Affaire Clémence Calvin: «L'AFLD manipule les journalistes», plaide l'athlète devant le Conseil d'Etat

ATHLETISME La vice-championne d'Europe d'athlétisme a réitéré ses accusations contre le directeur des contrôles Damien Ressiot

J.L. avec AFP

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Clémence Calvin, en 2018
Clémence Calvin, en 2018 — Andrej ISAKOVIC / AFP

Clémence Calvin, la vice-championne d’Europe du marathon, suspendue pour s’être soustraite à un contrôle antidopage, était déjà depuis plusieurs semaines dans le viseur de la justice, qui enquête sur de possibles infractions à la législation sur les produits dopants. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête préliminaire pour «infractions à la législation sur les produits dopants», a indiqué vendredi à l’AFP le procureur de la République Xavier Tabareux.

Au-delà des procédures disciplinaires autour des contrôles, qui sont menées par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), la justice peut être saisie quand il existe des soupçons d’acquisition, détention ou fourniture de produits dopants, des faits qui peuvent valoir un procès pénal. C’est un nouveau coup dur pour la licenciée de Martigues, venue de nouveau plaider sa cause vendredi devant le Conseil d’Etat, dans l’espoir de faire annuler sa suspension pour courir dimanche le marathon de Paris. Elle compte y réaliser les minima pour se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo-2020. Le Conseil d’Etat doit rendre sa décision avant dimanche.

Une enquête ouverte par le parquet de Marseille avant le contrôle raté

Pour l’athlète de 28 ans, devenue l’une des figures de proue de l’athlétisme français depuis sa médaille d’argent européenne sur le marathon à Berlin en 2018, tout s’est arrêté le 27 mars à Marrakech. Elle est accusée de s’être, ce jour-là, soustraite à un contrôle antidopage mené par des agents de l’AFLD, partis spécialement au Maroc pour elle. Son mari et entraîneur, le coureur de demi-fond Samir Dahmani, se voit reprocher d’avoir fait obstruction aux trois contrôleurs assermentés.

Athlète française de l’année 2018, Clémence Calvin avait battu le record de France du 5 km (16 min 24 sec) lors du semi-marathon de Paris, le 10 mars, mais la performance n'avait pas été homologuée, faute de contrôle antidopage sur l’épreuve. Les jours suivants, elle n’avait pas cherché à se faire contrôler pour valider sa performance, ce qui a alimenté les soupçons. Selon l’Equipe et Le Monde, c’est même cette attitude qui a conduit le parquet de Marseille à ouvrir l’enquête judiciaire, confiée aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Au Maroc, les agents de l’AFLD avaient aussi dans le viseur un homme à Marrakech, décrit comme un jeune athlète de niveau inférieur, dont ils pensent qu’il peut avoir joué un rôle dans l’affaire, selon des éléments rapportés à l’AFP. Au Conseil d’Etat, Clémence Calvin a expliqué qu’elle avait logé chez ce jeune homme. « Je dormais dans sa maison », a-t-elle dit.

Calvin maintient sa version de l’agression

L’athlète, d’abord restée silencieuse depuis la révélation de l’affaire, s’est vue officiellement notifier la procédure disciplinaire et sa suspension provisoire mercredi, à son retour en France, avant de livrer à la presse l’après-midi même sa vérité sur l’incident, décrivant une scène rocambolesque, où elle aurait subi des violences de la part des contrôleurs, tels des cow-boys, qui se faisaient passer pour des policiers. Elle est revenue à la charge vendredi sur Infosport+, accusant cette fois nommément le directeur des contrôles de l’AFLD, Damien Ressiot, parmi les trois personnes qui se sont rendues au Maroc, d’être son « agresseur ».

« C’est la personne qui nous a violentés, qui a violenté mon fils et là, actuellement, qui manipule des journalistes. Il a été 25 ans journaliste, il connaît le milieu et les rouages. Et il se cache derrière ces journalistes pour me causer du tort », a-t-elle dénoncé, bien que la plainte déposée lundi à Marrakech pour « violences et menaces », consultée par l’AFP, vise « trois étrangers de nationalité européenne ».

Je pense que quand la situation a commencé à déraper, et qu’ils se sont rendu compte de la gravité de ce qu’ils étaient en train de faire, et de leur erreur, ils ont simplement rebroussé chemin par regret », a-t-elle estimé.

Devant le Conseil d’Etat, les responsables de l’AFLD ont à nouveau fermement réfuté la version de l’athlète. « Il n’y a aucune raison que je me présente autrement que comme un préleveur » au moment d’appréhender la jeune femme, a expliqué le médecin Olivier Grondin, l’un des contrôleurs les plus expérimentés de l’AFLD, qui faisait partie de la mission à Marrakech. Clémence Calvin et Samir Dahmani risquent une suspension de 4 ans.