Loire-Atlantique : « Les réveils, un enfer ! »… L’ultra-traileur Erik Clavery raconte son incroyable traversée des Pyrénées

EXPLOIT En début de semaine, l’ultra-traileur de Remouillé en Loire-Atlantique, licencié au TUB (Rezé), a pulvérisé le record de la traversée des Pyrénées (GR 10) : 860 km en neuf jours 9 heures et 12 minutes

David Phelippeau

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Erik Clavery.
Erik Clavery. — Clavery
  • Dans la nuit de mardi à mercredi, Erik Clavery, habitant de la région nantaise, a pulvérisé le record de la traversée des Pyrénées.
  • 860 km en neuf jours 9 heures et 12 minutes pour parcourir les Pyrénées d’est en ouest.
  • Erik Clavery raconte à 20 Minutes cette aventure humaine et sportive hors du commun.

Il ne s’arrêtera donc jamais. A 40 ans, Erik Clavery, l’ ultra-traileur de Remouillé en Loire-Atlantique, licencié au TUB (Rezé), a pulvérisé en début de semaine le record de la traversée des Pyrénées (GR 10) : 860 km en neuf jours 9 heures et 12 minutes, battant du même coup de trois jours celui détenu depuis deux ans par Thierry Corbarieu (en douze jours et 10 heures).

Dans la nuit de mardi à mercredi, il est arrivé sous les hourras de ses proches à Hendaye, épuisé mais comblé. Ce vendredi matin, le champion du monde de trail en 2011 et recordman de France des 24 heures de course à pied s’est confié à 20 Minutes « après une nuit longue mais perturbée encore par des pensées en lien avec l’excitation de la course ». Entretien avec un insatiable homme de défi.

Eric Clavery, nouveau recordman de la traversée des Pyrénées.
Eric Clavery, nouveau recordman de la traversée des Pyrénées. - Erik Clavery

Vous venez de pulvériser de trois jours le record de la traversée des Pyrénées (d’est en ouest, de Banyuls-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales à Hendaye dans les Pyrénées-Atlantiques). Avez-vous pris conscience de l’exploit réalisé ?

En fait, pour être clair, je n’ai jamais été figé sur le record. Je me suis toujours fié à mon potentiel, à ce que je peux faire. J’étais parti sur une traversée en dix jours. Je savais que c’était réalisable. D’ailleurs, avant la course, j’en avais parlé à des spécialistes qui m’avaient dit : "Contente-toi déjà de le faire en onze jours !" Ils ne voulaient pas y croire.

On vous voit épuisé sur les images de votre arrivée. C’est une course qui ne vous a offert aucun répit ?

Non, ce ne fut pas dur du début à la fin. J’ai beaucoup souffert à l’entrée du Pays basque. On m’avait dit que c’était facile… Pas du tout. Ça dépend en fait du ressenti de chacun. Parfois, j’ai été obligé de mettre les mains sur les rochers dans les montées. Le corps s’habitue à la charge physique et émotionnelle. C’est une machine exceptionnelle. Après, le dernier jour, j’étais dans un état de grande fraîcheur. J’avais une des plus grosses étapes à faire avant la fin, avec 110 km. Ce sont les 20-30 derniers km qui ont été les plus difficiles. Vous sentez que l’arrivée se rapproche, psychologiquement, c’est difficile à gérer. C’est aussi émotionnellement lourd. Dans Hendaye, en pleine nuit, sur les 5 derniers km, il y avait 2 ou 3 bosses. J’ai pesté… Ça montait tout le temps. Les nerfs lâchent à ce moment-là et ça génère de la fatigue.

Quels ont été les moments les plus durs ?

Les réveils, chaque jour, un enfer. Je m’arrêtais chaque soir entre 22 h et minuit en vallée car on dort mieux en vallée qu’en altitude. Je faisais 5 h 30 de pause maxi : 1 heure de massage, 4 heures de sommeil dans le camping-car et 30 minutes pour le petit-déjeuner. 4 heures de sommeil, c’est peu. Ma femme me réveillait doucement. Parfois, mes yeux ne s’ouvraient même pas. J’avais les jambes lourdes. C’était un grand calvaire.

Et avez-vous eu de gros pépins physiques ?

Je me suis fait une foulure lors de la première étape sur le mont Canigou, j’ai eu la cheville gonflée. Mais surtout, le 7e jour, j’ai glissé et je suis tombé. Ma tête a violemment heurté un caillou recouvert de mousse. J’ai eu mal à la tête… Le lendemain, j’avais des douleurs à la hanche. Ça m’a handicapé.

Mais on arrive à prendre du plaisir très sincèrement ?

Oui, il n’y a que du positif. J’ai vécu 9 jours de bonheur extraordinaire. J’étais dans mon monde. J’avais mes proches avec qui j’ai pu partager ce bonheur. Ce fut la liberté avec un grand L. J’ai assisté à des couchers et levers du soleil incroyables. Quand on est seul dans un col et qu’on voit ce coucher du soleil, on a l’impression de le mériter et que ça nous est réservé.

Mais qu’est ce qui pousse un père de famille de trois enfants, âgé de 40 ans, a encore vouloir se dépasser encore et encore ?

Franchement, le record, c’est une excuse pour faire ça. Moi, ce qui m’anime, c’est de montrer à tout le monde qu’il n’y a rien d’impossible dans la vie si on croit à ses rêves et si on est déterminés à les réaliser. Il faut croire en soi et arrêter de se mettre des freins. Des rêves d’aventures, j’en ai encore plein d’autres. J’ai aussi un projet d’organisation d’une course dans les Alpes Maritimes en septembre 2021.