » résilier son contrat, qui expire normalement en 2021.
  • Une décision qui fait l’effet d’une bombe, tant tout le monde pensait l’Argentin lié à jamais avec le club blaugrana.
  • Veut-il vraiment partir ? Le peut-il, tout simplement ? Les questions ne manquent pas au lendemain de cette déflagration.

Mardi soir, en apprenant la nouvelle, on n’a pas pu s’empêcher de rêver. Ou de délirer, c’est selon. Imaginez deux secondes, et si Lionel Messi venait au PSG ? « Franchement, ça joue avec Messi-Neymar-Mbappé devant, le reste tu mets que des défenseurs on s’en tape. » « Premier match à Gaston-Gérard, histoire de le mettre dans le bain. » Il faut en profiter, personne ne pouvait imaginer que l’Argentin en arriverait là un jour avec son club de toujours.

Mais avec une nuit de recul, on se demande quand même si un départ du sextuple Ballon d’or peut vraiment arriver. Quelles sont ses motivations profondes ? Que dit son contrat ? Est-ce qu’il est simplement envisageable qu’un club lui offre ce qu’il veut, en pleine crise liée au Covid et à l’ère du fair-play financier ? Autant de questions qui agitent le monde du foot ce mercredi matin.

Pourquoi il en est arrivé là ?

Ce qui transpire de tout ça est d’abord une énorme lassitude. L’Argentin, 33 ans, voit saison après saison ses dirigeants faire mauvais choix sur mauvais choix, que ce soit au niveau des entraîneurs ou des recrues. « Il juge la gestion sportive du club comme une authentique calamité », écrit le journal Sport ce mercredi. « Ce n’est pas un coup de sang, c’est une décision mûrement réfléchie », ajoute Marca. Messi estime que ses avertissements n’ont pas été entendus et a donc décidé d’utiliser la manière forte. Dans le détail, voici les éléments qui l’ont poussé à agir :

  • Le licenciement, en janvier dernier, d’Ernesto Valverde, de qui il était proche, et son remplacement par Quique Setien, avec qui il n’a aucun feeling.
  • Les critiques d’Eric Abidal sur la responsabilité des joueurs dans le licenciement de Valverde, justement, et plus globalement de la direction quand il a été question d’une baisse des salaires lors du confinement dû à la pandémie de coronavirus.
  • L’échec des négociations pour faire revenir Neymar au club l’été dernier.
  • Le cas Griezmann et le fait qu’on lui ait imputé l’échec de l’intégration du Français.
  • La manière dont il a été annoncé à Luis Suarez qu’il ne serait pas conservé.
  • Une dernière discussion avec Ronald Koeman, le nouvel entraîneur censé faire repartir la machine, qui ne l’a pas du tout séduit. « Il a quand même attendu d’entendre la proposition de l’entraîneur pour cette nouvelle saison. Il n’a pas été convaincu et il considère qu’à son âge, s’il veut continuer à remporter des titres et rester au sommet du football, le Barça n’est pas la meilleure option », écrit Sport.

Simple coup de pression ?

C’est une option à ne pas écarter. L’Argentin est un habitué. Face aux premières rumeurs ​annonçant son désir de partir, il y a quelques semaines, les journaux espagnols rappelaient qu’il usait régulièrement de cette ficelle pour obtenir une augmentation/la signature d’un pote/la démission d’un entraîneur. Sauf qu’il n’avait jamais été jusqu’à envoyer une lettre officielle à sa direction.

Si c’était le cas, le moins que l’on puisse dire est qu’il a réussi son coup. L’Argentin a reçu mardi soir le soutien de Carles Puyol. Difficile de faire mieux quand on parle du Barça. Que l’ancien capitaine et légende du club blaugrana s’exprime ainsi en dit long sur ce qu’il pense de la gestion du club depuis quelques saisons.

En tout état de cause, Lionel Messi et ses conseillers vont se heurter à des considérations légales. Le joueur dispose bien d’une clause lui permettant de partir libre à la fin de chaque saison s’il le souhaite, mais celle-ci expirait le 10 juin dernier, selon la direction catalane, contactée par l’Equipe. « Il est lié au club jusqu’à la fin de la saison prochaine », précise le club, et si Messi veut partir, il faut désormais payer sa clause libératoire fixée à 700 millions d’euros. Une somme qui ne laisse aucune porte ouverte, évidemment.

« La guerre est ouverte, lance le quotidien Marca. Le club se battra bec et ongles pour que cette clause libératoire, qui a expiré sur papier le 10 juin, ne puisse pas être exécutée, bien que Leo et son entourage défendent qu’il y ait une base légale. »

Peut-il provoquer un départ de Josep Bartomeu ?

