Football : « L’attente du public lensois est énorme pour ce retour en Ligue 1 », assure Arnaud Pouille, directeur général du RC Lens

INTERVIEW Le dirigeant nordiste fait un large tour d'horizon de l'actualité autour du RC Lens

Propos recueillis par Francois Launay

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Aranud Pouille (à gauche); directeur général du RC Lens aux côtés de Franck Haise, l'entraîneur des Sang et Or
Aranud Pouille (à gauche); directeur général du RC Lens aux côtés de Franck Haise, l'entraîneur des Sang et Or — RCLENS.fr
  • Le RC Lens est de retour en Ligue 1 cinq ans après sa dernière saison à ce niveau.
  • L’engouement des supporters autour de ce retour est « fort » comme le reconnaît Arnaud Pouille.
  • Budget, recrutement, abonnements… le directeur général du club fait le point sur les sujets chauds du moment au RC Lens.

L’attente aura duré cinq ans. Après plusieurs saisons en Ligue 2, le RC Lens s’apprête à retrouver l’élite du football français. Deuxième au classement quand le championnat s’est arrêté en mars à cause de l’épidémie du Covid, le Racing doit son retour en Ligue 1 à un contexte très particulier. Pas de quoi freiner l’engouement incroyable des supporteurs des sang et or impatients de retrouver les PSG, OM et surtout le grand rival lillois.

Et dans les coulisses, on s’active aussi pour préparer cette saison du retour au plus haut niveau. Directeur général du RC Lens, Arnaud Pouille a accordé une interview à 20 Minutes. Tour d’horizon des différentes questions qui se posent pour le Racing.

Comment avance la préparation du club pour ce retour en Ligue 1 ?

Avec la crise sanitaire et l’annulation des derniers matchs à Bollaert, on a lancé toutes les opérations de régularisation au niveau des supporteurs et des partenaires (remboursement, émission d’avoirs…). On a aussi des confirmations de renouvellement de sponsors pour la saison prochaine. Joseph Oughourlian (président du club) a aussi pris le taureau par les cornes avec un engagement financier fort (20 millions d’euros).

On a donc soldé le passif des deux dernières années. C’était important de le faire pour tourner la page de plusieurs saisons passées en Ligue 2. Maintenant, on se prépare à la Ligue 1 avec un rythme soutenu. Même si les circonstances ne sont pas évidentes. Par exemple, on se demande tous les jours si on pourra être à plus de 5.000 spectateurs en août à Bollaert pour la reprise.

Justement, est-ce que vous en savez plus sur ce sujet ?

Non. On n’en sait rien. L’Etat travaille, les préfectures aussi. Nous, on bosse aussi pour s’y préparer. Mais peut-être que ce sera 5.000, 15.000, 30.000 ou zéro. Ça dépend tellement des circonstances sanitaires. Il y a donc encore des points d’incertitudes. Mais, il y en a aussi beaucoup moins comparé à il y a trois mois.

Comment gère-t-on une préparation dans un club de foot avec la menace du Covid ?

On applique strictement les protocoles sanitaires. Mais il y a encore beaucoup d’incertitudes sur la mise en place des déplacements quand la saison va reprendre avec les hôtels par exemple. On étale aussi sur plusieurs semaines les reprises d’entraînement des autres équipes du RC Lens (réserve, jeunes). Il faut vraiment éviter que les différentes équipes se croisent. Tous les joueurs sont testés. On essaie de limiter les risques au maximum et revenir à une situation normale à partir du mois d’août. C’est vraiment très particulier. On est tous en alerte.

Quel sera votre budget la saison prochaine en Ligue 1 ?

On sera à 46 millions d’euros. Un budget, c’est la différence entre produits et charges. En Ligue 2, c’était surtout des charges et bien en Ligue 1 ce sera surtout des produits (rires). Tant mieux. On a aussi fixé ce budget en s’adaptant au contexte actuel. C’est-à-dire que notre point d’équilibre budgétaire est amputé de 30 % par rapport à la capacité totale d’accueil de notre public. On a donc intégré une hypothèse d’impact liée à l’incapacité de délivrer une saison normale. Je ne sais pas si on est dans le vrai. On va en discuter le 10 juillet avec la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion) pour savoir où il vaut mieux placer le curseur.

Le club sera-t-il déficitaire à l’issue de cette saison avortée en Ligue 2 ?

