Tour de France 2019: Egan Bernal va-t-il rouler sur le cyclisme ces prochaines années?

CYCLISME Le Colombien Egan Bernal, âgé de seulement 22 ans, a marqué les esprits en remportant son premier Tour de France. Peut-être le début d'un très long règne

Jean Saint-Marc

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Ce jeune mec va boire la concurrence comme un gel de cétones.
Ce jeune mec va boire la concurrence comme un gel de cétones. — T. Camus / SIPA
  • Agé de seulement 22 ans, Egan Bernal va-t-il dominer le cyclisme comme l'a fait son coéquipier Christopher Froome.
  • Les observateurs n'en sont pas persuadés, d'autant que se profile la menace Remco Evenepoel.

De notre envoyé spécial à Val Thorens (Savoie),

Un tweet comme un adoubement. Un certain Christopher Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, salue la performance d’Egan Bernal, qui a remporté ce dimanche, à 22 ans, son premier grand Tour. « La question n’a jamais été de savoir s’il gagnerait un jour le maillot jaune… Mais quand ! » Un autre vainqueur du Tour et autre coéquipier du Colombien chez Ineos, Geraint Thomas, applaudit, lui aussi, « le premier d’une longue série. »

Car oui, soyons clairs : les amateurs de vélo vont manger du Egan Bernal pendant quelques années. « Probablement plus que quelques années, nous a répondu "G". Il a une grosse équipe autour de lui, un grand talent… Bref, il a un futur magnifique devant lui ! »

« Un rêve pour la Colombie d’avoir un coureur pareil ! »

Il a aussi des fans bouillants : ils étaient une centaine, ce samedi soir, face au podium à Val Thorens. Le petit Bernal, tout ému, était acclamé à chaque apparition sur l’écran géant. Pour ses aficionados, c’est écrit : le garçon est déjà un grand. « C’est un rêve pour notre pays d’avoir un coureur pareil, s’enthousiasme Diego. Je pense qu’il va dominer le cyclisme pendant cinq ans. Il a 22 ans, il est arrivé comme favori et il gagne. Il fait partie des grands. Il est très complet, excellent en altitude, solide en contre-la-montre et il a la meilleure équipe ! »

A quelques mètres de là, le patron du Tour de France Christian Prudhomme fait le service après-vente d’un Tour selon lui « inoubliable, formidable, extraordinaire, haletant » (oui oui, tout ça) On lui pose notre question : est-ce qu’on ne tiendrait pas le gars qui va écraser l’épreuve pendant quelques années ? Réponse du boss :

Quand un jeune coureur gagne, on dit souvent ça. Mais il ne faut pas tirer de plans sur la comète, on n’a aucune idée de ce qu’est l’avenir. Il est très jeune, très doué, très talentueux, ça ne fait aucun doute. Mais on savait dès cet automne que les Colombiens seraient à l’aise avec ce Tour en altitude ! »

Le sous-entendu est clair : ce ne sera pas le cas tous les ans et le petit (et léger) Bernal ne sera peut-être pas aussi à l’aise sur un parcours plus équilibré, avec 120 bornes de contre-la-montre, par exemple. Un autre minot aussi imberbe que Bernal, Remco Evenepoel, serait au contraire très à l’aise sur ce genre de parcours. Pas sûr donc, que Bernal écrase la concurrence pendant une demi-douzaine d’années comme un Armstrong ou un Hidurain.

« De là à dire qu’il va gagner cinq Tours… »

C’est aussi le sentiment de Steve Chainel, ancien coureur et consultant Eurosport : « Evidemment qu’on va se taper Bernal pendant une dizaine d’années, mais de là à dire qu’il va gagner cinq Tours, c’est une autre affaire. » On fait les pour et les contre avec lui :

  • Côté pour : son équipe, « la meilleure du monde avec un budget no limit », comme le dit Chainel. Sa précocité, qui laisse entendre qu’il a une grande marge de progression, notamment en contre-la-montre. Son sens tactique : sur le Tour, il a fait un sans-faute. Défensif dans les Pyrénées, il a plié l’épreuve en deux attaques, dans le Galibier puis dans l’Iseran.
  • Côté contre : son équipe peut aussi être un point faible. « Il ne devait même pas faire le Tour de France, c’est la blessure de Froome qui a tout changé », rappelle Chainel. Pour le consultant, les directeurs sportifs d’Ineos « devront être d’excellents managers pour gérer les trois leaders que sont Froome, Thomas et Bernal. » Sa jeunesse interroge, aussi : à 22 ans, il est peut-être déjà au max.

En attendant, on tient le plus jeune vainqueur de l’après-guerre, un sympathique coureur qui ne cache pas ses émotions : il s’est effondré en larmes en pleine interview, samedi. Ses adversaires aussi vont pleurer, ces prochaines années…