Mondial de handball: Mais pourquoiiiiiii ce retour à un format «imbuvable» à deux tours de poule?

HANDBALL Après trois éditions à un tour de poule qualificatif pour des 8e de finale, le championnat du monde revient au format à deux phases de groupe, beaucoup moins lisible... 

Nicolas Camus

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On sera peut-être pas si loin de ça lors du tour principal du Mondial de handball.
On sera peut-être pas si loin de ça lors du tour principal du Mondial de handball. — IROZ GAIZKA / AFP / Montage
  • La France entame ce vendredi soir le Mondial de handball, qui s'est ouvert jeudi en Allemagne et au Danemark.
  • Après trois éditions à un tour de poule qualificatif pour des 8e de finale, le championnat du monde revient au format à deux phases de groupe, beaucoup moins lisible.
  • Un retour en arrière qui satisfait les diffuseurs télé, mais moins les Bleus.

On pensait le handball revenu sur le chemin de la raison, et puis boum, la rechute. Alors que la Fédération internationale (IHF) avait rétabli un format compréhensible par le commun des mortels lors des trois dernières éditions des championnats du monde, avec une phase de poule qualificative pour des 8e de finale, elle a décidé de faire machine arrière.

La compétition qui s’est ouverte jeudi en Allemagne et au Danemark marque le retour du système à deux tours de poule, avec des points qui comptent et d’autres pas, et des équipes qui peuvent arriver en finale malgré trois ou quatre défaites. Alors, heureux ?

Une compétition illisible

Guillaume Gille, coach-adjoint de l’équipe de France, ne l’est pas. Du tout. « Cette formule avec tour préliminaire et tour principal offre le droit à l’erreur, mais rend la lisibilité de la compétition impossible. Parce que tous les scénarios sont envisageables, parce qu’il faut sortir la calculette à chaque match pour en connaître l’enjeu exact et parce que l’enjeu peut être parfois à l’inverse de l’esprit du sport, à savoir gagner le match. »

Une explication de texte s’impose. Dans le détail, ce Mondial va se dérouler comme ceci : un tour préliminaire avec une première poule de 6, dont les trois premières équipes sortiront pour en former une deuxième avec les trois premières d’un autre groupe (le groupe A, qui comprend la France, avec le B, le C avec le D). Les points marqués lors du premier tour contre les deux autres équipes qualifiées comptent pour le tour principal. Les deux premiers des groupes réunifiés se qualifieront pour les demi-finales.

L’enjeu des audiences et revenus publicitaires

Un boxon qui n’aide pas à s’intéresser à la compétition dès les premiers matchs, comme c’est aussi le cas avec le volley ou le basket, que le hand était pourtant en train de surclasser. Guillaume Gille pour la deuxième lame :

Dans un sport comme le nôtre qui est en train de s’ouvrir à un public différent, beaucoup plus large que les seuls connaisseurs, c’est infâme, imbuvable. Plus les règlements sont simples, mieux ils sont compris. On est un sport qui n’est déjà pas évident à s’approprier quand on est novice, si en plus on rajoute de la complexité sur le déroulé des compèt, on ne s’en sort plus. »

Si vous vous demandez pourquoi l’IHF a remis au goût du jour ce format utilisé entre 2003 et 2011, la réponse est à aller chercher en 2017, lors du dernier Mondial, en France. L’Allemagne et le Danemark s’étaient inexplicablement vautrés dès les huitièmes de finale, contre respectivement le Qatar et la Hongrie. Les audiences et les revenus publicitaires dans ces deux grands pays de hand s’en étaient ressentis. Coorganisateurs cette année, « ils ont usé de leur poids dans les instances pour avoir un minimum de garanties », synthétise le coach adjoint.

En manque de frissons?

Terminés donc les matchs à élimination directe trop tôt dans la compétition. Tant pis pour le sel de l’épreuve, et les émotions qui vont avec. Le football est aussi ce qu’il est grâce aux frissons des matchs couperets en Coupe du monde. « Ces matchs-là, c’est le meilleur de notre sport, regrette Kentin Mahé. Il faut être bon à l’instant T, c’est à ça qu’on voit les grandes équipes. »

Un point de vue nuancé par Florent Houzot, directeur de la rédaction de beIN Sports, diffuseur officiel du Mondial en France. « On va se retrouver, quand même, avec des matchs décisifs lors du tour principal », défend le dirigeant, qui voit deux grands avantages à ce format :

  • L’ouverture au monde : « Cela correspond à une démarche positive, qui est de développer le handball, sport plutôt européen, au niveau mondial. Ce système garantit une compétition de qualité dans la durée, tout en laissant quand même de la place aux nations émergentes. Elles peuvent faire un exploit sur un match, certes, mais mathématiquement elles ont davantage de chances de passer sur trois. Si elles sont régulières et que d’autres font des faux pas, tout est possible. »
  • Un match de plus [le vainqueur aura joué dix matchs, contre 9 avant] : « C’est forcément intéressant pour les diffuseurs, et notamment pour nous avec l’équipe de France, qui attire toujours beaucoup de monde. »

« Travail de vulgarisation et d’explication »

Quant à la complexité du format, Florent Houzot ne s’en fait pas une montagne. Pas besoin d’engager Bertrand Renard, ses consultants de luxe -Daniel Narcisse, Bertrand Gille et François-Xavier Houlet- connaissent tout ça sur le bout des doigts. « Ils ont la volonté d’accompagner au mieux les téléspectateurs, avec un gros travail de vulgarisation et d’explication. Ils sauront donner toutes les clés en fonction des circonstances », assure-t-il.

Mais, rien ne sert de gesticuler, tout ça pourrait encore changer lors des prochaines éditions. On laissera sur le sujet le mot de la fin à Kentin Mahé, un brin désabusé : « Il n’y a aucune constance. Une année c’est comme ça, une autre c’est comme ça, encore une autre il y a des wild cards distribuées et les mecs gagnent des médailles alors qu’ils n’étaient même pas qualifiés [la Norvège en 2017, par exemple]. C’est un peu n’importe quoi et ça reflète malheureusement comment est géré le handball, parfois. »

Voilà qui ressemble fort à une crise de croissance. C’est aussi à ça qu’on voit qu’un sport prend de l’importance, non ?