Du gamin de Vancouver à la renaissance de 2020, les grands moments de la carrière de Martin Fourcade

BIATHLON En un peu plus de dix ans de carrière, le plus grand athlète olympique de l’histoire a connu beaucoup de hauts et de bas. Enfin, surtout des hauts, en fait

B.V.

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Fourcade face à Schempp, un sprint pour l'histoire
Fourcade face à Schempp, un sprint pour l'histoire — ANDREW MEDICHINI/AP/SIPA
  • Martin Fourcade a annoncé sa retraite après la dernière course de la saison, samedi
  • On vous retrace sa carrière à travers ses meilleurs moments

On se sent un peu dans la peau de Diderot face à la première page de son encyclopédie au moment d’écrire les premières lignes des grands moments de la carrière de Martin Fourcade, va y avoir du taff. Mais on a le temps, depuis que ce foutu coronavirus nous a annulé tout ce qui touche de près ou de loin à du sport. Et puis promis, on va en garder que les meilleurs des meilleurs, alors que la star du biathlon a annoncé vendredi qu'il allait prendre sa retraite.

Quand la France l’a découvert

Martin Fourcade arrive aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 un peu sur la pointe des pieds et dans l’ombre de son frère, meilleure chance française de médaille. Sur le circuit depuis deux ans, Martin, 22 ans n’est alors qu’un espoir dont on attend la révélation. Elle arrive au meilleur moment : sans le moindre podium en Coupe du monde jusque-là, il claque une médaille d’argent dans la mass-start des Jeux. La naissance d’un champion. En passant la ligne, lui-même n’y croit pas.

La France découvre un mec frais, comme on disait à l’époque, qui rend immédiatement hommage à son frère, un peu moins heureux que lui sur ces JO. « Simon, c’est un gros bosseur. Sans doute le plus gros bosseur de la Coupe du monde, du sport français même, confiait-il. Quand on vit avec lui, on a l’impression d’être un peu un fainéant. C’est un passionné, il se donne à 500 %. Ça me sert au quotidien. Il y a des jours où il me pousse un peu. Et si j’ai cette médaille, c’est grâce à lui. »

Galvanisé, Martin Fourcade va massacrer la fin de saison après les Jeux : trois victoires (ses premières donc) en Coupe du monde et une remontée à la 5e place du gros globe, alors que l’immense Vincent Desfrasnes annonce sa retraite. Marqué par le moment, Fourcade comprend alors que c’est désormais lui, le patron.

Quand il a commencé à écœurer tout le monde sur les skis

Après une saison 2011 de progression (3e de la Coupe du monde), Fourcade arrache tout en 2012. S’il fait encore des fautes au tir, il est absolument impérial sur les skis. Trois titres au Mondiaux de Ruhpolding où il sort tout le monde de ses skis et le gros globe. Un titre qu’il va chercher à une épreuve de la fin de saison, en Russie, en mettant une demi-minute à toute la concurrence.

Quand il est devenu une rock-star à Sotchi (et une première photo-finish pour l’histoire)

Fourcade continue de dominer l’année en 2013 en remportant tous les gros globes. Mais pour le biathlon, à l’époque au moins, le vrai enjeu se passe une fois tous les quatre ans. C’est en grand patron qu’il arrive à Sotchi. Et ça commence mal, avec un sprint raté et une 6e place. Mais derrière, c’est le chef-d’œuvre : il remporte son premier titre olympique dans la poursuite, avant de claquer l’individuelle trois jours plus tard. Énorme regret, il est à une photo finish de tripler avec la mass-start, mais s’incline face à Svendsen – son grand rival de l’époque – à la photo-finish pour quatre centimètres.

Pas grave, Fourcade devient l’athlète Français le plus médaillé des jeux d’hiver. Et une rock-star en France. « Je ne vais pas pleurer parce que je me suis fait battre au sprint de 20 centimètres par mon plus grand adversaire depuis quatre ans », lance-t-il alors.

Quand il a fait son chef-d’œuvre

Svendsen sur le déclin, plus personne ne peut contester quoi que ce soit à Martin Fourcade. Il domine tellement son sport que ça en devient gênant. Vainqueur de la Coupe du monde tous les ans entre 2012 et 2018, il réalise son chef-d’œuvre à Oslo, aux Mondiaux 2016. Quatre médailles d’or (trois en individuel, une en relais mixte) et une en argent dans la mass-start, derrière un certain Johannes Boe. Martin Fourcade est à son apogée, mais son plus grand rival vient d’arriver sur le circuit.

Quand il est devenu le plus grand de tous les temps (et une deuxième photo-finish pour l’histoire)

Nous voilà en Corée du Sud, à Pyeongchang, aux JO 2018. Martin Fourcade est toujours le meilleur, mais sa marge sur la concurrence s’est légèrement amoindrie. Ce qui ne l’empêche pas de repartir avec deux médailles d’or et de devenir l’athlète français le plus titré de l’histoire olympique. Rien que ça. Il remporte d’abord la poursuite avant de gagner, au sprint, la mass-start pour un millionième de seconde face à l’Allemand Schempp, donnant à l’histoire du sport français d’hiver son plus grand moment de grâce. Alors qu’il croit même être battu au moment de passer la ligne, Fourcade doit attendre plusieurs minutes avant de savoir qu’il est 0,018 seconde devant l’Allemand. Punaise, on a les frissons rien que d’y repenser.

Sur le sujet, on vous propose d’ailleurs de revivre cette dernière victoire olympique en podcast.

Quand il est revenu d’entre les morts

La saison 2019 est un enfer pour Fourcade. Diminué physiquement, il assiste à la prise de pouvoir de Johannes Boe, désormais incontestablement plus fort. Mais même quand Boe se craque, Martin n’y arrive pas. Zéro victoire en Coupe du monde, zéro aux Mondiaux (même pas de podium), année blanche, ou noire, c’est comme vous voulez.

A deux doigts de la retraite, Fourcade se décide malgré tout de retenter sa chance en 2020, histoire de ne pas partir sur un échec. La renaissance se fera en deux temps : d’abord par sa première victoire en Coupe du monde depuis plus d’un à Ostersund, le jour où le biathlon Français a marché sur le reste du monde, avec quatre bleus aux quatre premières places de l’individuel

Le deuxième temps, c’est son titre mondial en individuel à Antholz, le 19 février dernier. Sa onzième médaille d’or aux Mondiaux, et peut-être la plus dure.

« Mon début de carrière a peut-être été trop beau pour que je réalise à quel point c’était difficile de gagner une médaille. Celle-là, je connais toute sa difficulté, explique-t-il sur le plateau de la chaîne L’Equipe quelques minutes après ce sacre. J’ai galéré l’an passé, j’ai souffert, j’ai beaucoup pris sur moi, a-t-il ajouté ensuite en conférence de presse. Mon corps et mon esprit étaient vides et je n’arrivais à pas retrouver les repères qui avaient fait de moi un bon sportif. Cela a été une grosse période de remise en question, de doute. J’ai cru que je n’arriverais pas à revenir. »

Quelques jours plus tard, il offre à la France son premier titre en relais depuis près de 20 ans. L'apothèose d'une carrière, et aussi le moment où Fourcade assure avoir compris qu'il était temps de tourner la page.

Bonus-track : Quand il a fait le clown à la télé

Grâce à lui, le biathlon est devenu le nouveau sport chouchou des Français. En attendant de voir si cette mode lui survit (il n’y a pas de raison, la relève est assurée), Fourcade nous a régalé sur les skis et en dehors. Souvenez-vous de cette magnifique interprétation d’Edouard Bear…