JO 2024: Avec l'objectif de la neutralité carbone, la traque au CO2 est lancée

JEUX OLYMPIQUES Les JO 2024 de Paris ne veulent pas émettre plus de C02 qu’ils ne seraient capables d'en compenser. Un défi ambitieux commence ces jours-ci avec le lancement de deux appels à projets

Fabrice Pouliquen

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Les anneaux olympiques sur l'esplanade du Trocadéro le 14 septembre 2017. Un avant goût des JO2024.
Les anneaux olympiques sur l'esplanade du Trocadéro le 14 septembre 2017. Un avant goût des JO2024. — FRANCK FIFE / AFP
  • Pour ces JO 2024, la France veut montrer son plus beau profil, ce qui nécessite d’avoir les Jeux les plus écologiques possible. En la matière, le comité organisateur de Paris 2024 vise la neutralité carbone.
  • Paris 2024 part avec un atout de taille : celui d’avoir peu de nouvelles infrastructures à construire. Cela limite déjà les émissions de gaz à effet de serre mais ce n’est pas suffisant pour assurer la neutralité carbone.
  • Pas le choix donc, Paris 2024 devra aussi traquer, secteur par secteur, les émissions de gaz à effet de serre évitables. Cela passe notamment par l’invention de groupes électrogènes fonctionnant aux énergies renouvelables. Explications.

 

Dix-neuf jours de compétitions, 10.500 sportifs de 205 nations attendus, 3,7 milliards de téléspectateurs, 14 millions de spectateurs, un village olympique à construire doté 14.000 lits, 6 milliards euros de budget… Comme toutes les olympiades, les chiffres des Jeux olympiques de Paris 2024 donnent le tournis. Le Cojo (Comité d’organisation des Jeux olympiques) de Paris 2024 en rajoute un autre : celui d’atteindre le zéro de la neutralité carbone.

Cela ne veut pas dire que ces Jeux – « le plus grand événement jamais organisé en France », rappelle Tony Estanguet, président du Cojo – ne généreront aucune émission de gaz à effet de serre. Impossible. « Pour un tel événement, il y a forcément des émissions inévitables, liées notamment aux transports des athlètes, des spectateurs, à leur alimentation, etc », indique Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès du ministère de la transition écologique.

3,3 millions de tonnes de C02 équivalent à Londres en 2012

L’engagement de Paris 2024 est alors d’en émettre le moins possible et de compenser, sinon, celles qui ne peuvent être évitées. Pas un mince défi quand on sait que les Jeux olympiques de Londres de 2012 comme ceux de Rio en 2016, qui affichaient eux aussi des ambitions environnementales fortes, ont comptabiliséune empreinte carbone totale d'environ 3,5 millions de tonnes de CO2 équivalent. 

Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, Paris 2024 a cependant un atout de taille : celui d’utiliser 95 % d’infrastructures existantes et temporaires pour organiser les épreuves et ainsi limiter le nombre de construction de nouvelles infrastructures. « Certaines éditions construisaient jusqu’à dix nouveaux équipements sportifs quand les Jeux de Paris 2024 en nécessiteront qu’un seul : le centre aquatique », rappelle-t-on au Cojo. Ce seul point permettrait de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux éditions précédentes.

Cet objectif de neutralité carbone nécessitera également de traquer, secteur par secteur, les émissions de gaz à effet de serre évitables. C’est l’objet des deux appels à projet présentés ce mercredi dans les bureaux du Ministère de la transition écologique et à destination des entreprises françaises.

Faire émerger des groupes électrogènes propres

Le premier appel à projets, intégré au Programme d’investissement d’avenir [grand programme d’investissement de l’Etat français] et qui laisse aux entreprises jusqu’au 15 novembre pour candidater, porte sur la production d’énergie hors réseaux. « Un événement sportif comme les Jeux olympiques nécessite des systèmes de secours en énergie », explique Tony Estanguet. Elles viennent même parfois en complément du réseau électrique quand il n’est pas en mesure de fournir assez d’électricité pour faire face aux pics de consommation d’énergie inhérents à certaines compétitions sportives.

Or, les solutions existantes se résument le plus souvent aujourd’hui à des groupes électrogènes fonctionnant au gazole, un carburant fort émetteur de CO2 et de pollution. « Plus de quatre millions de litres ont ainsi été brûlés lors des JO de Londres en 2012 », précise Guillaume Boudy, Secrétaire général pour l’investissement, chargé de piloter le Programme des investissements d’avenir.

On est typiquement dans les émissions de CO2 évitable aux yeux Emmanuelle Wargon. L’appel à projets vise alors à faire éclore des groupes électrogènes « propres », c’est-à-dire fonctionnant aux énergies renouvelables, « pour les Jeux voire avant », souligne Tony Estanguet. « Et on peut très bien imaginer l’héritage que laisseraient ces groupes électrogènes propres, reprend Guillaume Boudy. Ils pourraient être utilisés pour produire de l’électricité dans les sites où cette énergie est justement difficile à acheminer. Des zones rurales reculées, les îles, les sites de catastrophes naturelles, etc. »

Un village olympique tout en bois ?

Parallèlement à ce premier appel à projets, l’Etat et le Cojo lanceront aussi, du 4 juillet au 8 octobre, une édition spéciale du concours d’innovation, I-Nov, dédiée aux start-up et aux PME. « Il s’agit là encore de faire éclore des solutions innovantes, notamment en matière de développement durable », précise Secrétaire général pour l’investissement. Transport, économie circulaire, technologies numériques, adaptation au changement climatique… Neuf thématiques ont été identifiées.

L’une concerne notamment les matériaux de construction qui seront utilisés pour bâtir les différentes infrastructures liées aux JO 2024. Un autre poste d’émissions de C02 non négligeable pour une olympiade. Il n’y a rien d’acté encore, mais Emmanuelle Wargon rappelle avoir inauguré mi-juin, le plus haut immeuble en bois de France à Strasbourg. Haut de 38 mètres et où même les cages ascenseurs sont dans ce matériau. « On peut tout à fait s’en inspirer pour construire le village olympique », avance-t-elle.