XV de France : Des jeunes, des jeunes, et des jeunes... Elle est pas un poil trop osée, cette liste de Galthié ?

RUGBY Le nouvel entraîneur des Bleus a rajeuni encore plus qu’espéré la première liste de son mandat de quatre ans

Julien Laloye

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Fabien Galthié à Marcoussis, le 8 janvier 2019.
Fabien Galthié à Marcoussis, le 8 janvier 2019. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Au CNR de Marcoussis,

Le moment cruel ou tu te rends compte qu’il faut changer de métier. Un gros tiers de noms au bas mot de la liste des 42 dévoilée par Fabien Galthié et Raphaël Ibanez ne nous dit foutre rien, même après réflexion. Dylan Crétin ? Champion du monde de pétanque à la rigueur. Ah non c’est Dylan Rocher. Boris Palu ? Une vilaine maladie. Ah non, un 3e ligne du Racing. Bref, stop au nameshaming, c’est juste que le futur du XV de France nous a échappé à un moment donné. Mais pas au nouveau staff de Fabien Galthié qui a décidé de commencer son mandat sabre au clair.

Une belle flopée d’inconnus

Aucun trentenaire, une moitié de bleu-bite à zéro minutes de jeu, et une génération envoyée à l’Ehpad, puisque personne ne s’est éliminée de lui-même à part le boxeur Vahaamahina (pour un temps) : Slimani, Lopez, Lauret, Medard, Guitoune ou Doumayrou.

Légère inquiétude dans le camp des suiveurs. Tout ça n’est-il pas un peu trop inexpérimenté pour se coltiner l’Angleterre d’entrée de tournoi des VI Nations ?

« C’est une question intéressante à traiter, répond le nouveau patron des Bleus d’un air professoral. Il y a un renouvellement naturel avec des joueurs qui montent en puissance et qui montrent un véritable potentiel. Cette liste est le fruit d’un long travail de deux mois, on ne s’est rien interdit. Mais on l’a finalisée assez rapidement et assez facilement ».

Sans se voiler les yeux pour autant. Moins de 10 sélections en moyenne par ligne, quand une équipe ne peut être qualifiée de compétitive qu’à partir de 50 sélections de moyenne selon l’aveu de Galthié lui-même, un total que peu atteindront de toute façon d’ici la Coupe du monde en France, puisqu’il n’y a que 36 matchs à (perdre) jouer d’ici là. « Les jeunes qu’on a pris ont gagné dans les équipes nationales précédentes (en U20), rassure le manager Raphaël Ibanez. On a aussi voulu faire appel au talent de ces joueurs-là. On n’a pas le sentiment de prendre un risque particulier. Il y a une forme de logique à retrouver ces noms ». Et même une certaine excitation​ en imaginant par exemple à une ligne de 3/4 Dupont-Ntamack-Penaud-Fickou-Vakatawa-Thomas-Jalibert.

« On n’a pas le sentiment de prendre un risque »

Et puis il ne s’agit que d’un premier tour du propriétaire. La liste sera réduite à 28, pour un XV de départ probablement constitué par le noyau dur des Mondialistes. Du reste, le dit XV est déjà inscrit sur un Google drive du staff ou presque, à une ou deux exceptions près en 2e ligne et à l’arrière, si les deux matchs de Coupe d’Europe qui arrivent ne laissent pas trop de monde sur le carreau.

A moins que certains ne donnent pas satisfaction à l’écrit. Il s’avère en effet, petite nouveauté, que Gatlhié a demandé à ses 42 soldats de répondre à un certain nombre de questions par mail pour situer leur attachement au XV de France, en plus de leur filer des devoirs du soir. En gros, le plan de jeu et les basiques de savoir-vivre autour de cinq thèmes majeurs à discuter ensemble : le sacré, la nutrition/santé, la gestion du matériel, la gestion de la compétition, la gestion de l’image (la com' quoi). Toujours plus facile « de co-construire comment le XV de France veut vivre et veut jouer » avec des esprits jeunes et réceptifs que d’essayer de rallier la cause de joueurs plus capés et donc moins malléables.

« On veut leur donner un peu de travail pour qu’ils se projettent, explique Fabien Galthié. Tu ne peux pas arriver en te disant "waouh" le 2 février contre les Anglais. On veut qu’ils soient le moins surpris possible. Qu’ils comprennent qu’ils sont là parce qu’ils sont légitimes. Leur mission, c’est de redevenir une grande équipe du rugby mondial, ce n’est pas facile ».

D’autant moins quand on renouvelle le cheptel de moitié avant de se faire rentrer dans le lard par la deuxième meilleure équipe du monde ? Tout à sa volonté de voir ses troupes se responsabiliser d’elles-mêmes et (re)prendre conscience de l’importance de l’équipe de France, Fabien Galthié espérait déjà qu’une partie des joueurs, avec qui il a échangé directement avant de communiquer la liste, soient déjà en train de faire chauffer le téléphone entre eux pour échanger sur les combinaisons de fond de touche. « Ce qu’on cherche, c’est du temps de gagné, et le temps gagné en équipe de France il est avant, pas pendant ». En espérant que les nouveaux élèves de l’ère Galthié soient plus studieux que les précédents, donc.