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Coup de chien et vracs, le langage du large (2e partie)
VOILE•Le lexique des mers du sud...M. Go.
Non seulement il y a autant d’épreuves à la voile que de clubs de foot dans le monde (tour du monde sans escale, avec escales, en solitaire, en équipage, record de l’Atlantique, des 24 heures, coupe de l’América, etc), mais en plus, quand les marins parlent de leur sport, personne n’y comprend rien, tant les mots qu’ils emploient sont exotiques. Deuxième volet de notre lexique. Après le pot au noir, un spécial mers du Sud cette semaine. vendeeglobe
L'édition spécial Vendée est ici
Coup de vent, de chien, de tabac, baston:«Cap sur le Sud. Je n’ai pas hâte de retrouver les coups de vent des mers du Sud. Chaque fois, il y a la peur de la casse.» Derek Hatfield est l’un des trois derniers skippers à ne pas avoir franchi la latitude des 40es rugissants (appelés comme ça à cause du bruit du vent et de la mer, les 50es sont dits «hurlants»). Il est le prochain sur la liste. Cette ligne dans le sillage, les skippers du Vendée Globe se lancent dans le tour de l’Antarctique, ce «pays de l’ombre» où les couleurs varient entre le gris et le noir. Tous les 3 ou 4 jours, les dépressions qui tournent autour du continent austral succèdent aux dépressions. Le coup de vent commence par la pluie, puis le vent monte en flèche avant que la houle ne finisse par lessiver les skippers. Et quand c’est fini, ça recommence…
Mich' Dej' dans le Sud:
A bord de Foncia, dans le grand sud, avec Michel Desjoyeaux
20Minutes
Train de houle:Michel Desjoyeaux a eu, comme d’habitude, la plume légère et pédagogue le lundi 8 décembre. «Il y a des vagues et les vagues sont fabriquées par le vent qui souffle. Plus il souffle fort longtemps, de la même direction, plus les vagues sont hautes et vont vite.» Autant dire que dans le Grand Sud, le pays du vent, la houle atteint des hauteurs fantastiques (entre 10m à 15m habituellement, on parle là de vagues de 35m). Pour les skippers, il s’agit d’aller assez vite pour prendre le bon wagon en surfant ces longues houles tout en évitant de se faire coucher par ces vagues immenses. «La houle est permanente, une houle forte, qui domine tout ici. Elle modifie le comportement du bateau, si vous ralentissez. Votre vitesse monte et descend rapidement. Il faut savoir la maîtriser», témoignait Steve White le lundi 8 décembre. Ce jeu va durer un mois.
Sébastien Josse nous explique le principe du surf sur grosse houle en direct de là-bas:
Sébastien Josse surfe dans les 40es rugissants
20Minutes
Partir en vrac (variante: partir au tas) : «Je suis parti en vrac l'autre jour, car je croyais qu'il fallait plus de toile. Je fais le nécessaire et je redescends à l’intérieur, mais le bateau ne cesse pas d'accélérer. J’ai saisi la barre, avec le pont sous l'eau comme un sous-marin mais le bateau s'est couché…» Quand on perd au jeu précédent, la houle et le vent prennent le bateau de côté et le couchent sur l’eau. Jonny Malbon en a fait l’amère expérience.
Growlers:«La température de l’eau est de 3,6°C. C’est inquiétant pour les icebergs, mais j’ai la chance d’être dans le sillage d’un groupe de six bateaux qui m’ouvrent la voie.» Memel flippe de percuter un iceberg, ce morceau de glace dérivant, l’un des dangers des mers du Sud. Plus fourbe encore, les growlers sont de très petits icebergs qui flottent entre deux eaux. Ils sont invisibles au radar, mais assez grands pour abîmer un bateau. L’ennemi invisible…
Ris:«La nuit tombait lorsque j’ai commencé à me demander si je devais larguer un ris», racontait dimanche le Britannique Jonny Malbon. Comme les skippers ne sont pas totalement inconscients, quand le vent monte, ils prennent des ris. La manœuvre consiste à réduire la grande voile. Ils peuvent y aller progressivement en prenant un, deux ou trois ris avant de les larguer c'est à dire de renvoyer de la toile. Malgré la proximité, le ris n’a donc aucun rapport avec les rillettes. «J’ai fêté mon passage avec des rillettes et du pain grillé. Les mers du Sud sont plutôt réjouissantes», racontait pourtant Arnaud Boissières ce lundi. Il ne faut pas se laisser abattre.



















