Coupe du monde de rugby: Paperasse, décalage horaire, 12 heures de vol... Les forfaits sur blessure, cette galère logistique

RUGBY Pas facile de pallier les blessures à l'autre bout du monde pour le staff du XV de France

William Pereira

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L'arrière du XV de France Thomas Ramos, blessé face aux Etats-Unis le 2 octobre, est forfait pour le reste de la Coupe du monde, comme son coéquipier Peato Mauvaka.
L'arrière du XV de France Thomas Ramos, blessé face aux Etats-Unis le 2 octobre, est forfait pour le reste de la Coupe du monde, comme son coéquipier Peato Mauvaka. — Franck Fife / AFP

De notre envoyé spécial au Japon,

Des bandes chauffantes sur la nuque, un strapp au genou… C’est presque momifié – mais la mine jouasse - que Baptiste « Toutankhamon » Serin s’est présenté devant les journalistes pour l’habituel point presse d’avant-veille de match du XV de France. « J’ai mis la tête dans un ruck où il fallait pas, faut pas faire le genre de choses que tu n’as as l’habitude de faire ! » Lui s’en est bien sorti, d’autres ne peuvent pas en dire autant. Derniers poissards de l’histoire :  Thomas Ramos et Peato Mauvaka, contraints de faire leurs valises pour la France après contraction de blessures rédhibitoires et venus porter à sept le nombre d’abandons pour cause de bobos depuis le rassemblement fin juin à Marcoussis.

Des « aléas du sport » - dixit l’homme qui sera derrière la mêlée dimanche contre les Tonga - dont il faut savoir faire abstraction comme l’explique son compère de charnière, Romain Ntamack : « faut pas jouer avce un frein, faut pas se dire "tiens je vais jouer pour pas me blesser" parce que c'est le meilleur moyen de se blesser. » N’empêche que si ça ne perturbe pas trop les loustics à titre individuel, voir tous ces types quitter un à un le navire fout un peut le cafard à notre jeune ouvreur. « Ça met un petit coup au moral. C'est dommage pour eux et pour l'équipe. Il va falloir faire avec. »

Barassi, une feuille de match dix jours plus tard

Jacques Brunel le premier. Le sélectionneur perd deux éléments supplémentaires au pire moment possible, à savoir entre deux rencontres très rapprochées, rendant impossible toute compensation avant les Tonga dimanche. Sans parler de décalage horaire ou de jet lag, les renforts Vincent Rattez et Christopher Tolofua arriveront au plus tôt samedi, au plus tard dimanche d’après un communiqué de la FFR. Et quand on voit que Pierre-Louis Barassi, premier renfort débarqué en cours de route, entre pour la première fois sur la feuille de match dix jours après son arrivée on peut raisonnablement se demander quand le Toulonais sera opérationnel – la question se pose moins pour Rattez, déjà présent dans le groupe des 37. M’enfin bref, reportons le débat sur l’adaptation des nouveaux arrivants, la problématique est ici principalement logistique, comme l’a expliqué le sélectionneur français en conférence de presse, vendredi.

« Il faut être capable de retrouver très rapidement des moyens de transports, sachant qu’il y a un vol pour le Japon mais aussi un transfert. Et il faut trouver des moyens de les faire venir le plus vite possible. »

Les blessures à l'autre bout du monde, cet enfer logistique

Contrairement à ce que l’on peut penser, et même si chaque équipe est sommée de fournir en amont une liste « cachée » d’éventuels suppléants à World Rugby pour faciliter les choses, le processus de remplacement n’est pas forcément hyper rapide. Après renseignement auprès du team manager Lionel Rossigneux, ça donne grosso-modo ça :

  • Les médecins du XV de France signent un certificat médical attestant de la blessure.
  • Il est envoyé à World Rugby, dont les médecins doivent le valider.
  • Le XV de France doit contacter le ou les clubs concernés en France.
  • Une fois que tout est validé il faut revenir vers World Rugby pour régler la paperasse restante.

Ca paraît suffisamment chiant comme ça, mais quand le verdict de la blessure tombe à un moment particulièrement inopportun c’est encore plus savoureux. Ainsi, quand Demba Bamba s’est fait les ischios, le XV de France a dû attendre que Cedate Gomes Sa joue avec le Racing le 29 septembre avant de le faire venir (« on ne pouvait pas dire au club de ne pas le faire jouer à la dernière minute », commentait Brunel). Concernant Ramos et Mauvaka, le forfait est tombé à des heures où les bureaux de World Rugby étaient fermés.

Où l’art de perdre un jour de plus alors que le temps presse doublement : la France a sept heures « de retard » sur le Japon et il faut 12 heures de vol pour relier les deux pays. « Dans ces cas là, non, on ne dort pas beaucoup », concède Rossigneux, debout à la première heure vendredi pour passer des coups de fil à l’instance en charge de la compétition et sans doute pas le dernier, avec Romain Ntamack, à vouloir que l’hécatombe cesse . « J’espère qu’il n’y aura plus de blessures », soupire le jeune homme. Si Baptiste Serin ne fourre pas sa tête n’importe où, ça devrait le faire, non ?