OM : Le projet de rachat porté par Mourad Boudjellal est-il crédible ?

FOOTBALL L’ancien président du club de rugby de Toulon a surpris tout le monde vendredi en annonçant ouvertement être le porteur d’une offre de rachat de l’OM par des fonds saoudiens

Nicolas Camus, avec J.S.-M.

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Frank McCourt, Mourad Boudjellal et Emmanuel Macron, au stade Mayol de Toulon, le 6 mars 2017.
Frank McCourt, Mourad Boudjellal et Emmanuel Macron, au stade Mayol de Toulon, le 6 mars 2017. — David Niviere/SIPA
  • Mourad Boudjellal a annoncé vendredi qu’il allait déposer un projet de rachat de l’Olympique de Marseille avec des investisseurs du Moyen-Orient.
  • Il n’a eu de cesse, depuis, de vanter la fiabilité du projet dans de nombreux médias.
  • Le président de l’OM Jacques-Henri Eyraud a quant à lui fait savoir que le club n’était pas à vendre.

Des millions d’euros, des stars au mercato, une bataille enfin les yeux dans les yeux avec le PSG… Depuis vendredi, Marseille frétille. Mourad Boudjellal a surpris tout le monde en annonçant en grande pompe un projet de rachat de l’OM par des fonds saoudiens. L’ancien président du club de rugby de Toulon a vanté le sérieux et la solidité de l’affaire, dont le président Emmanuel Macron aura les détails et qui sera présentée via une banque d’affaire privée à l’actuel propriétaire du club, l’Américain Frank McCourt.

Crédible ou pas ? Entre ceux qui y croient et ceux qui n’ont pas oublié le douloureux épisode Jack Kachkar en 2007, la ville est divisée. Pour le moment, c’est plutôt le scepticisme qui semble l’emporter. « Même moi, j’ai du mal à le croire », a avoué Boudjellal dans une interview à L’Equipe, samedi. Difficile de croire en tout cas que l’ancien président à succès du RCT s’est affiché au grand jour sans garanties.

L’homme d’affaires varois a fait la tournée des popotes pour défendre son plan. « Je peux vous dire simplement qu’il y a des fonds étatiques et de sociétés privées. Je suis porteur du projet pour l’amener au bout, a-t-il assuré à 20 Minutes. On va prendre directement contact avec McCourt. Après s’il n’est pas vendeur, il ne sera pas vendeur. Mais j’ai l’impression qu’il aura plutôt intérêt à nous écouter. »

L’offre de rachat serait faramineuse. L’AFP évoque une enveloppe globale de 700 millions d’euros, dont 300 pour le rachat en lui-même, 200 pour rembourser les dettes et 200 pour le mercato. « 500 millions [sans compter le mercato], ça voudrait dire que l’OM vaut plus cher qu’un club comme l’Inter et serait l’équivalent du Milan AC. Ce tarif me paraît énorme, estime l’économiste du sport Pierre Rondeau. Si cette offre est réelle, McCourt n’aurait pas de raison de refuser. Il serait totalement renfloué, récupérerait ses investissements et ferait une grosse plus-value [il avait acheté le club 50 millions, plus 78 millions de reprise de dettes et environ 220 millions investis dans les transferts]. » Ce qui correspond bien au profil de businessman de l’Américain. « Mais je demande vraiment à voir », insiste l’économiste, qui a du mal à croire en ces montants.

Géopolitique et bon timing

Si les chiffres avancés peuvent interroger, plusieurs éléments rendent tout de même le projet plausible. D’un point de vue géopolitique, déjà, l’histoire se tient. Depuis 2013, une guerre économique et d’influence se déroule dans le Golfe, avec d’un côté l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, et de l’autre le Qatar. Le sport constitue l’un des terrains d’expression de cette lutte, et ce ne n’est pas la première fois que l’on parle en France d’un intérêt saoudien pour venir concurrence le PSG du rival qatari.

Le timing pour se positionner est le bon, aussi. Trois raisons à cela, explique Pierre Rondeau : « Le club vient d’être sanctionné par le fair-play financier, les droits TV vont exploser la saison prochaine et on est dans une période de crise avec la pandémie de coronavirus, ce qui veut dire baisse du chiffre d’affaires et de la valorisation de l’effectif. Ce sont des arguments pour eux, pour dire que le club ne vaut pas 200, 300 ou 400 millions comme on a pu l’entendre. »

Pour les mêmes raisons, ce n’est, à l’inverse, peut-être pas le bon moment pour vendre. « Je remercie toujours les gens qui portent un intérêt, y compris financier, à l’OM. Nous ne sommes pas intéressés. L’OM n’est pas à vendre », a asséné le président Jacques-Henri Eyraud en conférence de presse, samedi. Normal. Même si c’était le cas, un vendeur n’a jamais intérêt à s’afficher comme tel. Les prochains jours permettront d’y voir plus clair. Seule chose certaine, la crédibilité de Mourad Boudjellal, monté au front sans filet, est lourdement engagée.