Toulouse: Gros sous, «orgueil démesuré», «heures sup canapé»... C'était le procès «Guy Novès vs FFR»

RUGBY Le procès opposant Guy Novès à la Fédération française de rugby a eu lieu ce jeudi au tribunal des prud’hommes de Toulouse. Le jugement sera rendu le 8 avril

Nicolas Stival

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Guy Novès à la sortie du tribunal des prud'hommes de Toulouse, le 14 février 2019.
Guy Novès à la sortie du tribunal des prud'hommes de Toulouse, le 14 février 2019. — N. Stival / 20 Minutes
  • Très offensif, l’avocat de la FFR a tenté de démonter les arguments du camp Novès, qui réclame 2,9 millions d’euros après son licenciement, en décembre 2017.
  • Le tribunal des prud’hommes de Toulouse a fait salle comble, avec de nombreux journalistes.

Une salle comble pour un procès très médiatique. Le tribunal des prud’hommes de Toulouse rendra son jugement le 8 avril, en audience publique, dans le conflit qui oppose Guy Novès à la Fédération française de rugby. Ce jeudi, l’ancien sélectionneur du XV de France (65 ans), viré le 27 décembre 2017, était bien présent avec son clan : épouse, enfants et amis proches.

En face, la FFR, avait promis une « surprise ». Au final, elle était représentée par son directeur général, Sébastien Conchy, venu accompagner l’avocat Joseph Aguera. Mais pas de trace de Bernard Laporte, président, ni de Serge Simon, son bras droit. Il a pourtant été beaucoup question des deux hommes, dont les relations exécrables avec Novès ont finalement abouti à la rupture.

« On a traîné Guy Novès dans la boue, a assuré son avocat, Laurent Nougarolis. Il a été licencié pour faute grave et il ne sait toujours pas ce qu’on lui reproche. » La facture présentée par le conseil de l’ancien manager du Stade Toulousain est salée : près de 2,9 millions d’euros.

L'avocat a détaillé la note pendant de longues minutes, depuis la rupture abusive d’un contrat « à 30.000 euros par mois » jusqu’au non-paiement des heures supplémentaires, en passant par les préjudices moral et de notoriété. Me Nougarolis a ainsi chiffré les heures sup' dues selon lui par la FFR à 259.909,20 €, très précisément. « Guy Novès travaillait 49 heures par semaine », a-t-il affirmé, en estimant que chaque match du Top 14 visionné par l’ex-sélectionneur donnait lieu à « deux heures » de travail suivies de « deux heures de débriefing ».

Maître Laurent Nougarolis, l'avocat de Guy Novès
Maître Laurent Nougarolis, l'avocat de Guy Novès - N. Stival / 20 Minutes

« Vous auriez pu au moins enlever le quart d’heure de la mi-temps », a répliqué Me Aguera, lorsqu’il a succédé à son collègue, chaque avocat ayant droit à 45 minutes de plaidoirie. Très offensif, le défenseur de la FFR a ironisé sur « les heures sup' canapé » demandées par l’ancien patron des Bleus, qui déléguait ses adjoints sur les terrains du Top 14 et regardait les matchs depuis son domicile de Pibrac (Haute-Garonne).

L’audit introuvable de Serge Simon

Me Aguera a déclenché quelques réactions de l’assistance, très majoritairement pro-Novès. Des rires et quelques « oh » de réprobation notamment, lorsqu’il a justifié l’absence d’entretien préalable au licenciement : la Fédération aurait voulu éviter à Guy Novès des « images désagréables aux grilles du Centre nationale du rugby de Marcoussis, devant une nuée de caméras. »

Ou quand il a été question de l'introuvable audit qu'aurait mené Serge Simon auprès du XV de France, avant l’éviction de Novès. Me Aguera a reconnu ne pas avoir le fameux document en possession, avant d’en minimiser l’importance.

Maître Joseph Aguera, l'avocat de la FFR.
Maître Joseph Aguera, l'avocat de la FFR. - N. Stival / 20 Minutes

L’avocat a basé sa défense sur « l’orgueil démesuré » de Novès, qui se verrait comme « une statue vivante » en raison de son palmarès colossal en club (dix Boucliers de Brennus, quatre Coupes d’Europe). « Si mon orgueil était démesuré, je n’aurais pas vécu 40 ans dans ce milieu, et je n’aurais pas franchi avec au moins trois générations de joueurs certains obstacles », a rétorqué l’intéressé à la sortie de l’audience.

CDD ou CDI, une question primordiale

Mais Me Aguera s’est surtout attaché à tenter de démontrer que le CDD signé par Novès le 1er juillet 2015 devait être requalifié en CDI, à l’aide d’arguments que les étudiants en droit auront mieux appréhendé que les spectateurs lambda. Un aspect primordial pour la FFR, pas dans la meilleure santé financière de son existence.

La rupture d’un CDI donne en effet seulement droit à deux mois d’indemnisation, selon le barème de la loi Macron. Au lieu des 24 mois réclamés par Guy Novès, entre son licenciement et la fin de la prochaine Coupe du monde au Japon, en novembre prochain, date initiale de la fin de son contrat.

Le bail contrarié de Novès avait la FFR avait commencé le 1er juillet 2015 par une mission de « conseiller du président » de l’époque Pierre Camou (aujourd’hui décédé) avant que le Toulousain ne remplace Philippe Saint-André à la tête des Bleus à l’issue du piteux Mondial britannique, quatre mois plus tard.

Un emploi quasi fictif en début de mandat, selon la défense

Un emploi quasi fictif pour Me Aguera, qui a pointé notamment l’absence de notes de frais pendant cette période. « Un rôle très important », selon Novès, interrogé à l’issue du procès, devant le tribunal. « C’est quelque chose d’incontournable, on est obligé de travailler en amont. Comment voulez-vous constituer un staff, préparer un certain nombre de joueurs ? Mais je n’avais pas besoin de me déplacer pour travailler. »

Sinon, une impression au sortir de cette heure et demie très animée ? « On m’avait dit que ce serait un mauvais moment, ça n’a pas été un bon moment », a résumé le prédécesseur de Jacques Brunel.