Un nouveau géant des mers
VOILE – Le plus grand bateau de course du monde est français...M. Go.
En fin de matinée, un monstre s’est posé pour la première fois sur l’eau de Lorient. Sous sa douce peinture bleue, Banque Populaire est le plus grand multicoque de course du monde. Il mesure 131 pieds, 40 m de fibre de carbone dont l’assemblage a pris un an et a coûté des millions d’euros. C’est ce qu’il faut investir pour faire le Tour du Monde en moins de 50 jours et ainsi battre le Trophée Jules Verne (50 jours, 16 heures et 20 min) détenu par Bruno Peyron.
Ce géant dont le mât sera aussi haut que l’Arc de Triomphe a été conçu par le skipper Pascal Bidégorry en étroite collaboration avec le cabinet d'architectes navals français Van Peteghem Lauriot Prévost (VPLP).
Entretien avec Vincent Lauriot-Prévost.
Quelle a été votre philosophie pour dessiner ce monstre ?
Nous voulions avons tout que le bateau aille très vite tout en étant sûr pour son équipage. Je pense qu’il a le potentiel pour dépasser les 40 nœuds (plus de 72 kilomètres à l’heure, soit la vitesse d’une mobylette lancée à fond, ndlr). Mais ce genre de bateau est surtout conçu pour tenir des moyennes élevées dans tous les types de temps. C’est pour ça qu’il est très long, très haut sur l’eau pour passer aussi dans les mers très formées.
Quel est son potentiel sur un tour du monde ?
Nous possédons des logiciels pour faire des estimations sur les parcours en fonction des potentiels des bateaux. Avec ce trimaran, sur un tour de la planète, les prédictions les plus optimistes nous font descendre très bas mais elles ne sont pas réalistes car elles ne peuvent pas prendre en compte l’état de la mer. En tout cas, ce trimaran est prévu pour descendre en dessous de 50 jours.
La très grosse avarie de Groupama 3 vous a-t-elle fait réfléchir (le trimaran géant de Franck Cammas, du même genre que celui de Pascal Bidégorry, a chaviré l’hiver dernier au large de la Nouvelle Zélande alors qu’il était en avance sur le record. Un flotteur a littéralement été arraché par la mer) ?
Nous étions à une période de la construction du bateau où nous pouvions rattraper des choses. Nous ne savions pas exactement ce qui leur était arrivé, nous n’avions aucune certitude mais nous avons décidé de changer nos plans. Il faut parfois faire des compromis, rallonger les délais de fabrication, faire un peu plus lourd.
Des images in situ du sauvetage de Groupama 3, un géant de 32 mètres à l’envers dans les mers du Sud. Les hommes sont hélitreuillés par les secours néo-zélandais avant d’être rapatriés à Dunedin (île du Sud).
Groupama 3 chavire dans l'océan Pacifique
franckcammas
Qu’éprouvez-vous à voir le bateau sur l’eau?
C’est une grande satisfaction. Avant quand on dessinait un bateau, on découvrait beaucoup de choses d’un bateau en le voyant flotter. Aujourd’hui, grâce aux ordinateurs, on a moins de surprises, mais c’est toujours émouvant de l’apprécier dans son élément.



