Oui, les comptes sortiront en septembre mais il y aura forcément un déficit. Il devait être de quatre à cinq millions d’euros avant la crise du Covid. Ça ne va donc pas s’améliorer mais il n’y a pas de problème de trésorerie parce que Joseph Oughourlian a couvert ces pertes. On a aussi pu avoir recours à un PGE (prêt garanti par l’Etat). Notre résultat 2019/20 sera donc négatif comme tous les ans en Ligue 2. Mais en Ligue 1, le budget prévisionnel qu’on présente à la DNCG est positif. Même si on saura exactement où on se situe une fois que le mercato sera terminé.

Justement, quels sont vos moyens au niveau du recrutement ?

On a une enveloppe budgétaire précise mais on ne souhaite pas communiquer dessus. Mais il y a bien une enveloppe déposée à la DNCG avec des hypothèses qui sont prises en termes de masse salariale et d’indemnités de transferts achats et ventes. En plus, on est sur un mercato spécial car tous les marchés ne sont pas forcément ouverts avec des championnats qui se déroulent encore. C’est vraiment très particulier. On a un effectif cible, des recrues à réaliser et des départs à faire. On avance à un rythme normal. Sachant qu’on est sur un mercato hyper étendu (jusqu’à 1er octobre) par rapport aux années précédentes.

Beaucoup de noms circulent comme Kakuta voire Cuisance du Bayern Munich. Lens a vraiment les moyens d’attirer ce genre de joueurs ?

Oui, oui. Et il y a aussi Robert Lewandowski et Thomas Müller (rires). Plus sérieusement, il y a beaucoup de noms qui circulent pour une raison simple. Comme tous les clubs, on est beaucoup appelé en ce moment par les agents. Il suffit qu’on dise qu’on va regarder pour que dans la foulée, certains disent « Lens est intéressé par… ». Mais ce n’est pas parce qu’à un moment donné, on a juste eu la politesse de répondre à un coup de fil qu’il y a un intérêt fort, qu’il est sur une liste et qu’on va déposer une offre… Mais je précise que ce n’est pas le cas sur Mickaël Cuisance qui est en train de briller au Bayern. Il faut vraiment rester raisonnable.

Le retour de Lens était attendu en L1 par les supporteurs depuis longtemps. Comment se traduit cette impatience au quotidien ?

Un exemple : On a ouvert la campagne d’abonnements pour la saison prochaine le 1er juillet. Il y a eu une demande tellement exceptionnelle que ça a généré des soucis techniques et de la frustration légitime de supporteurs par rapport à l’attente. On le regrette mais on n’avait jamais traité autant de demandes d’abonnements en une seule journée (près de 4.000). Il y a un afflux massif et un engouement fort. L’attente est énorme. Il y a eu aussi un taux de renouvellement d’abonnement de 95 % ce qui est incroyable. Dès qu’un nom de joueur sort pour le mercato, ça prend des proportions incroyables. Mais c’est normal et logique. Il y a eu tellement de frustrations ces dernières années.

Avez-vous fixé un nombre maximal d’abonnés ?

Une fois qu’on a retranché les places pour les supporteurs adverses, les places partenaires, les invitations ou encore la vente de billets à l’unité, notre jauge maximale est de 28.000 abonnés pour la saison prochaine (Bollaert a une capacité totale de 38.000 places). Est-ce qu’on atteindra ce chiffre ? Ce serait génial mais si on atteignait déjà 25.000 abonnés pour notre retour en Ligue 1, ce serait vraiment pas mal. A titre de comparaison, on avait 16.000 abonnés l’an dernier en Ligue 2 et le record historique d’abonnés date d’il y a 20 ans où il y avait eu 29.000 abonnés pendant une saison.

Avec cet engouement incroyable, ne viserez-vous que le maintien ?

Oui, notre ambition doit être à la mesure de celle d’une équipe qui n’a pas vécu une année normale en Ligue 1 depuis huit ans. On va se retrouver dans une compétition très forte. L’ambition est donc forcément de se maintenir. Et après, on verra ce qu’on arrivera à prouver progressivement quand le championnat aura débuté. Ça va être une saison où il va falloir s’accrocher. On se battra avec nos armes.

Une série documentaire sur le club a été diffusée la semaine dernière sur une chaîne nationale. Quels retours avez-vous eus ?

Il y a eu beaucoup de découvertes des gens sur ce qui se passe à l’intérieur d’un club. La ville de Lens et le club ont été super exposés donc c’est très positif. Il y aurait pu avoir encore plus de choses mais la politique éditoriale n’était pas de notre fait. Il y a eu des heures et des heures de tournage. On a récupéré des rushs très sympas qu’on est en train de diffuser sur notre application.

Du coup, êtes-vous partants pour un nouveau documentaire sur la prochaine saison en Ligue 1 ?

On va tirer le bilan du documentaire avec la société de production et on prendra rapidement une décision pour la suite. Rien n’est tranché. On verra bien.