VIDEO. Coronavirus : Pourquoi la situation en Italie inquiète autant

MALADIE Depuis vendredi, l’Italie a annoncé trois décès à cause du coronavirus, plus de 130 contaminations et des mesures de confinement pour 52.000 personnes

Oihana Gabriel

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Une peinture évoque de coronavirus sur un mur de Rome.
Une peinture évoque de coronavirus sur un mur de Rome. — Alessandro Serrano'/AGF/SIPA
  • Dimanche, les autorités italiennes ont annoncé que 132 cas de coronavirus ont été confirmés, dans le nord du pays et trois morts.
  • Onze villes sont confinées depuis samedi. Commerces, écoles sont fermées pendant deux semaines.
  • La France, la Suisse et l’Autriche, pays voisins, suivent avec attention, sans paniquer, l’évolution de la situation sanitaire dans la péninsule.

Des contaminations qui n’arrêtent pas de grimper, des villes mortes, des habitants confinés, des événements sportifs et culturels annulés… Depuis ce week-end, l’Italie fait face à une accélération sans précédent de l’épidémie de coronavirus. Trois décès ont été confirmés en deux jours et des mesures de confinement ont été amplifiées tout au long du week-end. Pourquoi cette situation inquiète tant, en France comme dans le monde entier ?

Des cas qui augmentent rapidement

En quelques jours, le compteur de contaminations en Italie s’est affolé. Ce dimanche, les autorités italiennes ont annoncé que le pays comptait 132 cas de contaminations au coronavirus, dont au moins 89 recensés en Lombardie. Les autres ont été recensés en Vénétie, la région voisine. Ces cas de patients italiens s’ajoutent aux trois cas, dont deux touristes chinois, soignés à Rome. Le foyer principal se trouve à Codogno, à 60 km au sud de Milan. L’autre zone est le village de Vo' Euganeo où a été annoncé vendredi soir le premier décès d’un Italien, un maçon de 78 ans nommé Adriano Trevisan. Le deuxième décès, d’une femme du même âge, s’est produit près de Codogno dans la nuit. Enfin, dimanche, vers 18 h, les autorités italiennes ont annoncé la mort d’une troisième personne, une femme atteinte d’un cancer.

Le foyer se concentre donc dans le nord du pays. « En voyant que les régions touchées, Lombardie et Vénétie, je me suis demandé si ce n’était pas un artefact, s’interroge Anne-Marie Moulin, médecin spécialiste de médecine tropicale, agrégée de philosophie et chercheuse du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Car la surveillance sanitaire est certainement meilleure dans la région de Milan, très développée au niveau économique et sanitaire, que dans le Sud. »

Une question sur l’origine des contaminations

Sujet d’inquiétude supplémentaire, on ne sait pas comment les deux personnes décédées ont contracté le virus. Le président de la région de Vénétie, Luca Zaia, interviewé sur Rainews24, a expliqué que « la grande question » était l’origine de la contamination car les malades n’avaient eu « aucun contact » avec des Chinois ou des personnes de retour de Chine.

Selon les autorités de Lombardie, le foyer de cette région a pour origine Mattia, un chercheur de 38 ans, « le patient 1 », hospitalisé en soins intensifs depuis mercredi à Codogno et transféré samedi à Pavie. Sa maladie est un mystère car il est exclu qu’il ait été contaminé par l’un de ses amis revenu de Chine en janvier. « Sur la base des tests effectués, [l’ami] n’a pas développé les anticorps », a indiqué le ministre adjoint de la Santé, Pierpaolo Sileri. Dimanche, Attilio Fontana, président de la Lombardie, a tout de même évoqué « deux hypothèses » en cours d’exploration pour comprendre qui a pu infecter Mattia. Sans plus de détail.

« L’information qu’on reçoit est lacunaire, regrette Anne-Marie Moulin. Les autorités sanitaires auraient intérêt à davantage expliquer : depuis combien de temps ces patients ont des symptômes, s’ils souffrent d’autres pathologies… On apprend beaucoup de choses sur les mécanismes de panique, mais beaucoup moins sur l’aspect médical de la pathologie. Il serait également intéressant de comparer la mortalité, le profil des patients infectés par ce coronavirus et ceux touchés par la grippe. Les chiffres ne veulent pas dire grand-chose…. J’aimerais savoir si, comme dans les pestes d’autrefois, ce virus tue des personnes jeunes, en pleine santé. »

Des mesures drastiques

Surtout, l’Italie est le premier pays d’Europe à mettre des villes en quarantaine. Depuis samedi, onze villes (dix de Lombardie et une proche de Padoue, en Vénétie) ont été progressivement fermées pour lutter contre le coronavirus. A Codogno et dans neuf localités voisines, tous les lieux publics (bars, mairies, bibliothèques, écoles), sauf les pharmacies, sont fermés depuis vendredi soir, et ce pour deux semaines. En tout, 52.000 habitants de ces villes du nord de l’Italie sont confinés : ni l’entrée, ni la sortie de ces zones ne sont autorisées, sauf dérogation.

Samedi soir, le gouvernement a adopté un décret-loi très strict qui met à l’isolement ces communes, sous peine de prison. Fermeture des entreprises et des établissements scolaires, annulation d’événements culturels et sportifs, report de matchs de foot, ce dimanche, les rues étaient désertes, à l’exception de quelques supermarchés pris d’assaut.

Justifié ? « Le principe de précaution s’est beaucoup amplifié ces dernières années, analyse la chercheuse au CNRS. Mais cette évolution des mesures de santé publique ne veut pas dire forcément davantage de danger, mais prend une approche plus systématique. Qui entraîne une angoisse plus grande. »

Un tournant, pour l’Organisation mondiale de la santé

Le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tiré la sonnette d’alarme vendredi à Genève. « Nous sommes encore dans une phase où il est possible de contenir l’épidémie », a-t-il estimé, mais la « fenêtre de tir se rétrécit ». C’est l’expansion de cette épidémie en dehors de la Chine qui avive les inquiétudes de la communauté internationale.

En plus de l’Italie, deux autres pays attirent l’attention de l’OMS : l’Iran, où le nouveau virus a fait huit morts, soit le deuxième pays où l’épidémie a fait le plus de morts en dehors de Chine. Et la Corée du Sud, où le nombre de malades dans le pays atteint dimanche 602 cas.

Un pays très proche de la France

Il n’y a pas que l’OMS qui s’inquiète et, évidemment, ces nombreux cas dans ce pays voisin de la France, risquent de renforcer encore les craintes dans l’Hexagone. « L’Italie paraît plus proche que Séoul, mais dans les aéroports, vous pouvez rencontrer des personnes qui viennent de Chine », nuance Anne-Marie Moulin.

Le ministre de la Santé Olivier Véran, se dit « attentif à la situation en Italie » dans un entretien au Parisien dimanche. Il estime « très probable » la possibilité de nouveaux cas en France et assure que le système de santé se prépare à une possible épidémie.

Mais pour le moment, pas de fermeture de frontière. Côté transports, « Air France assure normalement l’ensemble de ses vols vers et en provenance de l’Italie », a déclaré dimanche à l’AFP un porte-parole de la compagnie aérienne. De son côté, la SNCF (transports ferroviaires) diffuse des messages dans les grandes gares françaises appelant les voyageurs à contacter un numéro d’urgence en cas de maladie, mais n’a pour l’heure déployé aucun dispositif spécifique au sujet de l’Italie.