Affaire Caster Semenya: L'Afrique du Sud fait appel de la décision du TAS et relance l'affaire

ATHLETISME Le débat concernant les femmes hyperandrogènes n'est pas près d'être clos

N.C. avec AFP

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Caster Semenya lors du 800m de la Ligue de Diamant de Doha, le 3 mai 2019.
Caster Semenya lors du 800m de la Ligue de Diamant de Doha, le 3 mai 2019. — Kamran Jebreili/AP/SIPA

L'Afrique du Sud a relancé lundi l’affaire Caster Semenya en annonçant vouloir faire appel du jugement du Tribunal arbitral du sport (TAS) qui impose à la championne d’athlétisme de prendre des médicaments pour baisser son taux de testostérone. Le ministère sud-africain des Sports, qui a pris fait et cause pour « sa » double championne olympique du 800m, a indiqué que la Fédération d’athlétisme (ASA) allait contester la décision controversée devant un tribunal fédéral suisse.

Semenya visée tout particulièrement ?

« Nous allons faire appel aussi vite que possible », a indiqué à l’AFP un porte-parole du ministère des Sports, Vuyo Mhaga. Le 1er mai, le TAS avait rejeté le recours de Caster Semenya contre les règles de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) visant les athlètes hyperandrogènes, à l’image de la triple championne du monde sur 800 mètres. Le tribunal avait toutefois sommé l’IAAF d’amender son règlement en exprimant de « sérieuses préoccupations au sujet de la future application pratique de ce règlement ».

L’instance mondiale de l’athlétisme a justifié son règlement en expliquant que les femmes hyperandrogènes disposaient d’un avantage naturel qui faussait l’équité des compétitions. Mais elle ne l’a imposé qu’aux épreuves internationales de demi-fond du 400m au mile (1609m), prêtant ainsi le flanc aux critiques qui estiment qu’elle visait spécifiquement Caster Semenya, qui domine le demi-fond féminin mondial.

Selon Vuyo Mhaga, l’appel de la Fédération va d’abord porter sur « la récusation de deux juges » impliqués dans un précédent jugement du TAS qui avait annulé en 2015 la suspension d'une sprinteuse indienne, Dutee Chand, elle aussi hyperandrogène. « Nous ne savons pas non plus, et ce n’a pas été expliqué, comment l’IAAF va mettre en application son nouveau règlement », a argué le porte-parole du ministère, reprenant ainsi un des arguments avancés par le TAS lui-même.

« Nous pensons que l’information scientifique (concernant les femmes hyperandrogènes) a enfin été totalement ignorée et nous pensons qu’un autre tribunal pourrait en tirer des conclusions différentes », a conclu le porte-parole du ministère.

Le débat, qui agite le monde du sport depuis une décennie, divise les athlètes et leurs dirigeants du sport dans le monde entier autour des sujets délicats de l’identité sexuelle, des différences génétiques et de l’équité des compétitions. L’Association médicale mondiale a par ailleurs exhorté les médecins à ne pas appliquer les nouvelles règles, estimant qu’elles violaient les règles d’éthique.

La décision a aussi suscité de vives réactions en Afrique du Sud où elle a été jugée « discriminatoire », voire « raciste » par certains. « Elle efface les actes de Semenya en tant que personne, en tant qu’athlète, en tant que personne qui s’entraîne dur », selon la ministre des Femmes Bathabile Dlamini. « La décision du TAS ne m’arrêtera pas », avait assuré la double championne olympique sud-africaine après le verdict du TAS. « Depuis une décennie l’IAAF a tenté de me faire ralentir, mais cela m’a rendue plus forte encore ».