Le Tour du dopage vu d'en bas
VELO•Entre résignation et optimisme, les cyclistes du dimanche regardent le Tour passer...Matthieu Goar
A une petite dizaine ou en solitaire, ils roulent tous les week-ends entre les berlines familiales et les tracteurs qui rentrent des champs. Au mois de juillet, ils passent peut-être un peu plus de temps que les autres derrière leur télé, les yeux fixés sur les mollets des pros qui escaladent les cols alpestres. Pour les quelques 100 000 cyclistes amateurs licenciés de l’hexagone, le Tour de France est une fête et surtout la principale vitrine de leur sport. De quoi être dépité par les affaires de dopage?
«Franchement, ce qui arrive au Tour est génial, explique Stéphane Heulot. Depuis 2003, l’ancien champion de France et porteur du maillot jaune en 1996, s’occupe du club amateur Super Sport 35-ACNC, basé à Noyal-Châtillon-sur-Seyches, non loin de sa ville natale, Rennes. «Prendre Beltran et Duenas qui ne savent pas faire 1 mètre de vélo sans dope, c’est déjà pas mal. Mais avec Ricco, on attrape ceux qui sont à la pointe des techniques de triche. Quelque chose de bien est en train de se passer sur le Tour»
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Pétard ou pédale?
Globalement le monde amateur, pas toujours à l’abri des cas de dopage, est sur la même ligne: la guerre contre les tricheurs mérité d’être menée quitte à écorner l’image du vélo et donc du cycliste. Mais le prix à payer est parfois pesant: «J’ai l’impression qu’on ne s’en prend qu’au vélo et que les autres sports où il y a plus d’argent sont préservés», rapporte Claude Moret, président du Vélo Club de Gouzon. Sur les routes, les cyclistes du dimanche se sentent parfois bien seuls. «Un de mes jeunes de 14 ans est venu me voir l’autre jour. Dans son collège, il se fait tout le temps traîter de drogué par un élève qui fume un gros pétard tous les après-midi dans les toilettes. Il roule 80 kilomètres tous les week-ends, il a de quoi être dégoûté», rapporte Stéhane Heulot.
Les discussions au bar du coin sont donc parfois houleuses entre un public désabusé et des amateurs qui turbinent à l’eau claire. «Je suis speaker dimanche pour le grand prix de la municipalité de Gouzon. Je pense que je vais passer du temps à expliquer aux spectateurs les différences entre les coureurs français et les étrangers, les amateurs et les professionnels sinon ils mettent tout le monde dans le même panier», positive Claude Moret
Le désamour du vélo : la faute au dopage?
Des amalgames qui peuvent peut-être expliquer la perte d’intérêt des jeunes pour ce sport. En 10 ans, la Fédération française de cyclisme a perdu 10 887 licenciés catégorie «route» (ils ne sont plus que 67200 en 2007), selon les chiffres publiés par Pierre Ballester dans son livre «Tempêtes sur le Tour». En Aquitaine par exemple, seulement 1 jeune licencié sur 5 pratique le vélo de route (704 licenciés en 2007), les autres se tournent vers le BMX ou le VTT. «Je ne pense pas que ce soit à cause des affaires de dopage. Il y a une multiplication des activités pour les jeunes avec internet et tous les nouveaux sport», analyse, M. Gaudillière, président de la section FFC du Vélo club de Joncy.
«Le vélo a toujours été un sport de terriens. Les jeunes n’ont plus la culture de l’effort», déplore pour sa part Claude Moret dont le club est déserté par les jeunes (5 à 8 selon les années alors qu’il pouvait auparavant compter sur une équipe d’une vingtaine de coureurs). Pourtant des jeunes se mettent encore au vélo. Souvent poussés par une passion familiale. «La question du dopage ne vient pas immédiatement dans la bouche des parents. Ils s’inquiètent par exemple d’abord de la sécurité sur les routes ouvertes. C’est sûr qu’avec les affaires du Tour, les appréhensions augmentent», rapporte Stéphane Heulot.
La fin de l’omerta
Tous les ans, les 90 cadets de l’ancien coureur pro rencontrent un médecin fédéral qui leur explique les dangers du dopage. L’encadrement leur conseille aussi d’aller sur le site du gouvernement pour se tenir au courant de tous les médicaments qui sont sur la liste des produits dopants. «S’il y a une chose très positive avec la médiatisation du dopage, c’est que la parole s’est libérée. On parle beaucoup plus ouvertement de tout ça. Les jeunes viennent me voir. Et puis j’ai l’impression qu’il y a moins de gars louches à traîner autour d’eux», conclut Stéphane Heulot.



















