Coronavirus : L’incertitude grandit sur la tenue des JO de Tokyo

JEUX OLYMPIQUES Les dirigeants japonais se veulent rassurants, mais la question se pose de plus en plus, surtout concernant les épreuves qualificatives

Nicolas Camus
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Un homme portant un masque devant les anneaux olympiques, à Tokyo, le 11 mars 2020.
Un homme portant un masque devant les anneaux olympiques, à Tokyo, le 11 mars 2020. — Philip FONG / AFP
  • Alors que le sport est à l’arrêt – ou presque – depuis ce week-end, la question du maintien des JO de Tokyo dans quatre mois se pose de plus en plus.
  • Les dirigeants japonais assurent que ce n’est pas à l’ordre du jour, mais le patron du CIO Thomas Bach n’en semble pas aussi certain.
  • Plus que la tenue des Jeux en eux-mêmes, ce sont les épreuves qualificatives qui posent pour l’instant le plus problème.

Ça y est, il n’y a plus rien, ou presque. Ce week-end ont eu lieu les dernières compétitions sportives dans de très nombreux pays. Ligue des champions et championnats nationaux pour le foot, cyclisme, Formule 1, NBA… Le sport s’est arrêté pour faire face à l’épidémie de coronavirus​. Se pose maintenant la question de la tenue ou non des grands événements censés se dérouler dans quelques mois.



Si l’hypothèse de voir l’Euro être décalé d’un an prend corps, le maintien des  Jeux olympiques de Tokyo demeure pour l’instant la priorité absolue des organisateurs. Entre la ministre dédiée aux Jeux qui juge « inconcevable » le report de la compétition et le Premier ministre qui assure qu’elle aura lieu « tout à fait comme prévu », les responsables japonais ne ménagent pas leur peine, ces derniers jours, pour tenter de rassurer tout le monde.

On imagine sans peine pourquoi, entre les enjeux financiers et les difficultés opérationnelles. Les Jeux de Tokyo, ce sont 339 épreuves, 11.000 sportifs, 80.000 volontaires, 7,8 millions de billets à vendre et quelque 5 milliards d’euros de recettes annoncées. Les reporter, ou les disputer à huis clos, serait naturellement un vrai casse-tête et coûterait très cher.



Le Comité international olympique (CIO) et la ville-hôte disposent d’assurances, mais elles ne couvriraient pas l’ensemble de ces recettes escomptées. « Le maximum que l’on puisse assurer en annulation est de 1,15 milliard d’euros, voire 1,35 milliard », explique le Français Patrick Vajda, expert en risques et assurance du sport chez SIACI Saint Honoré, à l’AFP. Sachant que ces recettes permettent ensuite de financer les Comités nationaux olympiques, les Fédérations internationales olympiques et le CIO lui-même, une annulation aurait de très lourdes conséquences.

Mais y aura-t-il le choix ? Hors du Japon, des voix s’élèvent naturellement pour dire que la question n’est pas taboue. « Le maintien des JO est remis en question, a prévenu la ministre des Sports Roxana Maracineanu lors d’une conférence de presse, vendredi. Ce n’est pas moi qui vais prendre la décision ou pas. Personne ne connaît la suite de cette épidémie. »

Thomas Bach, le président du CIO, commence lui aussi à douter sérieusement. Après avoir indiqué jeudi que le Comité suivrait les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, il a invité des représentants de toutes les Fédérations internationales à une réunion téléphonique mardi en début d’après-midi.

Le (gros) problèmes des épreuves qualificatives

Le CIO « va faire un point des actions menées » face à la crise du coronavirus, et « les fédérations auront l’opportunité de poser des questions », a expliqué une source interne à l’AFP. Nul doute qu’elles seront nombreuses. En fait, plus que de la tenue des Jeux en eux-mêmes, ce sont les qualifications qui seront surtout au cœur des discussions. Pour l’instant, en tout cas. Car toutes les épreuves prévues dans les prochaines semaines ont été reportées. C’est le cas par exemple, pour parler de ce qui nous concerne directement, du TQO de handball et des championnats de France de natation, qui devaient se dérouler mi-avril. Ces reports et/ou annulation posent « de sérieux problèmes », a reconnu Thomas Bach.

Pour ne rien arranger, les athlètes sont condamnés à bricoler pour se préparer. En France toujours, l’Insep a fermé ses portes, comme toutes les salles de sport, après l’annonce du passage au stade 3 de l’épidémie samedi soir. Les athlètes sont invités à continuer à s’entraîner dans leur coin, mais on imagine sans peine la difficulté d’organisation que cela représente. « On ne peut pas organiser quelque chose de spécial pour le haut niveau en dérogeant aux règles de la société, a concédé Roxana Maracineanu, un peu impuissante. Mais on ne va pas les empêcher de s’entraîner. » A quatre mois de la cérémonie d’ouverture, le flou est total.