VIDEO. «Les filles aussi peuvent dunker»… A 17 ans, la Lyonnaise Kendra Chery s’envole en plein match de Coupe de France

BASKET FEMININ Avec son club de Lyon Asvel Féminin, la bondissante ailière-intérieure de 17 ans Kendra Chery a tenté dimanche un dunk en quart de finale de Coupe de France

Jérémy Laugier

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Kendra Chery a surpris toute la salle Mado Bonnet, y compris la photographe, en décollant vers le cercle dimanche lors du quart de finale de Coupe de France contre Villeneuve d'Ascq.
Kendra Chery a surpris toute la salle Mado Bonnet, y compris la photographe, en décollant vers le cercle dimanche lors du quart de finale de Coupe de France contre Villeneuve d'Ascq. — Infinity Nine Media/Claire Porcher
  • Culturellement, les smashs sont inexistants dans le basket féminin, en France comme en Europe.
  • Lyon Asvel Féminin a pourtant accueilli l'été dernier Kendra Chery, prometteuse ailière-intérieure de 17 ans (1,88 m) formée à l'Insep et attirée par le cercle.
  • Actuellement leader en LFB pour sa première saison dans l'élite, elle raconte à 20 Minutes comment elle a voulu finir une contre-attaque par un dunk, dimanche lors d'un quart de finale de Coupe de France.

Le 30 juillet 2002, lorsque l’Américaine Lisa Leslie a marqué l’histoire du basket féminin en devenant la première joueuse à dunker en WNBA, Kendra Chery avait tout juste un an. L’ailière-intérieure de 17 ans de Lyon Asvel Féminin a tenté de suivre les traces de cette légende US en décollant sur une contre-attaque lors d’une large victoire lyonnaise, dimanche dernier en quart de finale de Coupe de France contre Villeneuve d’Ascq (82-62).

« Ça m’est venu naturellement, raconte la jeune Guadeloupéenne. J’ai l’impression que mon corps le sentait. Le basket reste une passion dans laquelle il faut prendre du plaisir. Quand on teste un dunk, on ressent d’autres émotions et le public aussi. » Malgré une impressionnante détente et un bruit de cercle arraché (à 3,05 m), la joueuse d’1,88 m n’a pas converti cette tentative.

Une famille de basketteurs… et dunkeurs professionnels

Ses premiers coups d’essai remontent à l’Insep à l’âge de 14 ans. « Je faisais déjà 1,84 m à l’époque et je m’entraînais avec une balle de tennis, puis une balle de volley, puis un ballon de basket taille 5 », sourit la lycéenne préparant cette année son bac ES. Consciente que « le dunk n’est pas une priorité dans le basket mais juste un plus », Kendra Chery s’est au départ intéressée de près à ce geste spectaculaire pour des raisons familiales.

J’ai vu des photos de mon père (ex-joueur de Pro A à Monaco) qui était un gros dunkeur. Mon frère Valentin (actuellement en Pro B à Paris) dunke beaucoup aussi. Si j’en réussis un en match, ce sera une fierté au niveau de ma famille car je pourrais dire que j’ai fait comme mon père. Ma motivation est surtout là. »

Le souvenir de quatre « lay-ups » d’affilée manqués

Aucune trace d’un dunk converti en Ligue féminine de basket n’existe à ce jour et cette fan de LeBron James et Jamal Crawford pourrait vite devenir une pionnière ici, comme la quadruple championne olympique Lisa Leslie en son temps outre-Atlantique. « A l’Insep, j’avais outre ma taille, une détente importante, confie la timide joueuse. J’avais donc envie d’essayer à mon tour car pour moi, les filles aussi peuvent dunker. »

Et ce même s’il faut passer par de nombreux ratés aux entraînements. « Le basket, c’est aussi un sport d’échecs et il faut vivre avec, indique cette amatrice de philosophie, perçue comme très mature à Lyon Asvel Féminin. Je me souviens d’un match, petite, dans lequel j’avais manqué quatre lay-ups d’affilée, toute seule en contre-attaque. Quand je repense à ce moment-là, je me dis que je peux bien rater un dunk en match. »

