VIDEO. Euro féminin de hand: Comment l'expulsion de Pineau a transformé Bercy en Bombonera et aidé les Bleues

HANDBALL Le public de l'Accor Hotels Arena a transcendé les joueuses d'Olivier Krumbholz...

William Pereira

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Gnonsiane Niombla et les Françaises ont vengé Allison Pineau
Gnonsiane Niombla et les Françaises ont vengé Allison Pineau — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Bercy,

Frissons. La deuxième mi-temps de la finale de l’Euro de handball féminin entre la France et la Russie vient à peine de commencer, et Allison Pineau transforme un jet de sept mètres sans trembler. Problème, le ballon effleure le visage de la gardienne russe et les juges estiment que c’est une raison suffisante pour coller un rouge à la Française. La numéro 7 cache son visage derrière ses mains puis fonce tête baissée vers son banc tandis que le public gronde.

Irrégulière jusqu’ici, l’assistance use de ses cordes vocales pour faire régner une atmosphère pesante dans la salle parisienne. Ça hurle, ça siffle, ça tape du pied… Oublié, le message de fair-play diffusé sur les écrans du stade avant la rencontre, tout est bon pour dégueuler son mécontentement. Cette 36e minute litigieuse a transporté le stade de Paris à la Bombonera en une poignée de seconde, défiant toute logique mathématique, scientifique et plein d’autres choses en « ique ».

Chaque possession russe est huée, chaque sauvetage de la paire Glauser-Leynaud acclamé et chaque but bleu mué en orgasme auditif. Les speakers, chauffeurs de salle – on ne sait trop comment les appeler – omniprésents avant le match et pendant la première période sont inexorablement renversés par une révolution bordélique en tribunes où se succèdent encouragements et Marseillaises lancées au hasard. Juste ce qu’il fallait pour faire passer cette finale de beau match à rencontre épique. Décevants contre les Pays-Bas et un peu bousculés par les Françaises à l’issue de la demie, les supporters ont complètement renversé la finale.

Krumbholz furax contre l’arbitrage mais heureux de la réaction des joueuses

« Le public a vraiment été au rendez-vous, il nous a poussées à faire ce résultat et vraiment je les remercie parce que sans eux on l’aurait peut-être pas fait », félicite Laura Flippes. Le sélectionneur Olivier Krumbholz​ n’en pense pas moins. Pour lui, l’accès de colère des 14.000 personnes venues assister à la finale a eu des vertus défensives certaines.

« A partir du moment où il y a eu cette décision et la réaction du public ça nous a donné une force incroyable et défensivement on s’est complètement libérées, on est remontées en profondeur, elles arrivaient plus à se lancer. On s’est multipliées en fait. Quand on était cinq on n’était pas cinq mais sept et quand on était six on n’était pas six mais huit, quoi. »

Il s’en serait quand même bien passé, de cette injustice, ce bon vieil Olivier. Furax derrière la ligne de touche au moment des faits, le sélectionneur n’a pas manqué de qualifier cette décision de « sketch », analyse à l’appui. « Ce qui se passe dans ma tête c’est que je suis pas du tout d’accord avec la décision. D’ailleurs, le summum du ridicule c’est qu’elles mettent carton rouge mais elles accordent le but. Elle [la gardienne] prend pas la balle en pleine figure. » L’autre expertise, pas forcément objective sinon légitime, d’Amandine Leynaud, va dans le même sens : « sur la parade j’ai eu l’impression qu’elle se baissait, qu’elle faisait sa parade vers le bas et du coup normalement carton rouge c’est quand la gardienne ne bouge pas du tout. »

« J’espère qu’elles vont s’excuser, vraiment »

Et la principale intéressée, alors ? Star de la zone mixte, quasiment dernière venue, Allison Pineau n’avait pas trop « envie de ressasser tout ça forcément »… Mais à fini par le faire volontiers. Coup de gueule en trois actes

  • La colère : « ça a énervé beaucoup tout le monde, je pense, parce que c’était pas mérité. C’est un fait de jeu. C’est le deuxième carton rouge de ma carrière, le premier direct sur un fait d’attaque, mais l’essentiel est ailleurs. »
  • La tristesse : « Je m’effondre, parce que je me dis qu’elles m’ont volé quelque chose ce soir, une finale, chez moi… Les responsabilités que j’ai dans cette équipe, etc. J’espère qu’elles se souviendront et qu’elles feront des excuses, vraiment. »
  • Le mal pour le bien : « [Les autres joueuses] ont dit qu’elles l’ont fait pour moi, ça a décuplé beaucoup de choses. Ça a révélé tout le monde, ça a apporté beaucoup d’énergie. C’est fou. En étant inutile sur le terrain j’ai été utile. »

Surtout, cet arbitrage scandaleux va peut-être donner la force à la taulière (29 ans) d’aller plus loin que prévu avec les Bleues. « Ouais, je serai à Tokyo. Je pense que les gens qui me connaissent savent que peut-être que ça a pas été le championnat d’Europe d’Allison Pineau mais je suis quand même assez coriace. Donc il faut quand même s’attendre à ce que je réagisse. »

En fait, elle aura fait du bien à tout le monde, cette expulsion. On en viendrait presque à remercier les arbitres. « Cette paire d’arbitres nous réussit bien puisqu’on a aussi été sacrées championnes du monde avec elles », se marre Lacrabère, à deux doigts de signer pour retrouver les juges de la soirée sur sa route à Tokyo en 2020. Pas dit que Pineau et Krumbholz partagent cette envie.