Coronavirus : L'arrivée du Covid-19 en Italie peut-elle saboter la Ligue des champions (et le reste de la saison sportive) ?

FOOTBALL Plusieurs matches du championnat italien se joueront à huis-clos et le déplacement des supporters turinois à Lyon inquiète...

J.L.

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Paulo Dybala, le 16 février 2020 à Turin.
Paulo Dybala, le 16 février 2020 à Turin. — Nicolò Campo/Sipa USA/SIPA

Un Grand Prix de F1 lointain dans le calendrier et les matchs de la Super ligue chinoise de foot. Jusque-là, le Coronavirus n’avait que très faiblement impacté la saison sportive internationale. Mais l’apparition du virus en Italie ces derniers jours, avec 220 personnes infectées depuis vendredi, a drastiquement accéléré l’inquiétude.

Juve-Inter à huis clos en Italie ?

Un peu survendu dans les faits. Comme tous les voyageurs qui débarquent à l’aéroport de Capodichino, les joueurs ont subi un simple contrôle de leur température corporelle à l’aide d’un thermomètre posé sur le front en deux secondes maximum. Formalité d’ailleurs expédiée directement dans l’avion qui a transporté les joueurs catalans et leur staff. Désolé pour nos lecteurs madrilènes ou napolitains, qu’on sait nombreux, mais c’est encore un peu tôt pour imaginer Messi avec 40 de fièvre dans un lit d’hôpital.

Pareil pour CR7, qui ne fait a priori pas partie des quatre personnes contaminées dans le Piémont. Un chiffre limité mais suffisant pour que le Comité olympique italien (CONI) n’ordonne le report jusqu’à nouvel ordre d’événements sportifs organisés dans les régions de la Lombardie, de la Vénétie, et du Piémont, recommandation aussitôt suivie par la Fédération italienne de football. Coup de chance, la première manche du 8e de finale entre l’Ol et la Juventus n’a pas lieu en Italie, où plusieurs médias avancent avec quasi-certitude que le choc entre le leader de la Séria A et l’Inter Milan, prévu dimanche prochain à Turin, va se disputer à huis clos, comme tous les matchs prévus dans les régions touchées. L'Inter Milan a annoncé elle-même sur son site internet que son match face au club bulgare se jouerait sans spectateur. Le ministre italien du Sport Vincenzo Spadafora a de son côté annoncé que le gouvernement avait donné son accord à l'organisation de matches à huis clos dans six régions du nord de l'Italie le week-end prochain en Serie A.

3.000 supporters turinois attendus à Lyon

Pas un mot en revanche sur le match de mercredi au Parc OL, pour lequel 2.500 à 3000 supporters juventini doivent faire le déplacement. Plusieurs médias transalpins s’inquiétaient de voir un bus transportant des voyageurs depuis Milan retenu plusieurs heures à la gare de Perrache, mais du côté lyonnais, on indiquait dimanche soir n’avoir reçu « ni consigne ni restriction de la part du Quai d’Orsay ou de l’UEFA » concernant la gestion des tifosi de la Juve. Très discret jusqu’à présent, l’organisateur de la compétition a expliqué à nos confrères de l’Equipe « suivre de près la situation et être en contact avec les autorités responsables » sans plus de détail. « Les grandes institutions du sport, de type FIFA ou CIO, sont les derniers à parler dans ces cas-là, ils se plient aux exigences du législateur mais ne prennent pas d'initiatives, explique Michael Tapiro, expert en sport-business. Avoir l'hymne de le la Ligue des champions à huis clos, ça la foutrait mal, mais c'est tout à fait possible. »

Si le virus continue de se propager en Italie, on imagine en effet difficilement autre chose pour le retour, prévu le 17 mars. Le match entre l’Inter et Ludogorets, jeudi, en 16e de finale retour de la Ligue Europa, se déroulera dans un San Siro vide. Cela ressemble à la solution la moins mauvaise. La Ligue celte de rugby n’a pas hésité de son côté à reporter carrément deux rencontres prévues le week-end prochain à Parme et à Trévise, tandis que Mauro Vegni, le boss des courses cyclistes italiennes, n’a pas caché son inquiétude alors que les courses transalpines ouvrent traditionnellement la saison européenne jusqu’au Giro.

« Nous sommes très inquiets de la propagation de l’épidémie parce que la situation en Italie est vraiment difficile. Nos premières préoccupations sont Tirreno-Adriatico et surtout Milan-Sanremo, qui sont programmés dans moins d’un mois. Il n’y a pas de plan B pour cette dernière. Si le gouvernement confirmait le blocage du sport à Milan et en Lombardie il faudrait l’annuler. Cela n’aurait pas de sens de déplacer le départ de 20 ou 50 kilomètres. J’espère que le pic de contamination va baisser. Pour le moment, je ne peux rien dire sur le Tour d’Italie, mais il est clair que si le pic ne s’atténue pas, les risques pour qu’il ne puisse pas avoir lieu sont bien présents. »

Un constat alarmiste qu’on peut potentiellement élargir à l’Euro 2020, qui se déroulera pour la première fois conjointement dans une douzaine de pays européens. Tous les déplacements de supporters que la compétition impliquera au mois de juin seront-ils assumables en cas de progression du Covid-19 à l’intérieur des frontières européennes ? Peu probable. « Il n'est pas exclu que certains pays doivent se désister de la compétition, conclut Michael Tapiro. Mais il est peu probable que l'Euro soit annulé. Ou alors, c'est que le virus est totalement hors de contrôle. » Dans ces cas-là, le sport paraitra bien secondaire.