Kendra Chery tourne en moyenne cette saison en Ligue à 2,4 points de moyenne en 10 minutes par match.
Kendra Chery tourne en moyenne cette saison en Ligue à 2,4 points de moyenne en 10 minutes par match. - Infinity Nine Media/Claire Porcher

« Au ski, les jeunes se tournent davantage vers le freestyle que le slalom »

Son entraîneur Valéry Demory ne lui en a pas du tout tenu rigueur : « C’était le bon moment pour le tenter comme on menait de 20 points. Le truc, c’est qu’il faut qu’elle arrive à les passer à l’entraînement pour les réussir en match. Pour l’instant, elle n’est pas loin mais je ne l’ai pas vue en réussir un. » L’ancien coach champion de France avec Lattes-Montpellier en 2014 et 2016 peut trouver trace sur les réseaux sociaux d’une réussite remontant à mars 2018 à l’Insep.

Lorsqu’on l’interroge sur cette absence culturelle de smashs dans le basket français et même européen, le technicien note un virage qu’incarne sa jeune joueuse.

Je n’avais jamais eu jusque-là dans mes équipes une fille capable de dunker. Ce n’est pas fréquent d’avoir les capacités physiques pour le faire. C’est nouveau dans le basket féminin. Ça va évoluer vers ça comme le jeu a changé. Il est beaucoup plus physique et plus rapide maintenant. Il y a aussi l’influence du basket masculin où on ne voit quasiment que des dunks. Donc ça donne envie à certaines filles d’essayer. La nouvelle génération est marquée par le spectacle, le concours de dunks au All Star Game… Il n’y a qu’à voir au ski, les jeunes se tournent davantage vers le freestyle que le slalom. »

« Je savais qu’elle s’entraînait au dunk, mais de là à le tenter en match »

Championne d’Europe U16 en 2017 et vice-championne du monde U17 l’an passé, Kendra Chery épate ses partenaires plus expérimentées, même si elle n’occupe évidemment pas encore un rôle majeur au sein du leader de LFB (2,4 points de moyenne en 10 minutes par match pour sa première saison dans l’élite).

« C’est fou, à 17 ans, j’étais très loin de faire et d’oser autant de choses qu’elle, s’enthousiasme Alysha Clark, championne WNBA en titre avec Seattle et recrue majeure à Lyon. C’est l’une des meilleures jeunes Françaises. Dimanche, je n’y croyais pas sur le coup quand je l’ai vue s’envoler en contre-attaque. Je savais qu’elle s’entraînait là-dessus, mais de là à le tenter en match. Ce n’est qu’une question de temps, elle va y arriver. »

« Trois saisons pour qu’elle rattrape son retard technique »

Dans la culture WNBA qu’Alysha Clark vit pleinement l’été, les bonds vers le cercle sont bien plus présents. « J’ai deux coéquipières qui dunkent à l’échauffement, c’est cool à voir, sourit l’ailière de 31 ans. Il y a des filles super-athlétiques et ce n’est plus une surprise d’en voir lâcher des dunks en plein match. A Stanford, une lycéenne fait même souvent des alley-oops, c’est impressionnant à voir. » Ne comptez pas sur Valéry Demory pour s’étendre trop longtemps sur l'apport éventuel du dunk, qui n’est pour lui « que du fun » dans le basket féminin.

Surtout dans le jeu de Kendra Chery, qui reconnaît volontiers qu’elle doit « améliorer en priorité tir et dribble ». « Jusqu’à son arrivée chez nous, elle avait appris à tout jouer sur son physique, constate-t-il. Pour l’instant, je ne l’utilise quasiment que défensivement et au rebond. Ça va prendre trois saisons pour qu’elle rattrape son retard technique. » Kendra n’aura alors que 20 ans et encore tout le temps de s’envoler vers le cercle.

Match aller du Top 8 d’Eurocup le mercredi 13 février à 20 heures à la salle Mado Bonnet entre Lyon Asvel Féminin et Tarbes. Réservations ici.