Tour de France : « Ça ne me fait plus peur »… On est à six mois du départ et Thibaut Pinot nous émoustille déjà

CYCLISME Le coureur de l'équipe Groupama-FDJ a parlé Tour de France et ambitions 2020 dans une interview accordée à l'AFP

N.C. avec AFP

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Thibaut Pinot lors de la présentation du Tour de France 2020, le 15 octobre 2019 à Paris.
Thibaut Pinot lors de la présentation du Tour de France 2020, le 15 octobre 2019 à Paris. — JP PARIENTE/SIPA

Quoi, encore six mois à attendre ? C’est bien trop long mais on n’a pas le choix : il va falloir s’armer de patience avant de pouvoir célébrer comme il se doit le sacre de Thibaut Pinot sur le Tour de France. Parce que oui, c’est annoncé. Depuis la révélation du parcours, en octobre, la France du vélo brûle de revivre les émotions de juillet dernier, mais avec un happy end cette fois. Et l’intéressé ne cesse de clamer qu’il n’a plus peur de son ombre lorsqu’il court en France et qu’il se sent les épaules pour y aller, pour nous émoustiller encore plus. Avant de partir pour un stage de 17 jours sur le volcan Teide à Tenerife, avec quatre coéquipiers de la Groupama-FDJ (Gaudu, Molard, Roux), le Franc-Comtois s’est exprimé sur tout ça, et son année 2020 de manière générale, dans une interview à l’AFP.

Six mois après, que diriez-vous du Tour 2019 ?

C’est une très grande déception. Après, il faut digérer, il faut avancer, je m’en remettrai comme je me suis toujours remis de mes déceptions sportives.

Qu’en retirez-vous ?

Le Tour m’a fait passer dans une autre dimension, ce n’est vraiment pas ce que je cherche mais c’est là, et je vis avec. On me reconnaît partout où je m’entraîne, et ça ne me fait plus peur. Les gens sont sympas. Avant, j’étais plus sauvage.

Etiez-vous heureux sur le Tour ?

Sur le Tour l’an dernier, j’étais heureux d’être là, ça s’est vu. Je me demande pourquoi je ne l’étais pas (auparavant), peut-être parce que je ne supportais pas la pression, la pression que je me mettais surtout. Il m’a fallu plus de temps que certains coureurs. A la base, je ne suis pas né leader, je suis plutôt discret. Cela ne me plaisait pas forcément d’être mis en avant, montré du doigt. Je voulais juste m’entraîner et gagner des courses. J’ai une vie que je ne pensais pas avoir au début de ma carrière.

Vous avez des objectifs multiples en 2020. Etablissez-vous des priorités ?

J’ai du mal à mettre une hiérarchie. C’est sûr que le Tour de France l’emporte sur le reste. Après, Paris-Nice, un JO, un championnat du monde… J’ai envie d’être à cent pour cent sur ces courses-là. Je veux être le plus haut possible.

A l’inverse des années passées, votre programme de courses est surtout français…

J’ai redécouvert le plaisir de courir en France. Je me suis rendu compte qu’il y avait de très belles courses. Avant, je trouvais que les parcours étaient plus intéressants à l’étranger mais, depuis deux-trois ans, j’avais envie de revenir en France. Je prends un risque de faire Paris-Nice parce que ce n’est pas spécialement mon terrain mais à 30 ans, c’est le bon moment de découvrir ces courses-là.

Même si l’attente à votre sujet est très forte ?

J’ai pris aussi pas mal d’expérience. Je fuyais un peu la France pour ça. Aujourd’hui l’attente du public et des journalistes n’est pas un frein à mes résultats. Au Giro (2018) au Tour (2019), j’ai pris deux belles claques. Après ça, on n’a plus trop peur de se rater.

Avez-vous trouvé les causes de ces problèmes physiques ?

Une pneumonie et une blessure à la cuisse sont des choses complètement différentes. Je pense que j’ai un corps plutôt fragile par rapport à certains. Au Tour, c’est une blessure que je n’avais jamais ressentie, c’est peut-être une blessure que je n’aurai plus jamais. On ne sait toujours pas d’où ça vient, et c’est parti comme c’est venu. C’est un peu bizarre. Je me dis qu’un jour ça tournera et j’aurai enfin ma chance de finir un grand tour dans de bonnes conditions.

Six jours après le Tour, il y aura la course en ligne des JO. Quelle importance lui accordez-vous ?

Ne pas faire les Jeux manquerait vraiment à ma carrière. Je n’ai pas envie de rater cette occasion. Ce sera sûrement la dernière possibilité de faire les Jeux. A Rio, j’avais dû refuser la sélection parce que j’étais malade et ça reste une déception.

Comment voyez-vous cet enchaînement, si près de la fin du Tour ?

Tous les favoris ou presque sortiront du Tour. Six jours après, il y a d’habitude San Sebastian et j’y ai déjà eu des jambes comme rarement j’en ai dans l’année. Ce sera une question de récupération, de mental surtout. Ne pas lâcher prise après le Tour, ne pas débrancher dans la tête… La France aura une des meilleures équipes sur le papier, le plus fort sera le leader mais, pour l’instant, ce n’est pas mon souci.