Déconfinement : « Ça m’a fait du bien de voir défiler du paysage », le cycliste Marc Sarreau raconte sa première sortie

INTERVIEW Le coureur de la Groupama-FDJ a pu retrouver un peu de liberté en roulant pour la première fois dehors depuis deux mois…

Propos recueillis par B.V.

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Marc Sarreau avec la FDJ
Marc Sarreau avec la FDJ — S. THOMAS / AFP

Petite balade, journée dehors ou soirée avec des potes, on a tous vécu un lundi de déconfinement différent. Mais sans doute pas aussi jouissif que celui des coureurs cyclistes, enfermés depuis deux mois comme des lions en cages, si tant est que les lions puissent faire fonctionner un home-trainer. Marc Sarreau, sprinteur chez la Groupama-FDJ, est l’un de ceux qui a le plus roulé dans son équipe lundi, malgré la pluie. En grande partie parce qu’il avait donné son accord pour être suivi par un journaliste du Berry Républicain. Mais bon, la liberté méritait bien qu’il se mouille un peu.

Est-ce que vous étiez aussi excités avant de reprendre la route qu’un gamin avant la rentrée de l’école ?

Pas tout à fait parce que j’avais vu la météo avant et que ça s’annonçait très compromis (rires). Mais j’avais envie de découvrir la sensation de ce que ça pouvait faire deux mois sans la route, car la dernière fois que j’ai pris mon vélo c’était pour une étape de Paris-Nice.

Et alors ?

Finalement, on ne perd rien du tout au niveau des réflexes. Ça m’a fait du bien de voir défiler du paysage. Même si j’étais sorti un peu me balader à côté de la maison, c’est agréable de revoir la route, de voir le printemps arriver. Quand on roule d’habitude, on ne fait pas trop attention à ça, mais là on prend du plaisir à tout regarder, même dans la plaine berrichonne (rires). Avec le beau temps, le plaisir va revenir tout seul.

Et physiquement, quelles ont été vos sensations ?

J’étais un peu dans l’inconnu, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais j’ai été agréablement surpris, on ne redémarre pas de zéro comme après la période hivernale. Le niveau n’est pas au top mais le coup de pédale était correct. Par rapport au home-trainer, j’avais surtout hâte de pouvoir me mettre en danseuse et de pouvoir faire un vrai sprint, avoir la sensation de vitesse avec la résistance de la route.

Comment va se passer votre préparation dans les prochaines semaines ?

On se cale sur une reprise des courses pour le 1er août, comme le veut le calendrier de l’UCI, et donc on se prépare en conséquence : des premières semaines de réhabilitation avec deux heures de foncier par jour, sans exercices particuliers, juste rouler pour se réadapter. Ensuite, on fera un peu plus de volumes horaires avec notamment des exercices de pointe de vitesse.

Tout ça tout seul, évidemment ?

On suit les règles. Il n’y a donc bien sûr pas de stage prévu, on s’entraîne tout seul. La règle sanitaire veut qu’on laisse trois mètres en chaque vélo, ce n’est donc pas possible pour nous de s’entraîner à plusieurs.

Et la suite du programme, la reprise, tout ça est-il déjà défini ?

Non, on a aucune visibilité pour l’instant. On sait à peu près la date à laquelle on doit être performant mais l’équipe n’est pas encore été réunie. Personnellement, je ne sais pas le programme que j’aurai. Mais comme le programme des courses va être raccourci, l’équipe veut qu’on soit performant d’entrée. Je n’avais pas de grand tour prévu à mon programme au départ, mais vu que les trois se chevauchent, il faut bien des gens sur chacun et je suis presque sûr d’en faire un. Et au milieu, on trouve des courses comme Paris-Roubaix, qui me tient très à cœur. Bref, le calendrier UCI est établi, mais il est encore très hypothétique, sans aucune certitude en plus sur le plan sanitaire. On a l’impression que tout peut changer du jour au lendemain. Alors je me fixe la date du 1er août, sans pression.

Mais ça va, le moral ?

Oui, le moral est bon. C’est une situation un peu particulière car ça fait déjà six ans que je suis pro et depuis cinq ans, je courais à peu près aux mêmes dates, je commençais à avoir un rituel et là d’un coup, il n’y a plus rien. Mais j’ai réussi à profiter de la vie, à basculer sur quelque chose d’agréable, à en tirer du positif. Je profite de choses dont je ne m’aperçois pas habituellement. Les années s’enchaînent sans vraiment qu’on s’en rende compte. Là, ça permet de voir qu’il n’y a pas que le vélo.

Et dans l’équipe aussi ?

Chacun s’occupe, souvent avec humour sur les réseaux, ou tout le monde se met à cuisiner. On en rigole presque, on se prend au jeu. Il y a aussi les petites courses sur Zwift qui en ont sauvé certains de la monotonie du home-trainer.

Vous avez regardé les rediffs des étapes historiques du Tour de France pendant le confinement ?

Non, j’ai regardé 30 ou 40 minutes un vieux Tour… Mais les vieilles images, la qualité, c’est dur. Je n’ai pas vraiment accroché, c’était sympa de voir le contexte, l’ambiance, mais la course en elle-même, on avait déjà le résultat…