Emmanuel Macron lors d'une visite sur les JO de Paris à Marseille
Emmanuel Macron lors d'une visite sur les JO de Paris à Marseille — LILIAN AUFFRET/SIPA

SPORT

VIDEO. Les Marseillais « dindons de la farce » dans le financement des JO de Paris 2024?

L'aide de l'Etat pour les JO de Paris 2024 abondent majoritairement vers Paris, et les Marseillais vont devoir mettre la main à la poche pour accueillir l'épreuve de voile

  • Marseille accueillera les épreuves de voile des JO 2024 pour un coût total de 25 millions d'euros. 
  • L'Etat ne donne qu'une petite aide, et les financeurs privés étant aujourd'hui inexistants, 22 millions d'euros proviendront des impôts des Marseillais. 
  • Un scandale pour l'opposition. 

« Les dindons de la farce des J.O. de Paris, c’est Marseille ». Benoît Payan ne décolère pas, et compte bien se faire entendre au conseil municipal ce lundi, depuis son siège de chef du groupe socialiste. Les conseillers municipaux doivent en effet approuver une convention qui lie la ville de Marseille, la société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) et Paris 2024 sur la Marina olympique, au Roucas Blanc, qui accueillera les épreuves de voile.

Cette convention d’objectifs précise le cadre de suivi opérationnel de la marina olympique. Le hic ? Au détour de ce rapport, on apprend que les travaux nécessaires à l’accueil de l’épreuve de voile à Marseille vont coûter 25 millions d’euros… dont 22 millions d’euros financés par les collectivités locales. « L’argent des Marseillais, nos impôts locaux, va prendre en charge ces 22 millions d’euros, et l’Etat seulement trois millions d’euros ! », s’offusque Benoît Payan.

« L’Etat aide moins Marseille que Paris »

Ces millions d’euros sont destinés à bâtir un nouveau projet de marina olympique, qui prendra place sur l’actuel bassin du Roucas-Blanc. La ville prévoit également de bâtir une tribune de 5.000 spectateurs dressée sur la corniche Kennedy, à l’emplacement de l’actuelle hélice du sculpteur César.

« Pourtant, sur le montant global des travaux de Paris 2024, budgétés à hauteur de 3 milliards d’euros, les collectivités territoriales ne payent que 15 % des investissements, peste toujours l’élu dans un communiqué de presse. Il est scandaleux que l’Etat aide moins Marseille que Paris, pour les JO de Paris ! Paris est une ville riche, à la population dont le revenu médian est 60 % plus élevés que dans notre ville. Et pourtant, la solidarité nationale bénéficie plus aux Parisiens qu’aux Marseillais ! »

« Un retour sur investissement »

« On peut toujours regretter que l’Etat mette aussi peu sur un événement majeur, concède Didier Réault, adjoint au maire en charge de la mer. Bon, on sait que l’Etat est indigent sur beaucoup de sujets… » Et de justifier : « Les Jeux Olympiques, ce sera un retour sur investissement sur le territoire. Donc on peut estimer que l’argent que nous investissons aujourd’hui pour les Jeux Olympiques sera largement rentabilisé dans l’apport de l’économie des territoires, dès 2020. »

Sans pour autant chiffrer précisément cet apport. « Pourtant, normalement, ils le font, ce chiffrage, s’étonne Lionel Maltese, maître de conférences en management du sport. La question, quand on accueille des JO, c’est quel héritage on peut obtenir derrière. On a d’un côté l’héritage tangible, solide, avec des chiffrages en termes d’hôtellerie par exemple. Et il y a aussi l’héritage intangible, qui peut être intéressant pour une ville comme Marseille, qui n’est pas dans les villes les plus réputées au monde. On peut utiliser le sport pour changer l’image de la ville. »

Un sponsoring difficile

Et pourquoi ne pas faire appel au privé pour faire baisser la note ? Il faut en effet rappeler que, à travers le sponsoring, les entreprises privées financeront 1,5 milliard d’euros du budget général des JO de Paris 2024. « En termes de mécénat ou de sponsoring, les Jeux Olympiques, c’est très compliqué, explique Didier Réault. D’abord, il y a des sponsors accrédités par le CIO au niveau mondial. Ensuite, il y a une organisation nationale qui a elle-même l’obligation de ne pas concurrencer les sponsors internationaux du CIO, à la fois sur les marques elles-mêmes et sur leurs secteurs d’activité. »

« Si le CIO a un sponsor de la catégorie "boisson", impossible d’avoir un sponsor de la même catégorie, il faut protéger l’industrie des sponsors », précise Lionel Maltese. De quoi réduire le champ des possibles au niveau local. « On aura quand même une participation complémentaire de l’Agence nationale du sport qui va nous aider à hauteur d’un million d’euros pour le Pôle France Olympique, c’est tout récent, tente de rassurer Didier Réault. On est à la recherche de financements quoiqu’il arrive qui peuvent soulager les finances publiques ici. Mais je vous avoue que c’est très compliqué. » Un amendement sur le dossier des Jeux Olympiques va être déposé et soumis au vote du conseil municipal ce lundi par le groupe socialiste.