Le naufrage décrypté par Michel Hidalgo

FOOT L'ancien sélectionneur décrypte pour 20minutes.fr la faillite tactique des Bleus...

Mathieu Goar

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Thierry Henry et Karim Benzema, le 6 septembre 2008 à Vienne. L'équipe de France a perdu 3-1 contre l'Autriche lors de son premier match pour les qualifications pour le Mondial 2010.
Football.
Thierry Henry et Karim Benzema, le 6 septembre 2008 à Vienne. L'équipe de France a perdu 3-1 contre l'Autriche lors de son premier match pour les qualifications pour le Mondial 2010. Football. — REUTERS/Dominic Ebenbichler

Plus qu’une défaillance physique, la défaite à trois temps des Bleus à Vienne s’explique par des failles tactiques et mentales. Michel Hidalgo, sélectionneur des Bleus lors de la victoire à l’Euro 1984, décrypte avec nous les moments importants du match.

La faillite défensive

En quatre matchs internationaux, depuis la déculottée subie face aux Pays-Bas, les Bleus ont encaissé 11 buts. Face à une équipe d’Autriche au schéma tactique caricaturalement fondé sur des contres et de longs ballons vers le géant Janko, les Bleus ont une nouvelle fois failli, à l’image de Mexès, dont la responsabilité est engagée sur deux des trois buts «La France a été lâchée par sa défense. Mais il y avait aussi des solutions collectives simples. Sur ces coups francs, les joueurs étaient trop près du but. Du coup, Mandada était coincé. Il aurait fallu faire remonter tout le bloc», analyse Michel Hidalgo. «C’est pratiquement les joueurs français qui ont marqué contre leur camp.»

Un système de jeu trop défensif

Fidèle à ses idées et à son mentor Aimé Jacquet, Raymond Domenech a aligné, comme à chacune de ses compositions d’équipe, deux milieux défensifs, avec Lassana Diarra et Jérémy Toulalan. Un schéma peut-être trop prudent et trop prévisible pour percer une muraille autrichienne composée de 9 joueurs de champ. «Le système de jeu en 4-4-2 n’était pas forcément mauvais. Par contre, face à l’Autriche, un milieu défensif aurait peut-être suffi. Mais un entraîneur qui joue à l’extérieur est toujours réticent à enlever un défenseur. Au match à domicile contre la Serbie, ça peut changer. A mon avis, Toulalan restera, mais pas son compère (Lassane Diarra, ndlr)», prédit Michel Hidalgo.

Le manque de volonté

Lors de la première mi-temps, les Bleus ont paru parfois passifs et démotivés, sans un vrai leader pour les remotiver. Depuis la retraite de Makelele, aucun aboyeur ne s’exprime et aucun leader technique ne s’impose sur le terrain. «Un Koppa, un Platini ou un Zidane ne va pas apparaître comme ça, rappelle l’ancien sélectionneur. En première mi-temps, les Bleus ont manqué d’agressivité. Ils n’ont pas accéléré le jeu. Benzema et Henry se sont presque trop cherchés. Dans ces conditions, je ne comprends pas que le sélectionneur ne fasse pas un ou deux changements à la rentrée. Comme à son habitude, Domenech a procédé à son premier changement à la 71e en remplaçant Sagna par Gourcuff, puis à la 79e en faisant entrer Anelka à la place de Nasri. Le sélectionneur n’a pas utilisé son troisième changement.

Et maintenant?

Le prochain match des Bleus est programmé mercredi soir contre la Serbie. Un match très important pour l’avenir du sélectionneur. «Il n’y a pas de solution immédiate. Il faudra imposer son jeu dès les premières minutes. Ce qui me fait peur, c’est surtout la réaction hostile du Stade de France», conclut Hidalgo. A noter également que l’équipe serbe dispose d’un attaquant de plus de 2m, Zigic (2,02m), qui a contribué à la victoire 2-0 de son équipe face aux îles Feroé en marquant à la 89e minute.