France-Italie : Manque de jus, manque de consistance… Mais pourquoi les Bleus ont autant galéré contre la Squadra ?

RUGBY Le XV de France n’a pas été parfait contre la Squadra au Stade de France

William Pereira

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Alldritt, auteur d'un essai contre l'Italie
Alldritt, auteur d'un essai contre l'Italie — Thibault Camus/AP/SIPA

Au stade de France,

Un succès inaugural de prestige contre l’Angleterre, l’Italie qui s’est pris une gifle contre le Pays de Galles, tous les ingrédients étaient réunis, pensait-on, pour que la France s’offre un succès facile contre la Squadra pour continuer de dominer le Tournoi. Ceux qui ne jurent que par les chiffres vous diront d’ailleurs que ça a été le cas. Une victoire bonifiée (35-22) et une avance confortable de 13 points, on ne verrait pas de quoi il faudrait s’inquiéter si c’était une autre équipe. Sauf que, pas de bol, c’est la moins bonne des nations du tournoi qui a fait vaciller le groupe de Fabien Galthié​.

En milieu de première période, d’abord, en permettant aux Italiens de revenir à trois longueurs, puis dès le début de la seconde. On repense à 2019, à notre titre en plastique de champions du monde des débuts de match et détenteurs des pires épilogues, et on se dit que ce relâchement est sans doute une fatalité, un truc inhérent à ces entames foudroyantes où tout le monde se rue en chœur sur le porteur du ballon. Théorie invalide. De relâchement, il n’y a pas eu, jure Gregory Alldritt en zone mixte. De la fatigue, un peu plus.

« On était moins frais que contre les Anglais, voilà, on avait un gros match contre les Anglais, on a fait une belle semaine d’entraînement qui était nécessaire. »

Elever le curseur

Ça aurait pu ressembler à une bonne excuse si tout le monde n’était pas d’accord pour dire que la prestation d’ensemble a été épisodiquement mauvaise, Fabien Galthié le premier. « En deuxième période, on a manqué de consistance, l’équipe a été bousculée par l’Italie. […] Par moments, on a été moins consistants que face à l’Angleterre sur ce plan défensif. On les a parfois laissés entrer dans le rideau. A partir du moment où tu te mets à reculer, tu te mets en danger par rapport à la ligne de hors-jeu. »

Sur l’aspect défensif, on peut déplorer la légendaire passivité de Teddy Thomas, qu’on a presque envie de voir être associé un jour à Raka pour finir des matchs à huit essais inscrits et six encaissés. Ou l’apport quasi inexistant du banc (coucou Bamba, coucou Jeff Poirot). Mais au bout du compte, on peut aussi se dire que la galère de la seconde période n’aurait jamais existé sans ce mini-tournant à la 41e. Cyril Baille :

« on a cette action où on se retrouve près des lignes et après on prend un contre qui nous fait un petit peu mal à la tête. Il faut juste qu’on soit plus froids et lucides. »

Plus sereins pour éviter les séquences où l’ovale se transforme en patate chaude et a posteriori en cadeaux pour les adversaires. On pense aux multiples touches mal négociées. « C’est ça qu’il faut améliorer, analyse Alldritt. Il faut garder le curseur élevé collectivement mais aussi chacun de son côté. C’est des détails, c’est un lift, un timing, un lancer, un plaquage, une faute bête. Il faut qu’on arrive à garder le curseur élevé et on réussira à gommer ces erreurs facilement. »

Trois jours de repos avant d’attaquer le Pays de Galles

Ce curseur, il faudra évidemment le rebrancher sur le même canal que contre l’Angleterre pour le prochain déplacement au Pays de Galles. Charles Ollivon est même persuadé que cette piqûre de rappel est salutaire et intervient au meilleur moment. En passer 50 aux Italiens pour ensuite baisser la garde au Millenium Stadium eut été LA mauvaise idée. « Notre force c’est de se remettre en question. On est conscient d’avoir eu des trous d’air donc on va travailler là-dessus, on a envie de progresser », rassure Baille.

Avant de repartir au charbon, le Toulousain et ses potes vont pouvoir profiter de trois jours de repos, histoire de recharger des batteries bien entamées par le crunch et les fameux entraînements à haute intensité. « On va se reposer, profiter un peu de la famille, des vacances, parce que c’était un peu intense ces derniers jours. Ça va être court, on n’a que trois jours donc je vais juste être en famille et profiter pour faire des grasses mat’. » Le tout avec quand même un grand motif de satisfaction : pour la première fois depuis 2016, la France a enchaîné deux succès dans le Tournoi. Et pour la première fois depuis des lustres, elle le domine seule après deux journées. Tout va si bien qu’on en oublierait presque d’où cette équipe revient.