Plusieurs médias espagnols ont fait part d’une réunion de crise au Barça, quelques heures après l’annonce fracassante de Messi, à l’issue de laquelle le président Josep Bartomeu aurait annoncé sa décision. Il n’en est pour l’instant rien, en tout cas officiellement. Mais pour plusieurs connaisseurs de la situation, le démission du président (et avec lui tout le directoire) est la seule chance de voir Messi rester. « Bartomeu et son conseil de direction doivent démissionner immédiatement, lance ainsi l’ancien président du club Joan Laporta. Il y aurait encore l’espoir que Messi reste au Barça. »

Le combat de Laporta n’est pas anodin. Ancien président, il souhaite aussi le redevenir lors des prochaines élections prévue en mars. D’ici-là, Bartomeu est censé rester à la tête du club, sauf si la pression devient trop forte. Des supporters se sont réunis mardi soir sous ses fenêtres, au Camp Nou, pour exiger sa démission. Haï par Messi, il serait considéré comme l’unique responsable d’un départ de l’Argentin. Une partie de la presse espagnole, Marca en tête, assure pourtant que Bartomeu a prévu de « faire front » et de ne rien lâcher, comme il en a l’habitude en cas de tempête. Mais de nouvelles manifestations de supporters étaient prévues aujourd’hui à Barcelone. De quoi le faire changer d’avis ?

Des supporters du Barça se sont rassemblés aux abords du Camp Nou pour demander la démission du président Bartomeu, mardi soir.
Des supporters du Barça se sont rassemblés aux abords du Camp Nou pour demander la démission du président Bartomeu, mardi soir. - Alejandro Garcia/EFE/SIPA

Qui pourrait se l’offrir ?

A moins d’avoir oublié de renouveler son abonnement aux chaînes d’infos, Messi n’a probablement pas loupé cette histoire de coronavirus. L’économie mondiale est plombée, et celle des clubs de foot aussi. Dit autrement, ce n’est pas la meilleure saison pour décider de quitter son club dans un transfert fracassant. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles si Messi cherche vraiment à quitter le club, il veut faire jouer la clause qui lui permettrait de rompre son contrat avec Barcelone et donc de quitter le club libre.

Mais même sans indemnités de transfert, peu de clubs peuvent s’offrir Messi. Et à son salaire actuel évalué à 70 millions d’euros brut par saison, en réalité, personne. Mais Messi vient d’avoir 33 ans, a décidé lui-même de partir et voudra une équipe capable de remporter la Ligue des champions. S’il a tout ça, il sera sans doute prêt à faire quelques petits efforts financiers pour rendre le deal possible.

Une fois qu’on a dit tout ça, il reste plus grand monde au portillon. Allez, comptons 8 clubs maximum : Le Bayern, Liverpool, le Real Madrid, la Juve, l’Inter, les deux clubs de Manchester et le PSG. Pour les deux premiers, ce genre de recrutement ne serait pas le style de la maison. Pour le troisième, c’est impossible à moins de vouloir déclencher une guerre civile. La Juve n’a pas les moyens et l’Inter, malgré son intérêt récurrent pour Messi, n’est sans doute pas encore au niveau. Reste donc United, Paris et City.

Mardi soir, le journaliste brésilien qui avait annoncé l’arrivée de Neymar à Paris il y a trois étés, Marcelo Bechler, a affirmé que Messi avait parlé à Pep Guardiola et aurait fait le choix de rejoindre City. Une information que l’on peut qualifier de fiable, car Bechler était le premier à avoir annoncé les envies de départ de Messi, le 16 août dernier.

De son côté, le PSG ne peut pas être insensible à l’idée de créer une attaque Neymar-Mbappé-Messi. Mais on a du mal à voir comment le deal pourrait se faire, alors que Paris a annoncé des pertes autour de 120 millions d’euros sur l’exercice 2019-2020 en raison de la crise. Difficile d’imaginer comment une opération d’une telle envergure pourrait avoir lieu (d’autant que le PSG doit aussi se renforcer à d’autres postes), mais pas totalement impossible non plus. Pour l’instant, malgré tout, il n’y a pas de signes de négociations entre le vice-champion d’Europe et l’entourage de Messi.

Enfin, des médias espagnols rapportent depuis mardi des débuts de négociations entre l’Argentin et Manchester United. Club prestigieux et bourré d’oseille, mais équipe moyennement compétitive à l’échelle européenne pour le moment. On imagine difficilement le club mancunien comme autre chose qu’une solution de repli.