Tour de France 2020 : Face à l'épidémie, « on va faire une sorte de bulle autour des coureurs », prévoit Christian Prudhomme

CYCLISME Le patron de la Grande boucle et ASO travaillent sur deux hypothèses : « un Tour de France quasiment libéré et un autre qui le serait moins avec des endroits où on ne laisserait passer qu’un certain nombre de gens »

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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Le patron du Tour de France Christian Prudhomme lors de la présentation de l'édition 2020, le 15 octobre 2019 à Paris.
Le patron du Tour de France Christian Prudhomme lors de la présentation de l'édition 2020, le 15 octobre 2019 à Paris. — Thibault Camus/AP/SIPA

Le Grand départ aurait du être donné samedi sur la promenade des Anglais. Mais le Tour de France 2020, chamboulé par la pandémie de Covid-19, n’aurait pas lieu comme d’habitude entre juin et juillet. Il partira bien de Nice, mais le 29 août pour s’achever le 20 septembre. Dans ce contexte particulier, la Grande boucle aura cette année un goût « singulier », prévoit Christian Prudhomme.

Dispositif de sécurité, accueil du public, dispositions pour les coureurs… A deux mois de cette course en décalé, le patron du Tour de France fait le point.

Peut-on être certain, aujourd’hui, que les dates du Tour de France ne bougeront plus ?

On s’est rendu compte fin mars début avril qu’il fallait changer les dates du tour. Mais vous pouvez encore mettre un point d’interrogation sur absolument tout. On peut douter de tout. Je vais vous donner les mots que Jean Casteix, le monsieur déconfinement du gouvernement avec qui nous avons des rendez-vous réguliers, m’a dits il y a quelques semaines : « vous pouvez être raisonnablement optimiste ». Aujourd’hui, moi, je suis résolument optimiste. La situation en France s’est nettement améliorée.

A quoi va ressembler le Grand départ depuis Nice ?

On a moult réunions avec les collectivités et avec la ville de Nice avec qui nous avons des contacts quasi quotidiens. Si on était au départ du tour ce samedi, je vous dirai que dans nos espaces tout le monde aura des masques. Est-ce que ce sera le cas ou pas dans deux mois, je n’en sais rien. Par contre, nous travaillons avec les autorités pour avoir une sorte de bulle autour des coureurs. A l’évidence, 2020 ne sera pas la meilleure année pour obtenir des autographes. On travaille sur deux hypothèses en fait : un Tour de France quasiment libéré et un autre qui le serait moins avec des endroits où on ne laisserait passer qu’un certain nombre de gens. Un système de jauge pour le public prévaut aujourd’hui, je ne sais pas s’il sera maintenu dans deux mois. Dans l’idée, il faudra respecter les gestes barrières. Il y aura aussi beaucoup plus de barrières autour des bus d’équipes. Et il y aura des filtrages. Mais le changement de dates aura de toute façon une influence considérable. En septembre, les gens travaillent et il y aura beaucoup moins de spectateurs étrangers alors qu’ils sont jusqu’à 50 % normalement dans les cols. On sera là pour rappeler les mesures barrières, mais il ne faudra pas oublier que le premier risque sur le Tour de France, c’est le risque routier.

Le dispositif sanitaire sera-t-il différent sur chaque étape, en fonction des décisions des préfets ?

Non, on a évidemment demandé un arrêté chapeau pour qu’il y ait les mêmes règles dans tous les départements. On sera sur quelque chose de très concret au début du mois d’août, quatre semaines avant le départ de Tour.

Le parcours peut-il être encore modifié ?

Logiquement non. Il y a déjà eu des ajustements dans un certain nombre d’étapes. Parce qu’on arrivait devant un collège, parce que le centre de presse était dans un gymnase ou parce qu’on devait traverser une grande ville. A Lyon par exemple, on coupe 3 km dans la ville. C’est ce que nous ont demandé les autorités dans chaque étape.

Le retour d’expérience du Dauphiné (du 12 au 16 août) peut-il vous servir à boucler votre organisation ?

Naturellement. D’autant plus qu’on sera à quinze jours du Tour de France. On aura toujours cette capacité à resserrer le dispositif en fonction de ce que les autorités pourront nous dire. Mais ce ne sera jamais un tour à huis clos. Jamais, jamais, jamais.

Avec moins de public, ce tour aurait une ambiance particulière…

Ça va être un tour singulier. J’espère d’ailleurs qu’il sera singulier et qu’on sera de retour au mois de juillet dès 2021. C’est un Tour qui va être de toute façon incroyablement attendu parce qu’il y a une soif d’événements. Ce sera sans doute le premier grand événement sportif qui sera à nouveau organisé, une semaine après le redémarrage de la L1. Ce sera un tour encore plus important pour les champions et les équipes. Ce qui m’a frappé dans toutes les réunions qu’on a pu faire à distance c’était l’attente d’avoir, dans tous les cas, un Tour cette année. Chacun nous disait « il faut les dates du Tour pour organiser le reste de la saison ».

Allez vous réduire la voilure de l’événement ?

La voilure sera réduite d’elle-même. Le tour sera toujours autant diffusé dans le monde mais un certain nombre d’émissions ne seront pas là. Les Australiens de SBS et les Américains de NBC, par exemple, n’auront pas leur plateau. Et, par ailleurs, la caravane sera moins importante de 40 % a priori. On aura quand même une centaine de véhicules et 18 chars. Mais les entreprises n’échappent pas à la crise.

Pour les coureurs étrangers, y aura-t-il une période de quarantaine imposée ?

Le ministère des sports et les autorités nous ont demandés depuis quinze jours d’avoir une liste des coureurs et des personnes qui viendraient sur le tour. Ils veulent tout simplement savoir s’ils viennent d’Europe ou pas. Par exemple, on a un avion qui doit arriver de Colombie dans la deuxième quinzaine de juillet, avec les plus grands coureurs colombiens dont Egan Bernal et Nairo Quintana. Ils arriveront suffisamment tôt pour éventuellement avoir à subir une quarantaine. Les autorités leur demandent d’arriver plus tôt.

En septembre, les températures pourraient être plus basses. Ça peut créer des surprises ?

Il y a effectivement de vraies interrogations sportives. D’abord sur le fait que la préparation des uns et des autres a été chamboulée. Aussi parce que suivant le mois de l’année, certains performent et d’autres pas. La température, même s’il peut encore faire très chaud, peut évidemment influer sur les coureurs. Il y aura aussi peut-être plus de vent qui pourra faire bouger les lignes.