Coronavirus : « Il faut à tout prix que le Tour de France ait lieu, peu importe quand », espère le directeur sportif de Quintana

CYCLISME Yvon Ledanois, directeur sportif de Quintana et Barguil, répond à 20 Minutes sur l'hypothèse d'un Tour de France finalement couru au mois d'août

Propos recueillis par Julien Laloye

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Le coureur de l'équipe Arkéa-Samsic Nairo Quintana ici lors de sa victoire sur le tour de la Provence en février 2020.
Le coureur de l'équipe Arkéa-Samsic Nairo Quintana ici lors de sa victoire sur le tour de la Provence en février 2020. — Bettini / Arkéa-Samsic

Une petite ouverture mais une ouverture quand même. En indiquant que tous les évènements d’envergure en présence d’un public nombreux ne pourraient pas se tenir avant la mi-juillet, Emmanuel Macron a laissé la possibilité aux organisateurs du Tour de France de décaler la course de quelques semaines afin de sauver les meubles malgré une saison de toute façon tronquée. Yvon Ledanois, directeur sportif d’Arkéa Samsic, avait de grandes ambitions pour Nairo Quintana et Warren Barguil en juillet. Ces ambitions existent toujours, même s’il concède que le symbole d’un Tour de France possible à l’été dépasse de loin l’objectif sportif des uns et des autres.

Emmanuel Macron a ouvert indirectement la porte à un Tour de France cet été fin juillet. Est-ce que l’espoir renaît pour les coureurs ?

L’espoir, on ne l’a jamais perdu, et les organisateurs du Tour encore moins. Après, on est dans une situation inédite. Personne ne peut dire si le Tour aura lieu, et quand il aura lieu. On attend des garanties mais qui peut donner des garanties aujourd’hui ? On est dans quelque chose qu’on ne connaît pas, qu’on ne maîtrise pas.

Avez-vous tout de même échangé avec les coureurs sur la possibilité de courir le Tour un peu plus tard ?

Non, pas encore, on attend d’en savoir plus sur le calendrier de reprise pour pouvoir leur dire « voilà ce que vous pouvez faire ». Les coureurs ils sont comme vous et moi. Ils prennent leur mal en patience et ils attendent des jours meilleurs. Ils essaient de maintenir une activité physique minimum malgré le confinement, ils s’entraînent sur home-trainer en attendant de recevoir la bonne nouvelle qu’ils peuvent aller s’entraîner sur la route.

Si le Tour avait lieu cet été, Arkéa-Samsic pourrait-elle aligner une équipe capable d’être compétitive ?

Une chose est sûre, on ne prend pas le départ d’une course aussi exigeante sans savoir couru avant. Il y a certainement des organisateurs qui se retrouvent dans la problématique de devoir reprogrammer une course à la date qui n’était pas la leur. Et j’imagine que trouver des budgets pour organiser une course de vélo, c’est devenu très compliqué. Combien de jours de course il faudrait pour être à 100 % ? C’est impossible de donner une réponse précise. Chaque coureur est différent. S’aventurer à dire qu’il faudra un mois de compétition avant le Tour et que ça suffira, c’est impossible.

Courir le Tour dans n’importe quelles conditions est-il indispensable pour sauver la filière cycliste ?

C’est certain qu’il y a des enjeux économiques majeurs et des équipes qui risquent gros. A Arkéa, on n’est pas trop inquiets là-dessus, on a la chance. Mais pour le vélo, il faut à tout prix que le Tour ait lieu, peu importe quand. Que ce soit en juillet, en août, ou en septembre, puisque à un moment ce sera trop tard.

Même si les coureurs ne sont pas prêts et pas tous sur un pied d’égalité ?

On se doit de courir le Tour, et on le doit à notre sponsor, quelles que soient les circonstances. Maintenant, faire le Tour pour faire le Tour… On a un minimum de conscience professionnelle, si on va au Tour, c’est pour y jouer un rôle. Or, on n’a aucune idée des états de forme entre les pays. En France personne ne sort, ou alors je ne le sais pas, mais en Belgique, par exemple, ils peuvent sortir jusqu’à 50 kilomètres autour de chez eux, c’est déjà énorme. Est-ce qu’on peut dire pour autant qu’ils auront un avantage sur nous dans trois mois ? Je ne sais pas.

Emmanuel Macron a également précisé que les frontières de l’espace Schengen resteraient fermées jusqu’à nouvel ordre. Envisagez-vous de disputer le Tour de France sans Nairo Quintana, votre recrue phare, qui est actuellement confiné chez lui en Colombie ?

Si on n’a pas le choix, on sera bien obligés de faire le Tour sans lui. Les coureurs cyclistes ne sont pas au-dessus des lois. Aujourd’hui, Nairo est confiné en Colombie, il ne peut pas sortir et il respecte les mêmes consignes sanitaires que ses équipiers. La question des coureurs étrangers est effectivement importante. Est-ce qu’ils auront le droit de participer ou pas ? Je n’ai pas de réponses. On s’adaptera à ce qui nous est imposé.

Christian Prudhomme a indiqué refuser l’idée d’une course à huis clos. Pourtant, même au mois de septembre, cela paraît illusoire, non ?

Pour moi, le vélo ce n’est pas un sport qui se fait à huis clos, bien au contraire. C’est le seul sport qui vient à votre porte gratuitement. Il faut garder ce lien. Si le Tour se court en août et que la France est déconfinée, le public aura le droit de venir voir le Tour, il faudra le laisser faire. Bien sûr, il y aura des règles à respecter. Mais si la course démarre plus tard, les enfants seront peut-être rentrés à l’école, les gens seront au travail, il y aura moins de monde naturellement sur le bord de la route. Il vaut mieux un peu moins de monde et que le Tour existe, quitte à attendre un an de plus pour retrouver le pèlerinage habituel du mois de juillet.