OM : « Je ne vois pas comment l’OM peut être vendu cet été », lance un économiste

INTERVIEW Pour l’économiste Jean-François Brocard, la vente de l’OM au millionnaire franco-tunisien Mohamed Ayachi Ajroudi est compromise, au moins cette saison

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud assurent que l'OM n'est pas à vendre.
Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud assurent que l'OM n'est pas à vendre. — J.E.E. / SIPA
  • Jean-François Brocard estime que les négociations autour de la vente de l’OM vont désormais se dérouler « en sous-main ».
  • « Si les acheteurs veulent bouger, il faut bouger vite, tant que le marché des transferts est encore dynamique », lance cet économiste du sport.
  • « En tant que personne rationnelle, je ne vois pas comment l’OM peut être vendu cet été quant à une vente cet été », lance le maître de conférences au CDES.

Après les gesticulations de Mourad Boudjellal, le silence. Depuis plus d’une semaine, ni l’ancien patron du RC Toulon, ni le millionnaire Mohamed Ayachi Ajroudi n’ont donné la moindre interview. Seul le nom de la banque d’affaires mandatée pour racheter l’OM a filtré : il s’agit de la banque française Wingate. Selon l’économiste Jean-François Brocard, maître de conférences au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, ce silence n’est pas forcément un signal positif pour les supporteurs de l’OM qui rêvent de voir leur club changer de main.

Jean-François Brocard enseigne au CDES, à Limoges.

Comment interpréter ce silence ?

C’est parfaitement logique. Normalement, une vente se fait en sous-main. Mourad Boudjellal a voulu se mettre l’opinion avec lui car Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud ont une cote de popularité très basse à Marseille. La stratégie de Boudjellal est celle d’une communication populaire, voire populiste.

A tort, selon vous ?

Pour moi, c’est maladroit, mais je ne vais pas enseigner la com' à Boudjellal : il est bien meilleur que moi. Il se fait passer pour une personne incontournable et c’est vrai qu’il a de la crédibilité par sa réussite sportive à Toulon. Mais ces méthodes sont rares dans le rachat d’un club. Je ne suis pas un défenseur de ce type de stratégie.

Va-t-il rester silencieux maintenant ?

Normalement, oui. Maintenant, c’est un poker menteur : on ne sait même pas si une offre a vraiment été lancée. D’ailleurs, dans le cas de l’OM, officiellement McCourt n’est pas vendeur.

Ce n’est pas vraiment le bon moment pour vendre…

Effectivement : le club n’est pas au top au niveau économique, l’actif joueurs n’est pas sensationnel, il y a des incertitudes sur les revenus futurs à cause du Covid-19… Pour moi, ce n’est pas le bon moment. Ils ont redressé le club au niveau sportif mais le centre de formation reste assez faible, le stade génère peu de revenus…

Je ne pense pas qu’il ait intérêt à vendre. Après, je ne connais pas l’état de sa trésorerie privée : s’il a besoin d’argent, ça l’inciterait à vendre l’OM.

La situation va-t-elle évoluer rapidement ?

Si les acheteurs veulent bouger, il faut bouger vite, tant que le marché des transferts est encore dynamique. Si vous faites ça après fin juillet, c’est compliqué. Les recrutements du mois d’août sont rarement les meilleurs. Et il est très rare qu’un club soit racheté quand la saison est lancée.

Vous semblez ne plus vraiment y croire…

Ça peut aller vite, mais objectivement, je ne suis pas très optimiste : je trouve que ça arrive tard. Chaque jour qui passe diminue la probabilité que cela se fasse. En tant que personne rationnelle, je ne vois pas comment l’OM peut être vendu cet été. Mais il y a parfois des choses irrationnelles qui se produisent à Marseille…