ATP : Bains de foule, finale annulée et quatre cas positifs… Djokovic et son Adria Tour à l’origine d’un cluster de coronavirus ?

TENNIS L’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire…

B.V. avec W.P.

— 

Coronavirus : Bienvenue au Novak Djokovic Adria «cluster» Tour — 20 Minutes

Et là, Djoko tombe le haut et se met à faire tourner les serviettes torse poil sur The bongo song. Nous sommes le 15 juin dernier, dans une boîte huppée de Belgrade, où quelques gros noms du circuit fêtent le retour de la petite balle jaune à l’occasion du tournoi d’exhibition organisé par le Serbe, l’Adria Tour. Avec un seul mot d’ordre : au diable la distanciation sociale. Une semaine plus tard, à la surprise générale (non), quatre cas positifs en Croatie laissent craindre la naissance d’un cluster de coronavirus. Mais prenons les choses dans l’ordre.

Belgrade, donc. C’est dans son pays que Novak Djokovic décide de lancer son bébé, l’un des premiers tournois post-Covid où sont invités une dizaine des meilleurs joueurs du coin (Coric, Lajovic ou Cilic) et Zverev, Thiem ou Dimitrov. Les heureux élus doivent suivre trois autres étapes dans les Balkans, Zadar et Zagreb en Croatie, avec un détour par le Monténégro, tous bénéfices récoltés pour des projets humanitaires. A Belgrade puis à Zadar, on s’amuse bien. Il fait beau, il fait chaud et le sport reprend ses droits dans deux pays relativement épargnés par la crise sanitaire. Le public s’amasse sans masque ni la moindre distanciation sociale dans les tribunes. Djokovic se vante même dans les médias d’avoir réussi à ajouter « 2 ou 3.000 sièges supplémentaires ».

« Aucune règle de sécurité dans le stade et autour »

Les joueurs, eux, en dehors de partager un dance floor, se serrent la main ou se font des gros câlins après les matchs. On organise des parties de foot et de basket entre stars de l’ATP, quelques bains de foules avec les gamins du coin et même des concerts. Toujours sans la moindre distanciation sociale et sous l’œil du compte Instagram du Tournoi, qui ne loupe rien de cette chaleureuse vie d’après.

Vladimir Zrinjski, journaliste croate pour Jutarnji List, couvrait le tournoi de Zadar.

« Il n’y avait aucune règle de sécurité dans le stade et autour. Les gens s’asseyaient où ils le souhaitaient. Les organisateurs avaient annoncé des limites à 40 % de la capacité le week-end, mais certaines zones, dont celle des VIP, étaient pleines. Le samedi, je me suis rendu dans le stade sans que personne ne regarde mon accréditation et j’ai vu des fans en faire de même. En gros, il y avait aucun contrôle de qui rentrait dans le stade. »

Dimanche, en conférence de presse, Novak Djokovic défendait pourtant son Adria anti-distanciation Tour : « Je sais qu’il y a beaucoup de critiques, surtout venant de l’Ouest. Pourquoi y a-t-il du public ? Pourquoi ne respectons-nous pas la distanciation sociale ? C’est difficile d’expliquer aux gens que la situation ici est très différente de ce qu’elle est aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Nous avons toujours respecté les règles sanitaires en vigueur et attendu le feu vert des autorités. Nous avons respecté tous les protocoles et le résultat est génial. »

Selon le journaliste croate, la consigne des autorités locales était de respecter la distanciation sociale d’1m50 en espace ouvert, mais « personne ne contrôlait ». Il poursuit : « La situation sanitaire était plutôt bonne depuis un mois, avec des jours à 0 cas, 1 ou 2 maximum. Mais la semaine dernière, le nombre de cas était en hausse. »

Quatre cas positifs

Le coup de bambou est donc arrivé dimanche soir, avec l’annonce du contrôle positif de la star bulgare Gregor Dimitrov, quelques minutes après la conférence de presse au « résultat génial » de Djoko. Le cas de Dimitrov interpelle. Il n’a pas joué vendredi et semblait très amoindri, samedi, face à Coric. A la fin du match, il a d’ailleurs préféré « checker son adversaire » du poing plutôt qu’un bon vieux serrage de main. Un journaliste lâche alors dans la salle de presse ce qui aurait dû rester une blague de mauvais goût « peut-être qu’il a le Covid ? ». Tout le monde rigole et évoque plutôt une possible soirée arrosée la veille.

Dimanche soir, dans la foulée du contrôle positif de Dimitrov, tout le monde passe au test PCR, joueurs, staff et entourage. La finale entre Rublev et Djokovic est annulée. Au réveil, lundi, les nouvelles empirent : Coric se déclare lui aussi positif au Covid dans un message Twitter. Un membre du staff de Djokovic et le coach de Dimitrov le seraient aussi, selon les informations du média SportKlub, dans ce qui ressemble à un début de cluster.

Vladimir Zrinjski, le journaliste croate, est désormais en quarantaine pour avoir fait une interview en « one to one » de Borna Coric. Il raconte : « Pour la première conférence de presse, on a demandé aux journalistes de porter des masques, mais pas aux joueurs. Aucun joueur venant d’un pays étranger n’a été testé car nous n’avons pas de règle pour ça. C’est inimaginable ! Ils auraient au moins dû tester les joueurs. Et en plus, Dimitrov n’avait pas joué vendredi donc ils savaient qu’il n’allait pas bien. Je ne comprends pas comment les autorités et le tournoi ont pu à ce point prendre la situation par-dessus la jambe. »

Et Djoko dans tout ça ? Il serait reparti de Zadar vers Belgrade sans avoir passé le moindre test car il « n’aurait pas ressenti le moindre symptôme » selon son coach et organisateur du tournoi Goran Ivanisevic. Ben tout va bien alors.