Dix jours de course décryptés par un expert
TOUR2008•Thierry Bourguignon, ancien coureur désormais consultant radio, dresse le bilan des dix premières étapes...Romain Scotto
On se souvient du coureur besogneux de BigMat-Auber93, du capitaine de route du cyclisme français ou de l’animateur d’une chronique délirante sur France Télévision «Moi, Bourgui, dossard 192 du Tour de France». A 45 ans, Thierry Bourguignon est désormais commercial pour la marque de cycles Time et consultant radio pendant le Tour de France. Il livre à 20minutes.fr son analyse des 10 premiers jours de course…
La victoire finale
La première étape de haute montagne a établi une première hiérarchie parmi les grands favoris, mais ils sont encore cinq (Evans, Franck Schleck, Vandevelde, Kohl, Menchov) à se tenir en moins d’une minute en tête du général. Dans leur sillage, d’autres prétendants (Sastre ou Ricco) ont cédé un peu de terrain, mais n’ont sûrement pas renoncé à leurs ambitions.
L’œil de «Bourgui»: «Pour moi, Franck Schleck est le mieux armé. Sur ce que j’ai vu hier (lundi), c’est lui qui fait la plus grosse impression. Il n’a pas pu suivre les deux coureurs de la Saunier Duval, mais par rapport aux autres favoris, il est au-dessus. On sait aussi qu’il est très costaud en contre-la-montre et qu’il a autour de lui l’équipe la mieux armée pour défendre un maillot jaune. Par rapport à un Evans qui n’attaque jamais, je crois qu’il a toutes ses chances».
Les grands perdants
Il y a dix jours, au départ du Tour à Brest, Valverde, Cunego ou Andy Schleck faisaient encore figure de candidats potentiels à la victoire finale à Paris. Mais leur défaillance de dimanche, dans le Tourmalet, puis dans la montée de Hautacam a changé la donne. Avec un retard supérieur à quatre minutes sur Cadel Evans, ces trois-là ne paraissent plus en mesure d’endosser le maillot jaune. Même s’il reste encore onze jours de course.
L’œil de «Bourgui»: «Pour moi, c’est évident, ils peuvent faire une croix sur la victoire finale. Voir Valverde si loin au général, c’est une demi-surprise. Sur les grands tours, il déçoit souvent. Il est bon sur les courses d’une semaine, mais au-delà, il coince. On l’a vu un peu trop beau après la première étape qu’il gagne en costaud. Mais par la suite, il m’a paru émoussé.»
Les Français
Ils se sont souvent glissés dans les échappées, ont animé chaque étape, porté des maillots distinctifs, mais n’ont levé qu’une seule fois les bras sur la ligne d’arrivée, avec Samuel Dumoulin. Au général, le premier d’entre eux (Casar) ne pointe qu’à une lointaine 26e place.
L’œil de «Bourgui»: «Compte tenu de ce qu’on pouvait attendre d’eux, on peut être satisfait. Surtout des jeunes. On les a vus dans les échappées et je crois qu’il faut les valoriser. Partir et se faire reprendre sur la fin, c’est déjà pas mal. Il faut oser. Après, concernant le classement général, il fallait bien s’y attendre. On ne peut pas être déçu. Mais pour moi, il vaut mieux gagner une étape que de terminer 10e ou 15e du général. C’est plus jouissif.»
Le prétendu «Tour du renouveau»
Un seul coureur (Beltran) contrôlé positif à l’EPO, une vitesse moyenne en baisse dans les grands cols, des leaders qui se montrent à visage humain (Valverde, Cunego). En matière de dopage, le Tour de France en a-t-il fini de ses années noires?
L’œil de «Bourgui»: «Déjà, je n’aime pas parler de "Tour du renouveau". Cela ne veut rien dire. On en a peut-être terminé avec une certaine période marquée par des abus. Mais tout n’a pas changé comme ça. Quand on voit la suprématie de l’équipe Saunier Duval en montagne, je m’interroge. Sur l’étape de Hautacam, ils étaient si forts que ça frôlait le ridicule. Qu’un ou deux coureurs soient au top, d’accord. Mais que toute l’équipe écrase le Tour… Je me pose des questions.»



















