Faut-il s’attendre à des audiences monstres avec le retour du foot à la télé ?

CHIPS ET CANAPE Dans toute l’Europe, la reprise du jeu a drainé un public considérable

B.V.

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Duel aérien lors d'un PSG-Lyon
Duel aérien lors d'un PSG-Lyon — AFP
  • Le foot à la télé va reprendre ce mois de juillet, avec le match amical du PSG dimanche au Havre, mais surtout les finales de Coupe de France et de Coupe de la Ligue.
  • Il y a de bonnes chances que le public, sevré de sport pendant plusieurs, soit largement au rendez-vous devant sa télévision pour ces événements.
  • La question se pose aussi pour le Tour de France et Roland-Garros, reprogrammés à la fin de l'été.

ALERTEEE MATCH DE FOOT FRANCAIS A LA TELE. Quatre mois qu’on attendait ça, alors on se contentera pour l’instant d’un amical avec un stade au trois-quart vide. Dimanche, le PSG se déplace au Havre pour lancer sa campagne d’avant-saison. Un match qu’on oublierait de vous liver pour rien au monde, et dont BeIN Sports s’est empressé d’assurer la diffusion. Parce que cette histoire de monde d’après est bien sympa, mais qu’on l’imagine pas sans sport à la téloche.

On est d’ailleurs pas les seuls. Là où le foot a repris après la pause sanitaire, c’est-à-dire partout sauf chez nous, les audiences télés du foot ont décollé. La Bundesliga est devenue pendant quelques semaines le centre du monde sportif, l’Italie a réuni 8,3 millions de personnes devant la demi-finale de Coupe entre la Juventus et le Milan AC, l’Angleterre a battu le record d’audience d’un match de Premier League lors d’un obscur Southampton – Manchester City de la 33e journée diffusé en clair par la BBC. Tout ça pour des matchs à huis clos, donc.

Grosses audiences sur des rediffs

« Les gens ont bien compris que même si le football sans public était du football dégradé, cela restait du football, avec des émotions, des vrais buts, des vraies oppositions, justifie Vincent Chaudel, analyste pour l’observatoire du Sport business. La manière de filmer a aussi évolué : on filme plus le terrain que les tribunes, on a créé des subterfuges pour améliorer l’ambiance sonore et visuelle, le produit est plus agréable à regarder maintenant malgré les tribunes vides. »

A priori, elles ne devraient pas l’être pour le retour du foot en France, puisque le match amical du PSG et surtout les finales de Coupe de France (PSG-Saint-Etienne, 24 juillet) et de Coupe de la Ligue (PSG-Lyon, 31 juillet) devraient se jouer devant 5.000 personnes en tribunes. Et probablement beaucoup de monde devant la télé, si la France suit ses voisins européens dans l’effet de sevrage.

Il semble évident. Petit chiffre qui va bien : la Chaîne l’Equipe a réalisé sa deuxième meilleure audience en prime time de l’année en rediffusant le huitième de finale de Coupe du monde 2018 France-Argentine, avec près de 800.000 téléspectateurs au pic. C’était certes un grand match, mais il témoigne d’un besoin évident de foot. L’aubaine est immense pour France Télévisions, à qui les hasards du calendrier offrent la diffusion des deux finales en guise de vrai retour du ballon rond en France. En clair.

« On en est extrêmement satisfait, sourit Laurent-Eric Le Lay, le directeur des sports de FTV. Il y a une très forte attente des Français pour revoir du sport à la télévision, et du foot en particulier. Ce sont aussi deux matchs qui sont très événementiels, des finales de coupes avec de belles affiches et des clubs populaires. Les gens ont envie de voir du foot dans cette période qui n’est pas simple, mais sont aussi très curieux de savoir où en sont les clubs, quels sont les états de forme après un tel arrêt, surtout qu’il y aura la Ligue des champions peu après… »

Selon Vincent Chaudel, les finales domestiques vont à coup sûr battre des records d’audience pour des matchs de clubs en France et potentiellement atteindre les « 8 à 9 millions de téléspectateurs », l’équivalent d’un gros match de l’équipe de France, alors qu’en général ces finales nationales en drainent entre 3 et 5 millions. Quant au fameux Final 8 de la Coupe d’Europe, diffusé sur RMC, le succès « pourrait être immense » en cas de victoire en quart du PSG, selon notre analyste.

Et le Tour ?

La suite, elle, est plus incertaine. D’abord parce que les audiences allemandes ont prouvé qu’après l’effet « retour », la passion s’effritait un peu. Ensuite parce qu’un tout nouvel acteur, Mediapro, arrive toujours entouré d’un certain flou pour diffuser la Ligue 1 dès le 22 août. Enfin parce que les grands événements attendus à la fin de l’été, le Tour de France et Roland-Garros, ne se tiendront pas aux dates et conditions habituelles. Le public estival du Tour sera-t-il présent à la reprise du travail ? Roland aura-t-il le même charme en octobre qu’au début de l’été ? L’angoisse sanitaire jouera-t-elle un rôle ?

Diffuseur de ces deux compétitions, Laurent-Eric Le Lay semble serein. « On a tous envie d’avoir des réponses. Il faut avoir l’humilité d’attendre. Nous, service public, en tant que diffuseur des grands événements sportif, on va continuer de jouer notre rôle en étant très humble, très flexible, et sans croire que tout va redevenir comme avant. Cela va être un bel automne, nous sommes ravis de pouvoir proposer ça aux Français et confiants sur cette capacité à réunir beaucoup du monde. Cette année, le Tour va être plus que jamais l’épreuve cycliste à ne pas rater, il y aura beaucoup de compétition pour gagner et s’illustrer lors d’étapes. Pour Roland, avec la présence d’une partie du public, on sera plus proche de la réalité, avec une belle ambiance… »

La thèse de la perte de goût de l’amateur de sport n’est pas non plus à craindre. Vincent Chaudel. « Quand on est sevré, on regarde. Un Bordeaux-Nantes que seuls les supporters auraient regardé, tout le monde le regarde. Il suffit de voir à quel point tout le monde s’est intéressé à la Bundesliga lors de son retour. » Laurent-Eric Le Lay à la conclusion : « Je pense qu’il y aura beaucoup de monde devant le sport car c’est une forme de retour à la vie, de montrer qu’on est là, vivants. Le sport est la meilleure manière de le démontrer. »