Nord: Patrick Keil, juge de l'affaire Festina puis révoqué de la magistrature, est décédé à 55 ans

CYCLISME Il avait lentement sombré après avoir instruit la première grande affaire de dopage du cyclisme

20 Minutes avec AFP

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Patrick Keil en 2009 lorsqu'il avait raconté aux journalistes sa «descente aux enfers».
Patrick Keil en 2009 lorsqu'il avait raconté aux journalistes sa «descente aux enfers». — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Son visage était devenu presque familier à la fin des années 90. L'ancien magistrat Patrick Keil, connu pour avoir instruit l'affaire Festina, l'un des plus gros scandales du dopage dans le cyclisme, a été retrouvé mort par les sapeurs-pompiers chez lui à Roubaix (Nord) samedi à l'âge de 55 ans, a-t-on appris dimanche de sources concordantes.

Les secours ont indiqué avoir été alertés vers 15h30 par des personnes qui s'inquiétaient de ne pas réussir à le joindre et l'ont retrouvé mort à son domicile. Selon une source policière, il ne répondait plus aux appels et il s'agirait «a priori» d'une «mort naturelle». Il n'y a «visiblement pas de caractère suspect en premier lieu», d'après une autre source policière.

La première grande affaire de dopage

Patrick Keil était le juge d'instruction dans l'affaire de dopage Festina, pour laquelle il avait renvoyé dix prévenus devant le tribunal, dont la star du cyclisme Richard Virenque. L'affaire avait éclaté en 8 juillet 1998, lorsque les douanes avaient intercepté une voiture Festina à la frontière franco-belge de Neuville-en-Ferrain (Nord), conduite par un soigneur de l'équipe, Willy Voet, et découvert un stock de produits dopants. Deux jours plus tard, une information judiciaire était ouverte, confiée à Patrick Keil.

L'affaire ne connaîtra son épilogue judiciaire qu'à la fin de l'année 2000. Avec la relaxe pour Virenque, le seul coureur poursuivi qui a fini par avouer le dopage devant le tribunal de Lille, après des dénégations obstinées durant l'instruction. Et la condamnation à des peines de prison avec sursis pour le directeur sportif Bruno Roussel et Willy Voet.

La chute à partir de 2008

Après ce succès, Patrick Keil devient substitut du procureur à Carcassonne. Mais il n'est plus le même. Ainsi, en 2008, devenu substitut du procureur à Montpellier, il accepte d'informer, contre rémunération, un dentiste de l'avancement d'une procédure le concernant, un contentieux avec la Sécurité sociale. Il est révoqué de la magistrature en 2009 et le tribunal correctionnel de Paris le condamne en 2012 dans cette affaire à un an de prison avec sursis pour corruption passive de magistrat et de violation du secret professionnel.

Lors de son procès en 2012, il avait raconté comment il était tombé dans l'alcoolisme, fragilisé par un manque de valorisation dans son travail, des difficultés financières et surtout la séparation d'avec son épouse. Pris à la gorge par une pension alimentaire à verser et ses propres dépenses, il «se clochardise». Au sein de la magistrature, personne ne lui «tend la main», avait-il aussi expliqué à ce procès. Une chute dont il avait aussi fait le récit dans son livre «Du barreau aux barreaux», paru en 2009.