11-Novembre: Comment le nom du Racing club de Strasbourg est né après la fin de Grande Guerre

CENTENAIRE L’armistice de la Première Guerre mondiale, dont le centenaire est commémoré cette semaine, a eu de vastes conséquences en Alsace. Sur le nom de son emblématique club de football, entre autres…

Bruno Poussard

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Sur le banc du Racing club de Strasbourg qui n'a pas toujours porté ce nom. Illustration
Sur le banc du Racing club de Strasbourg qui n'a pas toujours porté ce nom. Illustration — G. Varela / 20 Minutes
  • Né en 1906 sous l’Empire allemand, le Fussball club Neudorf, le Racing club a pris le nom de Racing club de Strasbourg après la Première Guerre mondiale.
  • Outre la francisation du nom de l’équipe, la nouvelle appellation s’est inspirée du meilleur club français de l’époque.

De Strasbourg à Verdun et Paris, le centenaire de la fin de la Grande Guerre est commémoré cette semaine. Pourtant, si l’armistice a été signé le 11 novembre 1918, l’Alsace a encore dû attendre avant d’être libérée. Les troupes françaises ne sont entrées dans Strasbourg qu’à partir du 22 novembre, signant la fin de la prise de contrôle allemande sur la région ( depuis 1871).

Une période aux vastes conséquences pour la région. Pas la plus sensible à l’époque, l’une d’elle est d’ailleurs encore largement visible aujourd’hui. Le nom de l’emblématique club de football alsacien est ainsi né dans la foulée de la fin de la Première guerre mondiale. Parce que le Fussball club Neudorf (du nom du quartier où il est né en 1906) avait une connotation bien trop allemande.

C’est ce que n’a pas manqué de rappeler cette semaine Philippe Wolff, le président de la Fédération des supporters du Racing passionné d’histoire, sur la page Facebook du groupe : « Les dirigeants changent le nom dans le cadre de la francisation de la région, le club devient le Racing en référence au Racing club de France [meilleur club français de l’époque]. »

Départ du président allemand et nouveau nom

Prenant appui sur le Livre d’or du Racing club de Strasbourg (1977) et Racing, 100 ans de l’historien du foot alsacien Pierre Perny (2006), ce supporter précise que le changement de nom est consécutif au changement de président : « Allemand, il a dû quitter l’Alsace. Fait président d’honneur, il a été remplacé par Charles Belling qui est resté longtemps à la tête du club. »

Après une première assemblée générale en décembre 1918, ces deux évolutions ont été actées en janvier 1919 lors d’une seconde, dans un restaurant de la rue Saint-Dié, selon les mêmes sources. D’abord nommé Racing club Strasbourg-Neudorf, la formation alsacienne a finalement perdu la référence à son quartier d’origine quelques semaines plus tard, termine Philippe Wolff.

Pour le contexte, Raphaël Georges, docteur en histoire, termine : « Cela s’inscrit dans une large politique de “francisation”, qui va de pair avec une “dégermanisation” dans tous les domaines : des monuments publics aux noms de rues, sans oublier les états civils et toute autre dénomination germanique… » Une francisation aussi économique, comme le raconte l’exposition Les Alsaciens 1918-1925 - Paix sur le Rhin ?, ouverte aux archives du Bas-Rhin cette semaine.