Coupe du monde de rugby: Les adieux de Guirado, l'avènement des jeunes... Une page se tourne au sein du XV de France

RUGBY L’élimination du XV de France contre le Pays de Galles marque la fin d’une génération et l’avènement de la suivante

William Pereira

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Dupont, l'avenir. Guirado, le passé.
Dupont, l'avenir. Guirado, le passé. — SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

« Je suis un soir de match, je n’en suis pas à penser ce qu’il va se passer demain ou après-demain. » La phrase est signée Jacques Brunel et c’est bien dommage, car la question posée par un confrère en conférence de presse après la défaite contre le pays de Galles était pertinente. A savoir, que fera-t-il entre cette élimination du Mondial et la fin de son contrat le liant à la FFR, en juin 2020 ? Car Fabien Galthié est censé reprendre les commandes du XV de France pour entamer un cycle qui mènera l’équipe vers son Mondial, en 2023.

Si l’avenir de Brunel est flou, celui des briscards de l’équipe l’est beaucoup moins. Comme annoncé en amont de la compétition, Guilhem Guirado et Louis Picamoles, entre autres, prennent leur retraite internationale. « J’y avais pas pensé avant le match, confesse le Montpelliérain. A l’issu du match je sais que c’est fini. C’est surtout ça qui était difficile. » Difficile pour tout le monde, ce dimanche, pour les vieux comme pour les jeunes, visiblement affectés par la perte des figures paternelles du vestiaire. « Il y a eu des larmes, témoigne Camille Lopez. » Jefferson Poirot embraye. « Moi je sais que dès le coup de sifflet final je suis très ému. On a passé quatre ans ensemble. Et là encore plus quatre mois 24h/24. Tout le groupe avait envie d’offrir deux matchs en plus aux joueurs qui s’arrêtent. Il y a eu des larmes des plus jeunes surtout. »

Protéger les jeunes

On peut les comprendre. Juste avant dans le vestiaire, images diffusées par TF1, Guilhem Guirado sortait de sa poche le discours d’un roi, sortie pleine de panache dont on ne l’aurait jamais cru capable. Vous nous croyez pas ? Extrait.

« Ça fait longtemps qu’on perd sur les mêmes erreurs mais je vous promets que ce qu’on arrive à faire, vous pouvez regarder tous les matchs que vous voulez, je vous promets qu’il y a pas une seule équipe qui arrive à le faire, même les Blacks. Regardez-moi dans les yeux. Même les Blacks. Tous les jeunes regardez-moi bien on a bouffé notre pain noir, maintenant c’est fini. Vous gommez ces petites erreurs. On oublie encore trois essaie ce soir, minimum. Trois essais. C’est eux la première ou deuxième nation mondiale ? Ils se sont chié au froc tout le match. »

On ne sait pas ce qui s’est passé dans la tête des Ntamack, Dupont et Penaud, mais nous à leur place, après un tel discours, on aurait empoigné notre baïonnette pour repartir sur le champ de bataille. En tout cas le message est clair. A compter d’aujourd’hui, les espoirs reposent sur les épaules de la jeune garde, amenée à s’élargir dans les mois et années à venir. Ntamack accepte la mission. « Forcément ce Mondial va nous servir à nous qui allons continuer. Ça va nous servir d’expérience, de ressenti à l’approche d’une grande compétition. Donc c’est intéressant. J’espère qu’on sera nombreux à postuler pour la prochaine pour apporter de l’expérience. »

La responsabiliser, c’est bien, mais cette génération dorée mérite encore d’être préservée pour ne pas être grillée trop vite, à l’image d’un Fofana lancé comme un obus en 2011 et cramé en moins de dix ans. Car commencer jeune, c’est aussi prendre des taquets plus tôt. N’a-t-on pas vu à maintes reprises la charnière titulaire se tordre de douleur au sol contre le pays de Galles ? Yoann Huget : « il faut travailler dès demain pour mettre dans les meilleures conditions cette génération qui est remplie de talents : Antoine (Dupont), Romain (Ntamack), Baptiste (Serin)… Il faut les protéger, ils ne peuvent pas jouer 30 matches par saison. »

Poirot pour succéder à Guirado ?

Guider les héritiers pour leur éviter les erreurs du passé, c’est presque tout ce qu’il reste à cette génération volontaire, pas assez douée et surtout maudite, à l’heure du crépuscule. Tout ce qu’incarne Guilhem Guirado, à qui on ne pourra en revanche pas reprocher de ne pas avoir pris à cœur ce rôle que certains ont tenté de lui arracher pendant le Tournoi des 6 nations. « J’ai toujours été bienveillant. (…) J’espère avoir été un bon mec avec les jeunes joueurs, je suis taquin parfois, dur aussi parce que j’ai de l’estime pour eux ». Et, Jefferson Poirot, le lui rend bien :

« En terme d’engagement, les quatre ans que Guilhem a fait, on ne peut que respecter l’homme. Les coups qu’il a pris par la faute aussi de tout un collectif, il était pas seul sur un terrain, il pouvait pas faire autre chose que tenir l’équipe à bout de bras. En tout cas l’homme est respectable, respecté et restera malgré la période difficile un grand capitaine de l’équipe de France. Je pense qu’il faut lui tirer un grand coup de chapeau pour ça. »

Demain, le Bordelais sera probablement amené a reprendre ce lourd fardeau. « C’est un capitaine dans l’âme, un leader de par ses actes », nous confiait Baptiste Serin avant le départ au Japon. Si rien n’a encore été décidé pour la suite, Poirot, qui dit sortir grandi de la compétition, est prêt à assumer. « J’ai été capitaine sur quelques matchs, ça m’a plu. C’est pas quelque chose que je vis comme une charge. » Bien gérer la pression semble être le principal atout de la relève. Ça tombe bien, dans quatre ans, il y en aura un paquet sur leurs épaules.